Par
GUÉRIN GOSSELIN, CHLOÉ
Baccalauréat, Histoire, Université du Québec à Montréal

 

La révolution zapatiste qui éclata en 1994 dans le sud-est du Mexique eut un énorme retentissement national et international pour plusieurs raisons. Première révolution depuis la fin du bipolarisme et l’institution du nouvel ordre international à la suite de la chute de l’URSS, elle est souvent considérée comme la première de l’ère post-moderne par sa nature et ses revendications. Les zapatistes sont majoritairement des Mayas du Chiapas, l’état le plus pauvre du Mexique. Leurs revendications ne sont pas seulement locales, elles sont également nationales et mondiales. Cela explique en soi la popularité de ses discours et la mobilisation de milliers d’étrangers qui vinrent appuyer le mouvement zapatiste dans les années 90. Le charisme de son principal leader, le sous-commandant Marcos, peut également expliquer ce phénomène : rappelant les icônes révolutionnaires des années 60, son message est à la fois pacifiste et empreint de justice et de liberté. La violation des droits de l’homme de manière répétée ainsi que la force avec laquelle répondit le gouvernement mexicain aux communautés zapatistes faibles contribua également à choquer la communauté internationale et la population mexicaine. Mais aujourd’hui, plus de quinze ans sont passés depuis l’occupation du palais municipal de San Cristóbal de las Casas le premier janvier 1994 et aucune issue politique à la crise n’est en vue. Reste seulement la volonté et la détermination des communautés autochtones à mener désormais une vie digne et autogérée. Comment pouvons-nous interpréter cette révolution d’un point de vue sociologique et historique? En éclairant ce phénomène révolutionnaire à la lumière des théoriciens politiques les plus éminents, nous serons en mesure de mieux comprendre les dynamiques du mouvement zapatiste. Que ce soit la révolution comme un retour sur les principes de base qui ont été corrompus comme le conçoit Machiavel, ou plutôt comme une dialectique entre rupture et continuité, entre liberté et égalité, comme l’a démontré Tocqueville, ou encore comme  le principe de natalité qu’Hannah Arendt a expliqué, la révolution zapatiste peut se concevoir sous des angles et avec des approches différentes qui ont pour but d’enrichir la compréhension du phénomène zapatiste. Ces trois penseurs qui viennent de trois époques différentes trouvent donc toute leur actualité dans cette analyse historique de la révolution zapatiste.

 

Contexte historique pré-révolutionnaire

 

Pour pouvoir décrire la société mexicaine à l’aube de la révolution zapatiste de 1994, il est primordial de revenir brièvement sur l’histoire plus générale de la colonisation espagnole, de la décolonisation sanglante et des révolutions qui ont marquées le pays au début du vingtième siècle. Il est pertinent de se pencher plus particulièrement celle qui a, par son leader Émiliano Zapata, légué son nom au mouvement social analysé dans cette recherche.

Comme c’est bien connu, Christophe Colomb découvre l’Amérique en 1492. Le nouveau monde sera vite prisé par les puissances européennes afin d’y développer un nouveau marché mercantiliste. Cortès se charge de la conquête du Mexique et réussit à vaincre les Aztèques en s’alliant avec une dynastie rivale[1]. Il organise vite les nouveaux territoires en empire colonial hautement hiérarchisé et contrôlé par les Espagnols.

Non seulement les autochtones voient leur population diminuer du 9/10 suite aux maladies infectieuses et au travail forcé introduits par les Espagnols[2], mais en plus ils se retrouvent en bas du système de caste établi, position qu’ils occupent toujours aujourd’hui. Cette terrible mortalité ravagea des communautés entières, qui voyaient ainsi se dépeupler leurs terres. Ces terrains inoccupés appartenant anciennement aux propriétaires autochtones étaient reprises par les conquistadores. Ceux-ci ont créé de grandes propriétés terriennes, les haciendas, et se sont retrouvés au sommet de l’échelle sociale. Au deuxième rang, il y a les criollos, blancs qui sont nés en sol américain. Ceux-ci ont hérités des positions de pouvoir de leur famille, c’est-à-dire qu’ils sont en charge de l’administration de l’État. Ensuite, on retrouve les métis qui sont exclus des métiers et des positions publiques. Puis, il y a les Indiens, qui n’ont plus aucune sécurité et se retrouvent vassaux de tous les autres à l’exception des esclaves noirs qui représentaient le dernier échelon de la hiérarchie sociale.

Cette hiérarchie sociale survit à la guerre d’indépendance qui débute en réaction à l’invasion de l’Espagne par Napoléon Bonaparte en 1807-1808[3]. La guerre de reconquête espagnole qui suit cet épisode se termine finalement par la naissance de l’État mexicain en 1821, caractérisé par une instabilité chronique : « À partir de l'indépendance en 1821, soixante-quinze présidents vont se succéder en cinquante-cinq ans. »[4]. La dictature du général Porfirio Diaz à partir de 1876 jusqu’en 1911, bien que stable et prospère, implante dans la culture politique mexicaine un autoritarisme étouffant qui sera la cause de la Révolution de 1910. Déclenchée à l’instigation de Francisco Madero, la révolution mexicaine est fragmentée en plusieurs groupes issus de la paysannerie, du prolétariat naissant, des communautés indiennes et de la classe moyenne. Ces groupes revendiquent différents degrés de démocratisation de la société civile. Par ailleurs, cette division des forces révolutionnaires fera perdurer la révolution une vingtaine d’années.

Un de ces groupes est formé par un leader paysan et métis du Sud, Émiliano Zapata, qui met à l’avant de la scène politique la nécessité d’une révolution agraire; son mot d’ordre est « Terre et Liberté ». Le plan d’Ayala qu’il propose « réclame la restitution des terres aux villages ainsi que l'expropriation, contre indemnisation, du tiers des grands domaines »[5] afin de permettre aux habitants la poursuite de leur mode de vie traditionnel. Ces principes sont à la base de l’agrarisme mexicain contemporain. Malgré le fait que Zapata soit victime d’un assassinat politique en 1919 et que son programme agraire fut partiellement réalisé une décennie plus tard (mais aucune de ses réformes ne fut appliquées dans l’état du Chiapas), ses notions agraires survivent et seront reprises en 1994 par les zapatistes. Même si la Révolution a établi une constitution égalitaire, « la législation coloniale disparaissait mais la « situation coloniale » persistait »[6], c’est-à-dire que les changements en profondeurs souhaités ont été négligés.

Malgré cette révolution sanglante, le Mexique n’a pas su établir une tradition démocratique au cours du vingtième siècle. En 1994, c’est toujours le même parti unique, le P.R.I. affilié au gangstérisme, qui dirige le pays depuis la Révolution. Cependant, des réformes électorales avaient fait vaciller celui-ci aux élections de 1988 et l’idée d’élection libre et légitime fait son chemin dans le contexte de crise économique. Malgré la réforme agraire des années trente[7], la mondialisation pousse les présidents mexicains du 20e siècle à favoriser les grandes cultures commerciales qui sont destinées à l’exportation au détriment des petits paysans des hautes terres, défavorisés et poussés à un exode rural massif[8]. L’industrialisation soutenue par le pétrole favorisa principalement les provinces du centre du pays, alors que celui-ci croule sous l’endettement tout en augmentant sa dépendance à l’égard du marché pétrolier instable. La crise économique des années 1980, tout en délégitimant le parti unique, force le pays à accepter les mesures économiques des institutions supranationales. Ces réformes économiques comprennent la privatisation du système bancaire, la réforme de la propriété de la terre et spécialement la signature du traité de libre-échange de l’Amérique du Nord qui entre en vigueur le premier janvier 1994. Sur le plan agraire, ces réformes libérales a pour effet de recomposer les grands domaines capitalistes, de favoriser l’agriculture sous contrat et de restreindre l’accès au crédit[9]. Ce libéralisme économique est accompagné de mesures sociales[10] orientées vers les populations indiennes qui étaient restées les plus démunies dans le giron de l’indigénisme d’État. En donnant aux autochtones un semblant d’autonomie avec ce programme, en entamant le chemin qui mène vers la démocratie et en ne réussissant pas à résorber la crise économique qui s’aggrave à nouveau en 1994, le contexte historique prérévolutionnaire est un terreau fertile pour une révolution politique et sociale des autochtones. Cela s’observe particulièrement au Chiapas, où le caciquisme a détourné de leurs objectifs les acquis de la réforme agraire et de la Révolution[11].

 

Contexte révolutionnaire

 

Même si certains leaders zapatistes (comme le charismatique sous-commandant Marcos) sont de race blanche, le mouvement révolutionnaire est composé principalement de Mayas[12]. Le  rôle des autochtones est donc primordial dans cette révolution car il s’agit de la base du mouvement, alors que le rôle des révolutionnaires professionnels est d’occuper l’espace public car ils peuvent parler en espagnol aux médias, et tenir un discours articulé[13]. Mais ils désirent la même chose : montrer leur désaccord à l’entrée en vigueur du traité de l’A.L.E.N.A., et par le fait même rappeler les principes démocratiques à la population mexicaine (soulignant ainsi l’illégitimité du parti unique). Ils aspirent également à dénoncer l’ordre mondial et sa redistribution inéquitable des richesses; les zapatistes sont en fait les premiers à dénoncer la mondialisation sur les plans économiques et politiques. Leurs revendications sont avant tout locales : droit à la dignité et à l’autodétermination des indigènes, respect de la culture et de la tradition maya, égalité politique, amélioration immédiate de la condition de vie des Mayas du Chiapas et de l’Oaxaca par la mise en place d’infrastructures vitales comme les écoles, hôpitaux, routes, etc. Cependant elles sont également nationales : démocratisation de la politique mexicaine, dénonciation du gangstérisme et du caciquisme omniprésent, justice pour toutes les communautés autochtones du pays, fin à l’utilisation de la violence comme moyen répressif, etc. Les revendications mondiales sont aussi importantes : annulation de l’A.L.E.N.A., plus d’honnêteté et de transparence dans la mondialisation, union universelle des communautés exploitées et marginalisées pour lutter contre les pouvoirs financiers et capitalistes, etc.

L’étincelle qui met en marche le mouvement zapatiste est la commémoration du 500e anniversaire de la découverte des Amériques en 1992. Le 12 octobre à San Cristóbal de las Casas est spontanément déboulonnée la statue du conquistador Diego de Mazariegos, fondateur de la ville et symbole de la supériorité blanche. Cette manifestation de la rage qui gronde chez les Indiens est le geste fondateur du mouvement social qui explosera le 1er janvier 1994 dans la même ville, par l’occupation du palais municipal par les zapatistes. Le mot d’ordre de l’ELZN[14] est « Démocratie, justice et liberté ». L’armée intervient immédiatement afin de reprendre le contrôle de la ville; le 12 janvier le cessez-le-feu est décrété. Les négociations de paix s’entament, l’EZLN voulant faire entendre une trentaine de revendications sur le respect des droits et la dignité des indigènes. Ni la Cocopa (commission de concorde et de pacification, signée en 1995) ni les accords de San Andrés (accords de paix comprenant des clauses sur les droits et l’autodétermination indigène, signés en 1996) ne seront respectés par le gouvernement et seront constamment violés par les forces de la contre-révolution (militarisation de Chiapas, violation des propriétés privées, intimidation et harcèlement, etc.). Malgré la première élection démocratique de l’histoire du Mexique qui mena à la tête du pays le parti de Vicente Fox (le PAN) et malgré ses promesses encourageantes, il n’y eu pas d’amélioration dans le dialogue entre les zapatistes et le gouvernement. Une marche pacifique des zapatistes en 2001 traversa tout le pays pour aboutir à Mexico dans le but de prendre la parole au parlement afin de se faire entendre des représentants de la nation. Le boycott en masse de cette assemblée par les représentants instigua un dialogue de sourd qui sera renforcé par l’attitude agressive de Felipe Calderón, arrivé au pouvoir en 2006, qui préfère utiliser la manière forte (armée, police et paramilitaires) pour régler le conflit. Les zapatistes décident alors d’appliquer unilatéralement les accords de San Andrés en créant de véritables institutions autogérées dans les villages chiapanèques, en attendant que le climat politique soit favorable à une véritable révolution sociale.

 

Les Zapatistes et Machiavel

 

Machiavel est le premier auteur, au seizième siècle, qui parle de la révolution comme un concept politique moderne, c’est-à-dire en mettant de l’avant la séparation de la religion et du politique. En véritable humaniste de la Renaissance à part entière, il s’inspire de la démocratie grecque et de la conception aristotélicienne de « l’homme comme animal politique » afin de mettre sur pied sa pensée politique. Pour lui, la révolution sert à retourner aux principes de base qui ont été corrompus par le temps et par la fortune (éléments contingents). La vertu occupe également une place importante dans son paradigme; elle incarne la virilité et le courage dont l’homme doit faire preuve afin de relever les défis de la fortune et de résister à la corruption.

Le mouvement zapatiste peut être interprété dans le cadre du paradigme machiavélien de la révolution de plusieurs manières. Premièrement, comme principe premier inspiré de Machiavel (retour aux valeurs non-corrompues), les zapatistes revendiquent un retour au mode de vie traditionnel maya. Ils rejettent donc l’assimilation politique (via l’indigénisme[15]) et l’assimilation économique (via le caciquisme, organisation sociale et économique implantée par les Espagnols et toujours d’actualité). La contingence de la fortune, selon Machiavel, explique le cheminement historique qui a mené à cette réalité mexicaine. En dialogue avec cette nouvelle modernité cosmopolite qu’ils considèrent comme corrompue par plusieurs facteurs comme le caciquisme et la mondialisation, les Zapatistes exigent un retour aux valeurs ancestrales autochtones et donc inévitablement à une forme d’autodétermination politique pour les Autochtones. C’est ce que les slogans « Tout pour tous, rien pour nous » et « Que ce soit la majorité qui commande » veulent dire : le retour vers l’exercice collectif du pouvoir, de la démocratie communautaire et du système de charges[16], caractéristiques du système politique précolombien. Il s’agit du retour sur soi de Machiavel.

L’EZLN formule donc des revendications sur des bases ethniques déjà exprimées par les Mayas[17]. Le mouvement exige la suppression de la réforme saliniste de l’article 27 de la Constitution[18] (retour à Zapata) et la révision de l’A.L.E.N.A [19]. D’autres traditions comme celles des luttes anti-impérialistes de libération nationale ainsi que le nationalisme mexicain peuvent être analysées comme volonté de retour sur soi par les Zapatistes car le concept de souveraineté est important[20]. Cependant, ce qui est définitivement le plus prégnant dans le discours est le retour aux coutumes précolombiennes. En résumé, les Zapatistes dénoncent à la fois leur exploitation par la classe dominante qui perdure depuis la colonisation (le rôle de la fortune et de la corruption) et réclament le droit de vivre selon leur mode de vie ancestral (retour sur soi).

Deuxièmement, les Zapatistes doivent faire preuve de vertu afin de renverser la corruption contemporaine ainsi que pour faire face à la violence de l’État mexicain. Le courage est nécessaire à la lutte révolutionnaire, car pour se faire écouter les Zapatistes doivent prendre possession du palais municipal de San Cristóbal de las Casas et affronter l’armée qui est immédiatement intervenue. Ils suivent une « logique de la mort, c’est-à-dire la volonté d’aller jusqu’au bout afin d’obtenir satisfaction aux demandes fondamentales de justice, liberté et dignité »[21]. Une fois les négociations de paix échouées, ils ont dû faire preuve de courage en affrontant la militarisation ostentatoire de la région, les milices payées par les grands propriétaires terriens ainsi que la présence de nombreux groupes paramilitaires financés par le gouvernement afin d’intimider violemment les populations locales. Ces derniers commettent de nombreuses violations des droits humains dans le but de détruire le tissus social et la cohésion des communautés mayas locales, de les pousser à l’exil afin de prendre contrôle du territoire abandonné et enfin de détruire les bases sympathisantes du mouvement zapatiste. Face au discours pacifiste des zapatistes, le gouvernement choisi le semblant de négociation dans l’espace public et l’utilisation de la violence sur le terrain. C’est donc non seulement les révolutionnaires mais la société maya toute entière qui doivent faire preuve de vertu : la résistance civile est conçue comme un moyen légitime de se défendre de l’autoritarisme gouvernemental incarné par l’armée et les paramilitaires.

Les femmes, en tant que proies faciles, sont particulièrement visées lors des intimidations[22], ce qui les pousse au militantisme politique; 30% des membres du EZLN sont des femmes[23] qui ont pris les armes pour revendiquer leurs droits et qui peuvent occuper de hautes fonctions dans la lutte révolutionnaire. Elles sont prêtes à s’interposer face aux militaires en servant de bouclier humain pour empêcher la pénétration de leurs terres.  La volonté de retourner aux valeurs pures et la nécessité de faire preuve de vertu dans la résistance civile sont des éléments qui renvoient à la conception de Machiavel de la Révolution.  

 

Les Zapatistes et Tocqueville

 

Tocqueville est un auteur français du dix-neuvième siècle qui fut important pour la théorisation et l’avènement de la démocratie libérale. Par le moyen de l’hypotypose, il cherche à identifier les futurs maux de la société démocratique (aliénation politique, individualisme, etc.) qu’il considère comme étant en continuité avec les régimes ayant précédé les révolutions françaises. En effet, pour Tocqueville le concept de révolution est une dialectique entre rupture et continuité, qu’il met en parallèle avec les concepts de liberté et d’égalité. Selon lui, la place des mœurs est centrale dans le dialogue entre la recherche de liberté (qui mène à la démocratie) et la recherche de l’égalité (qui peut mener, si on lui donne trop d’importance, à une sorte de despotisme doux). Les mœurs ne sont pas fixées et homogènes, leur évolution à travers le temps détermine les forces idéologiques à l’œuvre lors d’une révolution. Le résultat de la révolution est donc contradictoire et tiraillé car les forces axées autour des mœurs sont dans un processus de transformation et de mutation[24].

La révolution zapatiste peut être analysée sous la lumière de Tocqueville car le mouvement met de l’avant les deux points de la dialectique révolutionnaire. L’appel incessant des Zapatistes pour la dignité reflète en effet la condamnation définitive de la structure politique locale et nationale[25] dans une optique d’égalité politique. Toutefois le mouvement zapatiste cherche plus que cela, il aspire également à l’égalité entre les sexes, l’égalité culturelle, l’égalité judiciaire et l’égalité des droits[26]. La liberté occupe également une place centrale dans le discours révolutionnaire : libertés fondamentales des droits de l’homme; propriété de la terre,  liberté de parole et d’association, liberté de se gouverner (droit à l’autonomie et à la citoyenneté). En fait la dialectique entre liberté et égalité est unie par la question des mœurs. En effet, les mœurs sociales sont prises dans un cercle d’appauvrissement et d’endettement que les zapatistes aspirent à briser au moyen de ces deux pôles idéologiques à qui ils donnent vie par la Révolution.  

En 1998 la Révolution zapatiste tire à sa fin et le bilan politique qu’il est possible de dresser de celle-ci a posteriori démontre lui aussi des éléments à la fois de continuité et de rupture. Malgré la volonté de renouveler les principes de la révolution agraire de Zapata (rupture), l’EZLN comprend l’obligation d’utiliser les moyens modernes (infrastructures, crédit, lois, etc.) qui s’inscrivent dans la continuité de la libéralisation entreprise par le gouvernement mexicain. Un autre élément de rupture serait la mise de l’avant de la stratégie politique de l’autodétermination: mise sur pied d’écoles autogérées, prises de décisions démocratique dans un conseil local, etc. Cela rompt clairement avec les politiques paternalistes d’assimilation que le gouvernement mexicain a l’habitude d’adopter envers les populations locales. Il y a aussi rupture dans l’idéologie dominante des Zapatistes : dans leurs aspirations à saveur universelle, dans la volonté de déclencher un changement dans les mentalités pour bâtir une nouvelle société démocratique. Cette dernière aspiration est en effet une grande rupture puisque le pays n’a jamais connu une élection « démocratique » en 1994. Dans l’autre axe de la dialectique révolutionnaire se trouvent des éléments de continuité; la répression et l’intimidation exercée par l’État par son armée et sa police est un phénomène répétitif dans l’histoire mexicaine (comme l’a montré les évènements étudiants de 1968). La pauvreté et les problèmes sociaux décriés par les Autochtones sont aujourd’hui toujours présents et on ne peut guère voire de changement par ailleurs dans la mentalité de la race blanche dominante.

 

Les Zapatistes et Hannah Arendt

 

Hannah Arendt est l’héritière de la philosophie allemande du dix-neuvième siècle comme Kant, Hegel, Nietsche et Heidegger qu’elle réactualise au goût du vingtième. Pour elle, la révolution est vue comme une natalité symbolique; il doit y avoir création de quelque chose de nouveau, d’imprévisible et d’irréversible pour considérer des évènements comme étant révolutionnaires. De plus, ces trois caractéristiques doivent naître dans l’action de la collectivité. Cette action s’exerce au sein de l’espace public et doit comporter une prise de parole car dans la vision arendtienne de la naissance symbolique, celle-ci « […] devient agir lorsqu’elle s’arrache au biologique et apparaît en public »[27]. Une collectivité peut donc se libérer en mettant au monde, par une naissance symbolique (une révolution), un système nouveau, imprévisible et irréversible.

La révolution zapatiste peut être observée sous l’angle amené par Arendt. Le concept de natalité est en effet présent sous plusieurs formes. Les Zapatistes expriment eux-mêmes leurs aspirations en terme de natalité : « Cet espace libre et démocratique naîtra du cadavre malodorant du système de parti d’État et du présidentialisme »[28].Premièrement, les Mayas veulent recouvrir la liberté politique dont ils ont été privés depuis la colonisation et pour ce faire ils sont conscients que l’occupation de l’espace public par l’action et la parole est primordiale et capitale.

La phase de lutte armée de la révolution, qui dura environ deux semaines, n’était pas destinée à la prise du pouvoir mais plutôt à la naissance d’un débat public qui mènerait à la transition démocratique : « Nous sommes entrés en guerre pour qu’on nous écoute. C’est ce qui est clairement exprimé par le Ya Basta! »[29]. Cette expression qui signifie « c’est assez! » est le slogan par excellence des Zapatistes qui exprime la volonté d’un changement en profondeur du système. C’est une manière tout à fait originale d’occuper l’espace public par l’action. La violence est donc la première étape pour ce faire entendre et pour donner naissance au débat public de manière irréversible.

Le pacifisme et la parole sont les véritables manières de faire passer le message zapatiste, comme lors de la marche de la couleur de la terre en 2001 sur Mexico[30]. Cette occupation symbolique et géographique de l’espace public est la démonstration nationale de la naissance d’une nouvelle « antiguérilla », qui met fin au model guevariste et marxiste violent. En replaçant la violence au cœur de l’action collective par la démocratie et l’indianité axée sur  l’identité nationale[31], les Zapatistes ont plus de chance que la prise de la parole dans l’espace public leur soit profitable. En effet, la marche a pour but la prise de la parole au Congrès de l’Union, parlement où siègent les représentants mexicains. En réclamant pacifiquement l’application des accords de paix de San-Andrés, les Zapatistes ont démontré la cohésion entre leurs aspirations et leurs stratégies : même s’ils rejettent la révolution par la prise du pouvoir, ils jouent le jeu démocratique car c’est par ce moyen que naîtra la révolution sociale.

Une troisième manière dont le concept de natalité d’Arendt se trouve appliqué par l’action dans l’espace public est la mise sur pied d’un système politique autonome à partir de 2003, suite aux échecs des stratégies précédentes. Celui-ci répond à trois niveaux démocratiques : le principe d’autonomie de la base est réalisé par les assemblées communautaires, le principe d’autonomie capacitaire (autosuffisance) est réalisé par la commune et le principe de contrôle (« Commandez en obéissant ») est réalisé par le pouvoir régional appelé caracol[32].  L’autonomie éducative est un exemple des fruits qu’ont portés cette application de l’autogouvernement, et qui « remettent en question les politiques sociales imposées par l’État mexicain »[33]. Fille du parti unique au vingtième siècle, l’assimilation avait été le modèle dominant de l’éducation pour les Autochtones. Mais aujourd’hui, malgré l’intimidation constante de l’armée et des groupes paramilitaires, malgré la pauvreté des moyens matériels et techniques, les nouvelles écoles autonomes sont gérées par des promoteurs élus par les conseils municipaux et toutes les décisions à propos du contenu des cours sont prises collectivement et démocratiquement dans la communauté concernée. Cette nouvelle culture éducative pose les bases de la transformation sociale et de l’autonomie politique souhaitée par les Zapatistes. Ainsi, « l’autonomie n’est pas seulement la finalité du projet d’émancipation politique et sociale, elle constitue également le meilleur moyen pour d’y accéder»[34]. Il s’agit donc de lutter contre le centralisme étatique par l’action tout en reconstruisant et en donnant naissance à une nouvelle gouvernance. Cette nouveauté était d’ailleurs plutôt imprévisible pour l’État mexicain.

La prise de parole est aussi un moyen d’occuper l’espace public et de donner naissance.  Par leur discours novateur,  les Zapatistes transforment la perception de l’opinion publique mexicaine et internationale qui voit en ce mouvement des guérilleros inédits et différents des autres. Le dicton zapotèque cité par Marcos; « Les paroles produisent des paroles »[35] cherche à promouvoir la prise de la parole comme moyen collectif d’expression de la nouvelle liberté politique : en prenant la parole les Zapatistes occupent l’espace public. Aux moyens de discours et textes, les Indiens peuvent exprimer tout ce qui leur a été interdit de dire, le partager et enfin arriver à des solutions collectives. Cette occupation de l’espace publique est également utile sur le point de vue organisationnel et affirme le caractère démocratique du mouvement[36]. Cette volonté de donner la parole à tous est reflétée dans les assemblées et les conseils municipaux dans lesquels les décisions sont prises collectivement et démocratiquement après délibérations. L’ouverture de l’espace public aux femmes est aussi un aspect important de cette nouveauté émancipatrice qu’est la prise de la parole. Spontanément, les Zapatistes ont déclarées celles-ci égales aux hommes. Elles sont mises de l’avant dans les discours importants (comme  l’exposé d’Esther au Parlement en 2001) : il y a naissance d’un profond respect pour la lutte quotidienne des femmes et pour leur expression.  Le discours zapatiste est aussi différent par sa forme; l’utilisation constante des paradoxes (la guerre pour la paix, la mort pour vivre dignement, la clandestinité en même temps que la médiatisation intense, etc.) ou encore de l’humour, des paraboles et de la dérision sont un changement drastique par rapport aux antécédents du discours révolutionnaire. On peut dire que la prise de la parole par les Zapatistes a donné naissance à un nouveau type de mouvement social.

Le fond du discours aussi est différent car une nouvelle dénonciation est apparue, celle de la mondialisation. Le lien qu’établissent les Zapatistes entre les problèmes locaux et la scène mondiale fait naître de nouvelles revendications de nature universelle. En effet, la communauté intellectuelle qualifie souvent la révolution zapatiste de première révolution post-moderne car elle est en effet la première à surgir après la fin de la guerre froide et l’effondrement du communisme en 1990. La dénonciation de l’A.L.E.N.A. est non seulement le point de départ de la révolution en 1994 mais est aussi le pivot de la critique économique néolibérale zapatiste. Le concept de natalité d’Harendt prend tout son sens dans la lucidité zapatiste : la naissance d’une critique envers le nouvel ordre international est initiée par l’EZLN. Car il est le premier mouvement à taxer la mondialisation pour la propagation de l’injustice à travers ses institutions supranationales le mouvement entamé est irréversible et aujourd’hui les mouvements antimondialisation sont nombreux et se multiplient. En mettant en lumière des clivages sociaux universels, les leaders zapatistes donnent naissance à un mouvement antimondialiste.

 

***

 

Pour conclure, la Révolution zapatiste vue et analysée brièvement sous l’angle de trois penseurs politiques venant de différentes époques prouvent que l’encre n’a pas fini de couler sur ce sujet. Cette révolution mexicaine contemporaine n’est pas réussie puisque ses acteurs n’ont pas vu la majorité des changements politiques auxquels ils aspiraient se réaliser. La réforme agraire, la reconnaissance du statut spécial et de la citoyenneté des Indigènes, la construction d’infrastructures et l’égalité dans les droits sociaux demeurent lettre morte.  Néanmoins, ils ont gagné des acquis politiques certains comme  un important appui à l’international, la démocratisation du système électoral et l’auto-gouvernement. Ces acquis se sont réalisés à un prix fort, comme le montre le massacre de villageois dans une église perpétré en 1997, mais ont de bonnes chances de perdurer dans le temps.

Leur révolution peut donc être vue comme un retour aux principes de base comme le stipule Machiavel. Pour Tocqueville, le bilan politique de la révolution zapatiste se trouverait en effet entre rupture et continuité : l’auto-gouvernance indigène a été appliquée et le système électoral s’est démocratisé mais la situation agricole reste la même ainsi que l’utilisation de la violence par l’État pour réprimer les mouvements sociaux et la survivance des mentalités colonisatrices qui perpétuent le rôle marginal des indigènes. Quant à Arendt, son concept de natalité est également présent de plusieurs manières au sein de la révolution zapatiste ainsi que l’occupation de l’espace public par la pris de la parole et par l’action.

Aujourd’hui la révolution zapatiste se poursuit impassiblement. Toujours présents au niveau national, les Zapatistes ont organisé une campagne pour la présidentielle de 2006, qui n’a toutefois pas recueilli le succès politique espéré. Les dernières années, les Zapatistes ont eu tendance à mettre tous leurs efforts dans la préparation de l’autogestion politique. Ils fêteront d’ailleurs en août prochain les dix ans de leur gouvernement autonome, qui a vu naître de nombreuses écoles et coopératives. Cet anniversaire est l’occasion d’effectuer un retour dans la sphère internationale puisqu’il est l’opportunité de montrer les progrès accomplis dans la dernière décennie. Une école zapatiste ouverte aux médias internationaux promulguera donc des cours sur l’autogestion dès août prochain[37]. La révolution zapatiste est donc toujours en cours et sert d’exemple à plusieurs mouvements autochtones et autres qui sont en recherche d’une plus grande autonomie politique.

 


[1]Jean-Pierre Berthe, « La conquête du Mexique » , <http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/cortes-cortez/#3>

[2]Aujourd’hui la population indienne ne représente que 12% des 110 millions de Mexicains, et elle est concentrée dans les territoires de Oaxaca et du Chiapas. Jacques Brasseul, « Mexique », <http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/mexique/#20>

[3]José Del Pozo, Histoire de l’Amérique latine et des caraïbes, Québec, Septentrion, 2008, p.29

[4]Jacques Brasseul, loc. cit.

[5]Annick Lempérière, « Zapata Emiliano (1879 env.-1919) », <http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/emiliano-zapata/#>

[6]Marie-Chantal Barre, « Indigénisme politique », <http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/indigenisme-politique/#>

[7] Avec le Code agraire de 1934, le président Cardenas avait démantelé plusieurs haciendas en distribuant seize millions d’hectares de terres à des milliers de paysans. Il a également instauré un plafond pour la propriété privée ainsi que favorisé la mise sur pied de communautés indigènes (ejidos). Jean-Claude Bhurer, « Cardenas Lazaro », <http://www.universalis-edu.com.biblioproxy.uqtr.ca/encyclopedie /lazaro-cardenas/>

[8]Dans les années 80, « les maux dont souffrent près des trois quarts de la population rurale : sous-emploi chronique, carences alimentaires, analphabétisme et manque de soins médicaux. » Jacques Brasseul, loc. cit.

[9] Huber Cochet, La réforme agraire au Mexique : 77 années d’intervention de l’État en matière foncière, 2009, 14p.

[10]Le gouvernement Salinas (1988-1994) met en place le Programme national de solidarité (PronaSol). « Ce programme de lutte contre la pauvreté et d'aide à la production agricole et artisanale met l'accent sur la gestion du développement par les propres bénéficiaires des aides. Il s'accompagne d'un discours sur le droit des communautés indigènes de prendre en main leur propre développement et de préserver leur spécificité culturelle. Les résultats qualitatifs de cette politique sont difficiles à évaluer mais, sur le plan quantitatif, des milliers d'écoles ont été réhabilitées ou construites, ainsi que des hôpitaux, des routes, des systèmes d'eau potable et d'électrification. » Ibid

[11]Marie-Josée Nadal, À l’ombre de Zapata, Paris, Éditions du félin, 1995, p.39

[12]Les groupes Mayas se retrouvent au Mexique (Yucatan, Quintana Roo, Chiapas, Oaxaca), au Guatemala, au Belize, au Honduras ainsi qu’au Salvador. Ils forment plusieurs groupes distincts par leurs langues et les Mayas de la forêt de Lacandon sont considérés comme ceux ayant le mieux préservé leur mode de vie traditionnel. Ce sont également ceux qui forment le noyau du mouvement zapatiste. Éric Taladoire, « Mayas », <http://www.universalis-edu.com.proxy.bibliotheques.uqam.ca:2048/encyclopedie/mayas/>

[13] Le sous-commandant Marcos détient un doctorat en philosophie. <http://www.toupie.org/Biographies/Marcos.html>

[14]EZLN : Ejercito Zapatista de liberacion nacional; mouvement zapatiste pour la libération nationale.

[15]Cette doctrine fut mise sur pied à la fin du XIXe siècle par des intellectuels blancs. En 1940 le premier congrès indigéniste interaméricain au Mexique met sur pied la politique indigéniste : inspiré par le positivisme et l’idéologie du métissage, le gouvernement cherche à intégrer les autochtones par le centralisme en supprimant leurs particularités ethniques. En 1980 l’indigénisme se réoriente vers la participation active des Indiens et même vers l’autodétermination, amenant ceux-ci à prendre le gouvernement mexicain au pied de la lettre. Marie-Chantal Barre, loc. cit.

[16]Marie-Josée Nadal,  op. cit, p.70

[17]De 1847-1853 a sévi la grande révolte de la guerre de Castes du Yucatan pendant laquelle les Mayas de la péninsule se sont soulevés contre le régime en place afin de contester l’exploitation des autochtones sur les plantations de canne à sucre. En représaille de leur rebellion, ils furent vendus comme esclave à Cuba. On peut également considérer les revendications de Zapata à partir de 1910 comme une volonté de revenir au mode de vie traditionnel du sud mexicain par l’appropriation terrienne. Claude Bataillon, « Yucatan presqu’île du », <http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/presqu-ile-du-yucatan/>, José Del Poso, op. cit., p.96

[18] Réforme qui supprimait la notion de propriété sociale de la terre, qui autorisait le rachat des petites propriétés des « ejidatarios » par le privé et qui diminuait de 80%  l’aide public au secteur agricole.

[19]Marie-Josée Nadal, op. cit., p.91

[20]Bernard Dutermne, « Qu’elles lunettes pour des cagoules? Approches sociologiques de l’utopie zapatiste », La Découverte, Mouvements,  no.45-46, 2006, p.112

[21]Marie-Josée Nadal, op. cit., p.97

[22]« Celles qui en souffrent le plus [de la présence de l’armée], ce sont les femmes » car les soldats les empêchent de faire leurs tâches journalières, les menacent, les fouillent, les violent, etc. Blanc, Jacques, et al., La fragile Armada, Paris, Métailié, 2001, p.31

[23]Marie-Josée Nadal, 1995, op. cit, p.59

[24]Ces idées sont principalement tirées de l’avant-propos de « L’Ancien Régime et la Révolution » par Alexis de Toqueville ainsi que des treize premiers chapitres de « De la Démocratie en Amérique » par le même auteur.

[25]Marie-Josée Nadal, 1995, op. cit, p.61

[26]Dans une perspective de rejet de la discrimination historique, les Zapatistes promeuvent l’égalité des droits à l’alphabétisation, au système de santé et à l’accès aux ressources.

[27]Ces idées sont tirées de la préface et du quatrième chapitre de « La Crise de la Culture » et également du sixième chapitre de son « Essai sur la révolution ».

[28]Deuxième déclaration de la Selva Lacandona, Marie-Josée Nadal,  op. cit, p.104

[29]Interview du sous-commandant Marcos, La Jornada, 5 février 1994, Ibid, p.17

[30]Partant du Chiapas, la marche pour la dignité indienne passe à travers la moitié du pays elle s’arrête dans des villes indigènes et à haute valeur historique révolutionnaire. En effet, la mobilisation des espaces symboliques à des fins politiques atteint son apogée à la place la plus importante de la ville de Mexico, le Zocalo, où 200 000 personnes sont rassemblées pour écouter le 23 leaders politiques zapatistes, qui réclament leurs 3 points afin de poursuivre les négociations de paix. Sergio Tmayo et Cruz Xotchil, « La marche de la dignité indigène », La Découverte, Le mouvement social, no.202, 2003 p.17

[31]Ibid, p.112

[32]Yohan Dubigeon, « L’autogouvernement zapatiste à la recherche d’une réunification des temps pour la transformation sociale : reconstruire pour mieux détruire », La Découverte, Mouvements, no. 66, 2011, p.149

[33]Bruno Baronnet, « Autonomie indienne et éducation au Chiapas. Les écoles des terres récupérées par les paysans mayas du Sud-est mexicain », Presses de Sciences Po, Autre part, no.54, 2010, p.66

[34]Yohan Dubigeon, loc. cit., p.150

[35]Jacques Blanc, op. cit., p.11

[36]En 1999, 5000 zapatistes (la moitié des hommes et l’autre moitié des femmes) « sont partis expliquer leurs luttes et recueillir des opinions dans les 2500 municipalités de tout le pays » Ibid, p.31

[37]Agence France Presse, La guerilla del AZLN tendra su propia escuela en sureste de Mexica, 18 mars 2013