Par
Étienne Lapointe
Baccalauréat, Histoire, UQAM

 

Au cours des années 1960, on assiste au Québec à une importante redéfinition de l’identité collective qui s’amorce dans la foulée du mouvement de réformes et de restructuration du rôle de l’État québécois communément appelé la « Révolution tranquille ».[1] Cette intense période de réformes qui vise notamment à accélérer la modernisation du Québec tant sur le plan économique que social, politique et culturel, sera marquée par l’émergence d’un néonationalisme qui « se défait de ses couleurs catholiques et canadiennes-françaises, pour se redéfinir en fonction de la langue, du territoire et de l’État québécois, ainsi que d’une idéologie réformiste et sociale-démocrate »[2]. Cet État, en plus de poursuivre un objectif de modernisation, vise à être un outil de promotion des Québécois francophones[3] dont la situation économique accuse un retard évident par rapport aux autres groupes ethniques du Québec. En effet, en 1961, les Québécois francophones se classent « au 12e rang sur 14 groupes ethniques de la province »[4] en ce qui a trait au revenu moyen.[5] L’État québécois, poursuivant donc ces objectifs de modernisation et de promotion nationale, met sur pied divers outils qui serviront de leviers économiques devant profiter à l’ensemble de la société québécoise. On pense à la Caisse de dépôt et placement, à la Société générale de financement, à la Régie des rentes du Québec. Surtout, l’État procèdera à la nationalisation de toutes les compagnies d’hydroélectricité afin de faire d’Hydro-Québec le fer de lance de la modernisation du Québec et de la promotion du savoir-faire québécois.[6]

 

Par le biais de l’État québécois qui met en place ces instruments visant la promotion sociale des Canadiens français, une certaine élite politique est déterminée à modifier la perception que se fait d’elle-même la société québécoise. Ainsi, le discours politique qui s’articule au cours de la Révolution tranquille cherche à renverser le mythe du Canadien français « né pour un petit pain » au profit du Québécois entrepreneur et entreprenant, capable et confiant en ses moyens. C’est à    « l’image d’une société homogène et statique, […] enclavée et enracinée dans ses héritages »[7] qu’on s’attaque. Des dirigeants, dont René Lévesque est une excellente illustration, en cherchant à briser les perceptions négatives et déterministes que se fait d’elle une bonne partie de la société québécoise, vont contribuer à la redéfinition de l’identité québécoise à laquelle on assiste au cours des années 1960.

 

Cette redéfinition identitaire nous amène à considérer les différentes influences qu’a subies le Québec au cours de son histoire, car comme le souligne l’historien Paul-André Linteau, « le Québec est une société d’emprunt typique, qui procède par imitation et adaptation »[8]. La question des emprunts extérieurs, trop souvent négligés selon Linteau, nous attire vers les chemins ouverts par des chercheurs tels que Gérard Bouchard[9] et Yvan Lamonde[10] en abordant le concept de l’américanité du Québec. Ce concept fait référence à l’idée de rupture partagée par ce que Bouchard appelle les « collectivités neuves »[11] au sein desquelles se serait développée une conscience particulière propre à l’expérience américaine[12] et au développement d’éléments de culture commune tels que le républicanisme, le libéralisme, la modernité et l’égalitarisme, observables sur l’ensemble des Amériques à différents degrés. Il apparaît évident que les États-Unis doivent être considérés comme le porte-étendard, le phare, le symbole de ce caractère américain en tant que premier État-nation ayant mis en pratique l’idéal républicain issu de la pensée des Lumières. Nous reviendrons plus en détail sur le concept d’américanité un peu plus loin.

 

Cet article vise à démontrer l’importance de l’américanité dans le processus de redéfinition de l’identité québécoise auquel on assiste durant les années 1960 et à l’expression de cette américanité à travers le baseball, plus particulièrement lors de l’arrivée d’une équipe professionnelle des Ligues majeures à Montréal. On a souvent fait référence à l’américanité dans diverses formes d’expressions culturelles comme la musique, le cinéma et surtout le roman.[13] Or, on oublie parfois qu’au tournant du 20e siècle, grâce à l’amélioration des moyens de transport et des moyens de communication, les Canadiens français, en particulier ceux habitant Montréal, ont adopté des loisirs et des pratiques sportives en provenance des États-Unis tels que le cirque, les parcs d’attractions[14] et le sport. C’est par l’engouement spontané de la population montréalaise envers « son » équipe de baseball que nous illustrerons l’importance fondamentale de l’américanité comme élément de l’identité québécoise.

 

Soyons prudents toutefois. Nous n’affirmons pas ici que parce qu’il y a baseball, il y a américanité, mais plutôt le contraire, c’est-à-dire qu’il y a américanité donc il peut y avoir baseball. Ainsi, l’arrivée des Expos à Montréal à l’été 1969 et l’enthousiasme démontré par la population de Montréal et du Québec nous servent d’outils pour appuyer la thèse, avancée par Gérard Bouchard et Louis Dupont notamment, que l’américanité est l’affaire du peuple et non des élites.[15] Rappelons que c’est avec la Révolution tranquille que l’expression de l’américanité sera pleinement assumée. Conséquemment, on perçoit une harmonisation entre le discours des élites[16] et les pratiques de la population durant cette période.

 

Notre analyse repose essentiellement sur des sources journalistiques, car elles demeurent les plus abondantes en ce qui concerne les réactions suscitées par l’arrivée des Expos à Montréal. De plus, les journaux permettent de constater que le club de baseball montréalais a mis en place une campagne publicitaire agressive qui lui garantit une importante visibilité. Nous avons donc dépouillé les quotidiens à grand tirage montréalais[17], tant anglophones que francophones, à la recherche de témoignages sur la fièvre du baseball provoquée par l’arrivée des Expos de Montréal en avril 1969. L’annonce de l’octroi de la concession à la ville de Montréal en mai 1968 ainsi que la première semaine d’activités en avril 1969 ont retenu principalement notre attention.

 

Dans un premier temps, il sera question du concept de l’américanité que nous tenterons de cerner et de décrire de manière plus élaborée. Ensuite, nous traiterons du caractère typiquement américain du baseball et nous justifierons le choix de ce sport comme illustration de l’américanité du Québec. Enfin, nous aborderons l’arrivée des Expos de Montréal et de l’engouement qu’ils susciteront comme exemple de l’américanité québécoise.[18]

 

Qu’est-ce que l’américanité?

Tout d’abord il nous semble nécessaire de distinguer « américanité » et « américanisation ». Selon Louis Dupont, géographe, l’américanisation renvoie « à l’idée d’un envahissement étranger – les États-Unis – du champ culturel et social qui provoquerait une dégradation morale de la culture canadienne-française »[19]. Pour sa part, Yvan Lamonde affirme que

 

l’américanisation du Québec, concept de résistance ou de refus, est ce processus d’acculturation par lequel la culture états-unienne influence et domine la culture autant canadienne que québécoise […] tandis que l’américanité, qui englobe tout autant l’Amérique latine que l’Amérique saxonne, est un concept d’ouverture et de mouvance qui dit le consentement du Québec à son appartenance continentale.[20]

 

Enfin, Zilà Bernd, professeure de littérature à l’Université Laval, soulève l’idée que le suffixe « ation » implique un processus, un mouvement alors que le suffixe « ité » réfère à une essence.[21] L’américanité serait par définition au cœur de l’identité québécoise et serait « l’essence de la culture franco-québécoise et de la société québécoise »[22]; alors que l’américanisation, elle, fait référence à un processus d’acculturation du Québécois et, par extension, de la société tout entière. En somme, l’américanité revêt un caractère positif alors que l’américanisation est une menace pour l’identité de l’individu et de la société qui la subissent.

 

Le concept de l’américanité aurait fait son apparition au cours de la Révolution tranquille[23] et, à cette époque, il fait strictement référence au monde littéraire.[24] Pour sa part, Joseph-Yvon Thériault, sociologue et auteur d’une virulente Critique de l’américanité, affirme que l’on pourrait plutôt trouver des traces de son expression dès les années 1950 dans les écrits de Jean Lemoyne.[25] Notons ici que Thériault rejette le concept d’américanité en tant que « caractère le plus déterminant, le plus fondamental »[26] de l’identité québécoise. Il avance également que « l’américanité s’affirme au départ comme l’idéologie anti –canadienne-française par excellence »[27]. Bref, Thériault pourfend la thèse de G. Bouchard qui affirme que l’on peut observer un écart entre le discours « canadiens-français » des élites et les pratiques « américaines » de la population. Nous y reviendrons. Si l’américanité apparaît chez les littéraires lors de la Révolution tranquille, ce n’est que durant les années 1980 que l’on observe sa « prise de conscience »[28] et que l’on en fait un sujet d’étude en tant qu’élément de l’identité québécoise.

 

Louis-George Harvey, historien et professeur à l’Université Bishop’s, affirme, à l’instar des Y. Lamonde, G. Bouchard, et L. Dupont, que la formation de l’américanité québécoise remonte aux années précédant la Guerre opposant les treize colonies, qui deviendront les États-Unis d’Amérique, à l’Angleterre.[29] Les idées républicaines et libérales auraient ainsi trouvé quelque écho au sein de la population de la Province of Quebec d’alors et ses habitants auraient observé une « neutralité bienveillante »[30] à l’endroit de leurs voisins des colonies du sud lors de l’occupation de la province par les « Patriots anglo-américains »[31] en 1775. Comme il est mentionné en introduction, les idées républicaines, bien qu’issues de l’Europe, sont un trait commun aux Amériques. L’impact du soulèvement anticolonial des treize colonies est majeur, car

 

[p]remier grand mouvement de libération anticoloniale, première grande manifestation républicaine de l’ère moderne, première des grandes révolutions «démocratiques», la Révolution américaine a été féconde de sens pour la civilisation occidentale tout entière, mais elle a surtout résonné dans les autres sociétés coloniales de l’Amérique.[32]

 

La diffusion de ces idées au sein d’une élite francophone au Bas-Canada aurait donné naissance à une identité bas-canadienne.[33] Cette élite, menée par Louis-Joseph Papineau[34], aurait embrassé les idées mises en application par la république voisine en mettant sur pied un projet anticolonial qui échouera lors des Rébellions de 1837-1838. Ces événements, comme nous le savons, ont mené à l’union du Haut et du Bas-Canada dans l’espoir de museler tout désir de révolte de la part de la population bas-canadienne. Les chercheurs cités jusqu’à maintenant s’entendent pour affirmer, à l’instar de L.-G. Harvey, que

 

[l]a répression militaire et politique qui s’ensuivit, marquée par la confiscation de l’État colonial bas-canadien, mettait fin au recul de l’influence européenne en Amérique. Par l’élaboration de nouvelles politiques, la métropole allait asseoir sa domination sur une exploitation économique assurée par la collaboration de l’élite locale.[35]

 

En somme, l’élan de l’américanité se serait brisé et un nouveau discours aurait été élaboré par des élites cléricales et conservatrices.

 

C’est ici qu’entre en jeu la thèse qui sert à notre argumentation et qui contredit celle développée par Fernand Dumont dans sa Genèse de la société québécoise.[36]  En effet, comme nous l’avons dit plus haut, G. Bouchard et L. Dupont s’entendent pour affirmer que l’américanité est l’affaire du peuple et non des élites.[37] Les élites politiques, abattues par l’échec des Rébellions de 1837-1838, vont « renoncer au rêve républicain et penser désormais la destinée de la société francophone à l’intérieur du Canada et de l’Empire »[38]. Ainsi, la survie du Canada français reposera sur l’élaboration d’une culture nationale dont la foi catholique et la langue française seront les principales assises. De plus, les élites conservatrices et cléricales qui articulent cette pensée politique prônent l’obéissance de la population à l’autorité divine et politique, c’est-à-dire le clergé et la couronne britannique. En fait, dans l’élaboration d’une culture nationale vantant les mérites de l’agriculturisme et du caractère rural du Canada français que l’on observe abondamment dans la littérature du terroir, on vise à créer un « récit de la domination bienveillante[39] [qui] renvoyait à la simplicité de la société traditionnelle québécoise, et donc à son incapacité de produire une élite politique apte à formuler et à porter un projet de rupture avec la métropole »[40].

 

En plus du projet de culture nationale calquée sur la culture française, donc européenne et en opposition à l’américanité observée auparavant, les élites conservatrices et cléricales mettent sur pied un projet national de colonisation[41] des territoires non occupés du Nord et du Nord-ouest québécois.[42] Or, du côté du peuple, on observe une certaine forme de délinquance. En effet, par dizaines de milliers, les Canadiens français quittent les campagnes, non pas dans le dessein de défricher les terres arides du nord, mais plutôt au profit de la ville, plus particulièrement Montréal, ou des villes industrielles de la Nouvelle-Angleterre.[43] C’est par ses pratiques et ses attitudes que la population exprime son américanité en porte-à-faux avec la volonté des élites dirigeantes, soit en émigrant ou encore en adoptant des modes de vie et des pratiques de consommation de la culture proprement états-unienne. Rappelons que celle-ci est vertement condamnée par le clergé comme étant le symbole de l’immoralité protestante.[44] Parmi ces pratiques de consommation culturelle, on retrouve le baseball.

 
Le baseball en tant que symbole de l’américanité

Mais en quoi le baseball est-il si typiquement américain qu’il nous serve d’outil  en vue de l’analyse de l’américanité du Québec? À notre avis, le baseball est une création fondamentalement américaine et représente parfaitement ce qu’est l’américanité, car il est au cœur de la culture de plusieurs régions des Amériques. De plus, nous pensons que la culture commune, nourrie par des représentations symboliques et des mythes communs, est à la source de l’identité des individus. C’est cette identité qui permet à l’individu de se définir comme être social.[45] Le sport de masse, comme le baseball, permet le développement d’une identité par sa stabilité, sa durée dans le temps et les héros et légendes qui en sont issus.

 

Au sein des collectivités d’Amérique, l’utopie, le mythe du Nouveau Monde est primordial. La vaste majorité des personnes qui vont peupler les Amériques à partir du 16e siècle, à l’exception de celles qui y seront forcées, partagent cette utopie fondatrice du recommencement, de la société nouvelle, « une société qui, tout en étant l’extension territoriale d’une civilisation et d’un foyer originels […], en devienne également une version améliorée ou idéale »[46]. Par définition, l’Amérique est moderne. La conscience de l’Amérique apparaît à l’Europe à l’époque moderne et elle servira de banc d’essai pour la mise en application des idées issues des Lumières. On espère créer un monde nouveau, égalitaire et sans aristocratie; un monde duquel émergerait un être nouveau, comme le représente le concept de la « frontière » développé par l’historien états-unien Frédérick Jackson Turner à la fin du 19e siècle :

 

[l]’intellectuel doit à la frontière ses traits les plus marquants : de la vigueur jointe à de la curiosité et à de la clairvoyance; une tournure d’esprit pratique et inventive, prompte à trouver des expédients; une parfaite maîtrise des choses matérielles impliquant une certaine négligence à l’égard des choses artistiques, mais permettant d’obtenir de grands résultats; une énergie inlassable; un individualisme foncier au service du bien et du mal, et avec tout cela la vivacité à l’exubérance que donne la liberté.[47]

 

Le rejet de l’Europe qui passe par la progression de l’occupation du territoire vers l’ouest et la libération vis-à-vis du passé sont également des thèmes centraux de l’œuvre de Turner.[48] Au cœur du projet américain, on retrouve la « prise de conscience d’une altérité dont les racines plongeaient dans l’expérience américaine »[49]. L’Autre en question n’est ni plus ni moins que l’être américain dépourvu des tares de son ancêtre européen.

 

C’est exactement ce caractère mythique et neuf que l’on a voulu donner au baseball. Du moins, c’est l’objectif d’Albert G. Spalding, ancien joueur des Ligues majeures, propriétaire d’équipe et fabricant de matériel sportif. Au début du 20e siècle, la pratique du baseball s’est répandue à travers le continent nord-américain, dans quelques pays d’Amérique latine (Cuba, République Dominicaine, Mexique) et au Japon. Alors que les États-Unis entament le processus qui en fera une puissance impériale, Spalding met sur pied la commission Mills qui a pour objectif de prouver que l’essence états-unienne du baseball est exempte d’une quelconque influence étrangère. C’est ainsi que la commission, sur la base d’un seul et unique témoignage, affirmera en 1907 que le baseball est né à Cooperstown, NY. Abner Doubleday, général et héros de la Guerre de Sécession aurait, sous le coup d’une inspiration divine, inventé ex nihilo le baseball tel qu’on le connaît.[50] Ainsi, à l’image de l’être américain ou du frontiersman, le baseball a surgi de l’expérience américaine. Or, la preuve a été faite depuis longtemps que le baseball est né d’un métissage[51] entre différents jeux et sports.

 

À l’image de l’Amérique, le baseball est fondamentalement moderne. En effet, l’anthropologue Sébastien Darbon distingue deux tendances dans le développement de la pratique sportive au 19e siècle. La première est qualifiée d’archaïque et est le « véhicule des valeurs élitistes et aristocratiques »[52] qui sont généralement attribuées à l’amateurisme. Le cricket et le rugby lui servent d’exemple. L’autre tendance « mérite le nom de moderne en ce sens qu’elle est porteuse de valeurs plus démocratiques et populaires et s’inscrit d’emblée dans une certaine forme de professionnalisme »[53]. Le baseball s’inscrit dans cette tendance. Le caractère moderne du baseball est également souligné alors qu’il est diffusé dans les Caraïbes. Ainsi, les Cubains adoptent la pratique du baseball au cours de la guerre de dix ans (1868-1878) en opposition à la tauromachie espagnole, jugée barbare. À l’inverse, le baseball est pour les Cubains signe de modernité et de civilisation.[54] Il est important de noter que le baseball fera l’objet d’une appropriation rapide de la part des cultures locales. À Cuba, on tentera même d’en faire remonter l’origine aux indiens Tainos[55], lui attribuant par le fait même une profonde américanité.

 

Un exemple d’expression de l’américanité : les Expos de Montréal

La Révolution tranquille marque l’aboutissement de la modernisation de la ville de Montréal entreprise après la Seconde Guerre mondiale. En effet, l’élargissement du réseau routier, la Place Ville-Marie, la Place des Arts, le Métro et l’Expo 67 donnent un air de jeunesse et de dynamisme à la ville qui utilise ces réalisations pour affirmer sa modernité. Rappelons que le déclin économique et démographique de Montréal au profit de Toronto ne débutera qu’au début des années 1970. Conséquemment, Montréal est toujours la plus importante ville canadienne au cours des années 1960.[56] En fait, on peut observer un déclin démographique de la ville de Montréal, mais au profit de sa banlieue qui croît rapidement à partir de la fin de la Seconde Guerre mondiale.[57] À notre avis, l’arrivée des Expos et du baseball majeur s’inscrit dans l’élan modernisateur qu’a connu Montréal sous l’impulsion du maire Jean Drapeau. Celui-ci aurait considéré « astucieux du point de vue politique d’obtenir à Montréal la franchise d’une équipe d’une ligue majeure »[58] compte tenu de la ferveur qu’il avait observé par le passé chez les partisans des Royaux auxquels nous avons fait allusion plus haut.

 

Le 27 mai 1968, la Ligue nationale de baseball annonce que Montréal et San Diego se voient octroyer chacune une franchise qui devra débuter ses activités dès la saison 1969. Selon La Presse, le choix de Montréal est une surprise[59], mais la nouvelle est y accueillie avec enthousiasme. En fait, la vaste majorité des quotidiens montréalais salue l’arrivée d’une équipe de baseball majeur[60] et les inquiétudes qui seront soulevées au cours de l’année 1968 sont essentiellement d’ordre économique, car on craint des coûts trop élevés pour une activité somme toute jugée triviale.[61] Par contre, le public ne semble guère être inquiété par les débats d’ordre financier et la vente des abonnements de saison qui débute à la fin du mois d’août 1968 dépasse les attentes.[62] Mais c’est surtout au mois d’avril suivant que l’on mesure la ferveur de la population de Montréal et du Québec.

 

En moins de dix mois, la ville de Montréal accomplit ce que certains pensaient infaisable : une équipe de baseball majeur a été mise sur pied à partir de rien et elle jouera dans le stade du parc Jarry réaménagé pour l’occasion. La fascination pour l’équipe est soulignée dès l’arrivée des joueurs à Montréal pour une visite éclair avant d’entreprendre la saison. En effet, les Expos, nommés ainsi afin de commémorer l’exposition universelle de 1967[63], débarquent à Montréal pour la première fois le 6 avril 1969 : 5000 personnes accueillent les joueurs à l’aéroport de Dorval un dimanche en soirée.[64] Le lendemain, lundi de Pâques, un défilé partant du parc Lafontaine et devant se rendre à la Place Ville-Marie via la rue Sherbrooke est prévu : 150 000 personnes se pressent le long du trajet pour saluer l’équipe.[65] Après ces festivités, l’équipe quitte Montréal en direction de New York où elle fera ses débuts contre les Mets au Shea Stadium.

 

La fièvre du baseball frappe réellement la ville lors du match d’ouverture des Expos à Montréal. Le 14 avril 1969, le premier match de la saison régulière des Ligues majeures[66] est disputé hors du territoire des États-Unis. Près de 30 000 partisans s’entassent dans les gradins du stade du parc Jarry, un lundi après-midi, faisant de l’événement le plus important rassemblement sportif s’étant déroulé dans la ville de Montréal jusqu’alors.[67] Il en sera ainsi le lendemain, le surlendemain et tout au long de la saison. En effet, malgré une désolante fiche de 52 victoires et 110 défaites et venant bien près de battre le record du plus grand nombre de défaites consécutives, les Expos attireront 1 212 608 spectateurs pour une moyenne de 14 970 par match lors de la première saison de leur histoire. Ceci les place en septième position parmi les douze clubs de la Ligue nationale en ce qui concerne l’assistance aux matchs.[68] Il faudra attendre la saison 1975 avant de voir le nombre de spectateurs passer sous la barre du million, et ce, malgré le fait que les Expos ne compileront pas un dossier victorieux avant la saison 1979 (95 victoires, 67 défaites) qui reste, à ce jour, la meilleure performance de l’histoire de la concession à Montréal.[69]

 

À titre de comparaison, afin de donner une idée de l’importance des foules montréalaises, nous réfèrerons à un article du Sports Illustrated du 7 juillet 1969. Cet article traite des foules jugées décevantes qui assistent aux matchs des A’s d’Oakland. En effet, l’auteur de l’article souligne qu’à pareille date l’année précédente, l’équipe avait attiré 50 000 spectateurs de plus. Notons que les A’s ont terminé la saison 1968 avec des foules totales d’environ 850 000 personnes, donc près de 400 000 personnes de moins que les Expos lors de leur première saison à Montréal. Notons également que les A’s, en juillet 1969, dominent la division ouest de la Ligue américaine et qu’ils comptent dans leurs rangs le jeune Reggie Jackson qui frappe des circuits à un rythme qui permet d’envisager qu’il surpasse la marque de 61 coups de circuit frappés en une saison établie par Roger Maris lors de la saison 1961.[70] De plus, les A’s n’en sont qu’à leur deuxième saison à Oakland, après avoir évolué à Philadelphie (1903-1955) et à Kansas City (1955-1968). Bref, plusieurs facteurs sont en place pour attirer les partisans et pourtant, ils manquent à l’appel. Rappelons que la grande région de San Francisco dont fait partie Oakland compte environ 2,5 millions d’habitants, ce qui est comparable à la population de la grande région de Montréal à l’époque.[71]

 

Autant les quotidiens montréalais que des publications étrangères[72] souligneront, tout au long de l’été 1969, la ferveur des partisans montréalais et l’atmosphère festive qui règne les jours de matchs. Ainsi, malgré le froid d’avril et certaines soirées fraîches d’été, en dépit du fait que les Canadiens vont remporter la coupe Stanley en ce printemps 1969[73], les foules sont au rendez-vous et affirment, par le fait même, le profond amour de Montréal pour le baseball. Cet amour sera d’ailleurs officialisé dès le 18 avril 1969 alors que le Montréal Matin titrera à la une « Nos Expos, nos amours »[74]. Cette déclaration d’amour envers l’équipe de baseball nous apparaît comme un indice de l’attachement, de l’identification de la ville pour les Expos et, par le fait même, pour une certaine américanité de Montréal.

 

***

L’américanité fait partie de l’identité québécoise et doit être considérée comme une part fondamentale de cette identité. Nous ne pensons pas que l’on puisse remettre en doute ce constat. Par contre, il peut toujours y avoir débat sur l’importance à accorder à l’américanité. D’une part G. Bouchard affirme que c’est le principal élément de l’identité québécoise alors que J.-Y. Thériault prétend qu’au contraire, le concept d’américanité nie la culture canadienne-française. En ce qui nous concerne, nous pensons que l’identité québécoise est multiple et en continuel mouvement, comme le démontre la redéfinition identitaire observée au cours des années 1960. Cette redéfinition de l’identité québécoise n’était pas la première et ne sera certainement pas la dernière à préoccuper les historiens. À l’instar d’Y. Lamonde, donc, nous pensons que l’identité québécoise a été forgée grâce à de multiples influences. De plus, nous sommes d’avis que le Québec partage des éléments culturels avec les autres collectivités des Amériques. Le baseball fait partie de ces éléments, et c’est ce que nous avons tenté de démontrer.

 

Les journaux nous ont permis de constater un attachement et un amour profond pour le baseball qui ne peut s’expliquer uniquement par l’attrait de la nouveauté que représente l’arrivée d’une équipe des Ligues majeures, ni par les effets d’une agressive campagne publicitaire. Un tel engouement est une preuve tangible que Montréal était définitivement une ville où le baseball était incrusté dans les mœurs et la culture populaire depuis le début du 20e siècle. Pour Montréal et le Québec, le baseball deviendra un référent identitaire. En plus d’être une source de fierté pour les Montréalais et les Québécois, les Expos donnent l’occasion au Québec de confirmer ses liens avec le reste du continent nord-américain, car tout au long de la saison de baseball, et même au-delà, on parlera de Montréal dans les quotidiens et les bulletins de nouvelles sportives à travers une bonne partie de l’Amérique. À la faveur de la présence du baseball majeur à Montréal, le Québec en profite pour affirmer son américanité.

 

Enfin, les premières expressions de l’américanité, au tournant du 19e siècle, portaient en elle un projet politique inspiré des idées républicaines et anticoloniales mises en pratique au sud de la frontière. Comme nous l’avons souligné, le baseball est porteur de valeurs égalitaires et républicaines. Ainsi, au cours de la Révolution tranquille, le Québec renoue avec un anticolonialisme hérité d’un passé qu’on a tenté de gommer pendant environ un siècle. Faute d’avoir joint le « concert des nations », ce qui était la finalité du projet politique le plus radical né au cours des années 1960, c’est-à-dire l’indépendance du Québec du reste du Canada, le Québec aura néanmoins fait partie des Ligues majeures.

 


[1]Pour une synthèse générale de la Révolution tranquille et de ses effets, voir Paul-André Linteau, Jean-Claude Robert, René Durocher et François Ricard, Histoire du Québec contemporain, Tome 2, Montréal, Boréal, p. 421-811.

[2]Lucia Ferretti, « La Révolution tranquille », L’Action nationale, vol. 89, no 10 (décembre 1999), p. 81

[3]Ibid.

[4]Sean Mills, Contester l’Empire. Pensée postcoloniale et militantisme politique à Montréal, 1963-1972, Montréal, Éditions Hurtubise, 2011 (trad. 2010), p. 33; Jean-Philippe Warren, « L’Opération McGill français. Une page méconnue de l’histoire de la gauche nationaliste », Bulletin d’histoire politique, Vol. 16, no 2 (hiver 2008), p. 97.

[5]Sans compter le fait qu’ils sont souvent tenus de faire usage de l’anglais au travail. L’anglais étant, à cette époque, la langue permettant la mobilité sociale. Voir Sean Mills, ibid, p. 32-36

[6]À cet effet, voir Stéphane Savard, Hydro-Québec et l’État québécois, 1944-2005, Québec, Septentrion, 2013, 435 p.

[7]Jocelyn Létourneau, « La production historienne courante portant sur le Québec et ses rapports à la construction des figures identitaires d’une communauté communicationnelle », Recherches sociographiques, vol. 36, no 1, (1995), p. 19.

[8]Paul-André Linteau, « Un débat historiographique : l’entrée du Québec dans la modernité et la signification de la Révolution tranquille », dans Yves Bélanger, Robert Comeau et Céline Métivier (dir.), La Révolution tranquille. 40 ans plus tard : un bilan, Montréal, VLB, 2000, p. 29.

[9]Historien et sociologue, Gérard Bouchard est professeur à l’Université du Québec à Chicoutimi et est réputé pour ses travaux sur les collectivités neuves, notamment la colonisation au Saguenay et sa Genèse des nations et cultures du Nouveau Monde, Montréal, Boréal, 2001 (2000), 503 p.

[10]Yvan Lamonde est l’auteur, entre autres, d’un imposant travail de recherche sur l’histoire sociale des idées au Québec dont le quatrième tome couvrant la période de l’après-Seconde guerre mondiale est à paraître. Sur l’américanité, voir Allégeances et dépendances. L’histoire d’une ambivalence identitaire, Montréal, Nota Bene et Ni avec eux, ni sans eux : le Québec et les États-Unis, Québec, Nuit Blanche, 1996.

[11]Gérard Bouchard, op. cit.

[12]Il est à noter que lorsque nous utiliserons le terme « américain », nous ferons référence à l’ensemble des Amériques et non aux États-Unis qui ont exprimé une pensée continentale dès leur Guerre d’indépendance et qui ont conservé le terme America pour désigner ce qui correspond au territoire qu’ils occupent en Amérique du Nord (si on exclut Hawaï). Pour les désigner, nous utiliserons plutôt le qualificatif « États-Uniens ».

[13]Voir Bernard Andrès et Zilà Bernd, L’identitaire et le littéraire dans les Amériques, Montréal, Nota Bene, 1999, 267 p.; Zilà Bernd Américanité et mobilités transculturelles, Québec, Les Presses de l’Université Laval, Collection Americana, 2009, 166 p.; Jean Morency, Le mythe américain dans les fictions d’Amérique de Washington à Jacques Poulin, Québec, Nuit Blanche, 1994, 258 p.

[14]Yvan Lamonde,op.cit., p.76-77.

[15]Gérard Bouchard, op. cit.; Louis Dupont, « L’américanité québécoise : portée politique d’un courant d’interprétation », dans Donald Cuccioletta (dir.), L’américanité et les Amériques, Québec, Les Presses de l’Université Laval, 2001, p. 52.

[16]Sur le renouveau du discours des élites politiques, voir notamment Stéphane SAVARD, op. cit., p. 245-279.

[17]Notons que les Expos attirent l’attention ailleurs comme en font foi certains articles du quotidien Le Soleil de la ville de Québec. Voir Claude Larochelle, « Carrefour des sports », Le Soleil, 29 mai 1968, p. 43; Roland Sabourin, « Sabourinades sportives », Le Soleil,29 mai 1968, p. 44; « Les joueurs canadiens n’ont jamais été bien nombreux dans le baseball majeur », Le Soleil, 29 mai 1968, p. 48. Nous avons par contre privilégié les quotidiens montréalais (Montréal Matin, La Presse, The Gazette, Montreal Star) parce que notre propos touche essentiellement le baseball majeur. Les quotidiens d’autres villes du Québec ont tendance à traiter de l’impact des Expos sur le baseball mineur, un enjeu local. Ce qui pourrait faire l’objet d’une recherche ultérieure.

[18]Il est important de noter que les Royals (Royaux) ont précédé les Expos en tant que première équipe de baseball professionnel à Montréal. Établis à Montréal à partir de 1898, les Royaux connaîtront des débuts difficiles sur le plan financier avant de voir leur situation économique se stabiliser. Ils participeront aux activités de la Ligue internationale, circuit de niveau mineur, de manière régulière à partir de 1928. À la fin des années 1930, ils deviennent la filiale AAA des Dodgers de Brooklyn jusqu’à leur disparition en 1960 qui suit le déménagement de ces derniers à Los Angeles en 1958. Le succès connu par les Royaux n’est certainement pas étranger à l’octroi d’une franchise de la Ligue nationale à la ville de Montréal en 1968. Sur les Royaux, voir William Brown, Les fabuleux Royaux : les débuts glorieux du baseball professionnel à Montréal, Montréal-Paris-Toronto, Éditions Robert Davies, 1996 (trad.), 192 p.

[19]Louis Dupont, loc. cit., p. 52.

[20]Yvan Lamonde, Ni avec eux, ni sans eux : le Québec et les États-Unis, p. 11.

[21]Zilà Bernd, Américanité et mobilités transculturelles,p. 35.

[22]Louis Dupont, loc. cit., p. 51

[23]Louis Dupont, loc. cit., p. 50; Jean-François Côté, « L’identification américaine au Québec : de processus en résultats », dans Donald Cuccioletta, op. cit., p. 10.

[24]Louis Dupont, loc. cit., p. 54.

[25]Joseph-Yvon Thériault, Critique de l’américanité : mémoire et démocratie au Québec, Montréal, Québec-Amérique, 2005, p. 11.

[26]Ibid, p. 13.

[27]Ibid, p. 24.

[28]Louis Dupont, loc. cit., p. 51

[29]Louis-George Harvey, Le Printemps de l’Amérique française. Américanité, anticolonialisme et républicanisme dans le discours politique québécois, 1805-1837, Montréal, Boréal, 2005, p. 11-23. Voir aussi Yvan Lamonde, Allégeances et dépendances, p. 30-48; Louis Dupont, loc. cit., p. 51-54; Gérard Bouchard, op. cit., p. 77-99.

[30]Yvan Lamonde, Allégeances et dépendances, p. 31.

[31]Louis-George Harvey, op. cit., p. 13

[32]Ibid, p. 11.

[33]Ibid, p. 14.

[34]Soulignons une citation de Papineau rapporté par D. Cuccioletta : « Il est certain qu’avant un temps bien éloigné, que toute l’Amérique doit être républicaine. » Donald Cuccioletta, « L’américanité and the History of the Americas : Independance and Liberalism between 1760-1860», dans Donald Cuccioletta  (dir.), op. cit., p. 39.

[35]Ibid, p. 237.

[36]« À partir des années 1850, sous l’égide de l’Église, la culture québécoise consolide donc ses caractéristiques originales pour le siècle à venir. N’y voyons pas une construction artificielle plaquée sur la société par le clergé. Pour que ce travail réussisse, il faut que les circonstances se prêtent, que le pouvoir ecclésiastique soit confirmé par l’abandon de l’État; il faut surtout que la collectivité elle-même s’offre à pareille entreprise par les traits de sa propre culture. » (C’est nous qui soulignons.) Fernand Dumont, Genèse de la société québécoise, Montréal, Boréal, 1993, p. 229.

[37]Gérard Bouchard, op. cit., p. 99-157; Louis Dupont, loc. cit., p. 59.

[38]Gérard Boucherd, op. cit., p. 102.

[39]À ce sujet, Mgr Bourget, évêque de Montréal (1840-1876) affirme : « Le moyen d’améliorer le sort du peuple ne consiste pas à l’instruire, mais à rendre ses maîtres compatissants, charitables et humains ». Cité dans Fernande Roy, Histoire des idéologies au Québec aux XIXe et XXe siècles, Montréal, Boréal, 1993, p. 37.

[40]Louis-George Harvey, op. cit., p. 10.

[41]On pourrait ici avancer l’hypothèse que ce projet de colonisation est l’illustration québécoise de la thèse de la « frontière » développée par Frederick Jackson Turner… donc, aussi une expression de l’américanité.

[42]Bruno Ramirez, Par monts et par vauxMigrants français et italiens dans l’économie nord — atlantique 1860-1914, Montréal, Boréal, 1991, p. 92-94.

[43]Ibid.

[44]Yvan Lamonde, Allégeances et dépendances, p. 70-86.

[45]Amir Ben Porat, « Football fandom : a bounded identification », Soccer and Society, vol. 11, no 3 (May 2010), p. 278.

[46]Jocelyn Létourneau, Que veulent vraiment les Québécois?, Montréal, Boréal, 2006, p. 22

[47]Frederick Jackson Turner, La frontière dans l’histoire des États-Unis, Paris, Presses Universitaires de France, 1963 (trad.), p. 32.

[48]Ibid, p. 4-33.

[49]Louis-George Harvey, op. cit., p. 10.

[50]Sébastien Darbon, Diffusion des sports et impérialisme anglo-saxon,de l’histoire événementielle à l’anthropologie, Charenton-le-Pont Cedex, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2008, p. 48; Allen Guttmann, Games and Empire. Modern Sports and Cultural Imperialism, New York, Columbia University Press, 1994, 71-91.

[51]À noter que le métissage est aussi un trait lié à l’américanité. Sur le thème du métissage, voir Jean Morrisset et Éric Waddell, Amériques, Montréal, L’Hexagone, 2000, 339 p.

[52]Sébastien Darbon, op. cit., p. 67.

[53]Ibid.

[54]Robert Elias, The Empire Strikes Out : How Baseball sold U.S. Foreign Policy and promoted the American Way Abroad, New York, The New Press, 2010, p. 30; Roberto Gonzalez Echevarria, The Pride of Havana : A History of Cuban Baseball, New York, Oxford University, Press, 1999, p. 81.

[55]Sébastien Darbon, op. cit., p. 232

[56]Sur le développement urbain de Montréal au cours de la Révolution tranquille, voir Paul-André Linteau, Histoire de Montréal depuis la Confédération, Montréal, Boréal, p. 427-574; Dany Fougères(dir.), Histoire de Montréal et de sa région, Tome II : de 1930 à nos jours, Québec, Presses de l’Université Laval, 2012, p. 867-1370.

[57]Jean-Pierre Collin et Laurence Bherer, « Une île, des villes : Montréal et sa proche banlieue », dans Dany Fougères (dir.), op. cit., p. 925-958.

[58]Susan Purcell et Brian McKenna, Jean Drapeau, Montréal-Paris, Stanké, 1981 (trad. 1980), p. 191.

[59]« San Diego, c’était prévu, mais Montréal, surprise! », La Presse, 28 mai 1968, p. 64.

[60]Voir Red Fischer, « Nothing impossible after Franchis Grab », Montreal Star, 28 mai 1968, p. 62; Charles Lazarus, «City to build New Stadium in East End», Montreal Star, 28 mai 1968; «Big League Success predicted by Lemyre, Dubois», Montreal Star, 28 mai 1968, p. 62; Gérard Champagne, « Le baseball majeur : c’est oui », La Presse, 28 mai 1968, une; « La nouvelle a réjoui la gent sportive montréalaise », La Presse, 28 mai 1968, p. 62; « Merci à Gerry Snyder », La Presse, 28 mai 1968, p. 61; Ted Blackman, « Levesque Heads Club, Park in ’72 », The Gazette, 28 mai 1968, p. 23-24; Pat Hickey, « Baseball fever Hits », The Gazette, 29 mai 1968, p. 43; Ted Blackman, « Baseball Holds Draft here in October », The Gazette, 29 mai 1968, p. 41; Pat Curran, « Call them Expos », The Gazette, 30 mai 1968, p. 15.

[61]Louis M. Bergeron, « Le conflit majeur du baseball majeur », Montréal Matin, 25 juillet 1968; Rhéaume Brisebois, « Pour… ou contre », Dimanche Matin, 11 août 1968; « Le baseball et les pessimistes », Dimanche/Dernière heure, 25 août 1968. Voir également Société Radio-Canada, « Tirez au clair » [télévision], 22 août 1968, 35 min 9 s, <http://archives.radio-canada.ca/sports/baseball/clips/3329/>, mis à jour le 7 avril 2009. (Consulté le 31 mars 2014).

[62]«Montreal Fans clamor for Season Tickets», The Montreal Star, 31 août 1968; Le nouveau samedi, 31 août 1968; « 1767 demandes de billets de saison », Montréal Matin, 6 septembre 1968; « Près de 2000 demandes de billets de saison attendent l’expert Lucien Geoffrion », Journal de Montréal, 6 septembre 1968.

[63]Il est tentant d’affirmer que le nom « Expos » n’est pas choisi innocemment. En effet, l’exposition universelle a été et demeure toujours un important référent identitaire pour les Québécois. Pauline Curien avance que « ce qui est frappant à l’analyse, c’est que toute l’exposition contribuait à souligner que le Québec était une entité politique à part entière : nulle part il n’apparaissait comme une partie du Canada. » Est-ce que le nom aurait permis de développer un sentiment d’appartenance plus fort si l’équipe s’était appelée les Voltigeurs, les Chevaliers ou encore les Royaux et ainsi, marquer la différence du Québec face au reste du Canada? Sur l’Expo 67, voir Pauline Curien, « Matérialisation et incarnation du Grand Récit du Québec moderne : l’Expo 67 », BHP, vol. 17, no 1 (automne 2008), p. 93-100.

[64]« 5000 personnes attendaient les Expos à l’aéroport de Dorval dimanche soir », Montréal Matin, 8 avril 1969.

[65]« Les Expos royalement accueillis », Montréal Matin, 8 avril 1969; Jacques Doucet, « Montréal a conquis le cœur des Expos », La Presse, 8 avril 1969; Ted Blackmun «Drapeau savors latest Victory», The Gazette, 8 avril 1969.

[66]Le commissaire du baseball, Bowie Khun, ainsi que le président de la Ligue natioanles Warren Giles se déplacent d’ailleurs pour l’occasion. Soulignons également la présence du premier ministre du Québec, Jean-Jacques Bertrand désigné pour effectuer le premier lancer. Voir Jacques Doucet et Marc Robitaille, Il était une fois les Expos. Tome 1 : Les années 1969-1984, Éditions Hurtubise, Montréal, 2009, p. 78.

[67]Walter Pronovich, « 30 000 at Expos » opener », Montreal Star, 14 avril 1969; Beverley Mitchell, «Everyone, but everyone was out there, my dear», Montreal Star, 15 avril 1969; « 29 184 Montréalais applaudissent la victoire de 8-7 de leurs Expos », Journal de Montréal, 15 avril 1969.

[68]Baseball-Reference.com — MLB Stats, Standings, Scores, History, <www.baseball-reference.com/teams/WSN/>, 2013. (Consulté le 31 mars 2014).

[69]Ibid. Notons que l’équipe est déménagée à Washington en vue de la saison 2005 et qu’elle a remporté 98 victoires en 2012, ce qui en fait désormais le plus haut total de l’histoire de la concession.

[70]Mark Malvoy, «Maris and the Babe, move over!», Sports Illustrated, vol. 31, no 1 (7 juillet 1969), p. 22-25. Il est à noter que les A’s d’Oakland comptent dans leurs rangs d’autres jeunes joueurs qui impressionnent notamment Blue Moon Odom, lanceur, qui, au cours de la première moitié de la saison 1969, affichera un dossier de 14 victoires contre 3 défaites; et Sal Bando, troisième but, qui terminera la saison avec 31 circuits et 113 points produits. Voir Baseball-Reference.com — MLB Stats, Standings, Scores, History, www.baseball-reference.com.

[71]Gilles Sénécal et Nathalie Vachon, « L’expansion métropolitaine : vers une polycentricité assumée », dans Dany Fougères, op. cit., p. 880. Ceux-ci font état de 2 634 977 habitants en 1966. Voir Paul-André Linteau, Histoire de Montréal depuis la Confédération, p 493.Pour sa part, Linteau parle de 2 743 208 habitants en 1971.

[72]Nous faisons particulièrement référence à l’hebdomadaire Sports Illustrated qui, dans sa page « Baseball’s Week », répète, semaine après semaine, que Montréal est une ville de baseball en dépit des défaites qui s’accumulent jour après jour. Suulignons cette citation « Still, the Expos fans remained so enthusiastic that one reporter called the Jarry Park «the world’s only bilingual asylum». » Peter Carry, « Baseball’s Week », Sports Illustrated, vol. 31, no 4 (28 juillet 1969), p. 60.

[73]Il ne fait aucun doute que les Québécois s’identifient au Club de hockey Canadien depuis les glorieuses années de Maurice Richard (1942-60). Le fait que, malgré une conquête de la coupe Stanley en mai 1969, les Expos attirent des foules importantes ne fait qu’illustrer un peu plus l’ampleur de l’attraction qu’ont exercée les Expos à leur arrivée.

[74]Montréal Matin, 18 avril 1969, une.