Pierre-Luc Brisson
Université du Québec à Montréal

 

     À l’occasion des Jeux isthmiques tenus à Corinthe en 196 av. n. ère, le général et proconsul romain Titus Quinctius Flamininus allait proclamer, devant une assistance en liesse, la « liberté des cités grecques ». Cette proclamation parachevait ainsi la victoire romaine sur le roi Philippe V, vaincu l’année précédente sur le champ de bataille de Cynoscéphales, en Thessalie, mettant un terme à la Seconde guerre de Macédoine. Tite-Live rapporte que l’on dut proclamer l’édit à deux reprises afin que tous les gens présents puissent l’entendre[1], tandis que Plutarque affirme que « des corbeaux qui volaient par hasard au-dessus de l’assemblée tombèrent dans le stade »[2], en raison du choc causé par la clameur des Grecs qui s’éleva alors vers le ciel et fendit l’air. En proclamant la « liberté » des cités grecques, Flamininus souscrivait à une vieille tradition diplomatique maintes fois employée par les grands souverains hellénistiques depuis la fin du IVe siècle. En s’inscrivant dans cette lignée, Flamininus venait reprendre, à son profit et à celui des intérêts romains dans la région, une pratique propre à la culture politique du monde hellénistique, telle qu’elle s’était développée à la suite de la disparition d’Alexandre le Grand en 323. Or, comme nous le verrons – et c’est là notre thèse et le sujet de cette présentation – Flamininus a su recueillir et employer, au-delà de la seule déclaration de liberté, de nombreux autres éléments constitutifs de l’héritage politique de la civilisation hellénistique, afin de les adapter aux impératifs de la diplomatie romaine envers le monde grec et de l’exaltation de sa propre figure de général victorieux.

     Notre démonstration se déploiera en deux temps. D’abord, nous procéderons à un court survol de l’historiographie moderne entourant la carrière de Flamininus et nous définirons par la suite les caractéristiques principales du « modèle » politique hellénistique, tel qu’il s’est constitué dans les décennies suivant le règne d’Alexandre le Grand. Dans un deuxième temps, nous aborderons le mandat proconsulaire de Flamininus en Grèce (197-194) et, par l’étude des différentes actions posées par le jeune général romain, nous serons à même d’esquisser les grands contours du programme politique qu’il a mis en place et en filigrane duquel apparaîtra clairement cette influence hellénistique.

 

Historiographie et sources

     Dans une conférence prononcée en avril 1970 à l’Université de Cincinnati, l’historien d’origine autrichienne E. Badian s’est longuement penché sur la carrière du consul romain Titus Flamininus et sur les recherches qui lui avaient été consacrées tout au long des XIXe et XXe siècles. Le jugement de Badian est sévère : la place de Flamininus dans l’historiographie moderne et contemporaine avait été « usurpée »[3] par d’autres grands généraux de la République romaine du IIe siècle, tels que Scipion l’Africain (c. 236-183), vainqueur d’Hannibal, ou Scipion Émilien (185-129), destructeur de Carthage. Si la place des Scipions était bien assurée dans l’historiographie romaine – P. Grimal ne parlait-il pas du « siècle des Scipions » afin de définir cette époque? – le rôle joué par Flamininus dans le développement de la politique extérieure de Rome, et notamment dans les relations entretenues avec le monde grec, a quant à lui mis du temps à être reconnu et analysé. Il faudra attendre la fin du XIXe siècle pour voir apparaître, dans les pages de l’Encyclopaedia Britannica et dans la Allgemeine Encyklopädie (publiée de 1847 à 1878),les premières entrées consacrées à la vie de Flamininus qui dépassent les seuls traits impressionnistes livrés par les grandes étapes de sa carrière militaire.

     Les premiers historiens à s’être attardés à la carrière de Flamininus se sont surtout questionnés sur le philhellénisme prétendu du jeune général, dont la proclamation de la liberté des cités grecques aurait été l’illustration la plus éclatante. Pour l’historien allemand Th. Mommsen, Flamininus est l’incarnation d’une nouvelle génération de jeunes aristocrates romains, plus charmés par la culture grecque que par les traditions héritées de leurs pères dans la conduite des affaires de l’État. Mommsen reprochera à Flamininus, dans sa volumineuse Römische Geschichte (1854-1888), sa « faiblesse sentimentale » à l’égard des Grecs, qui mènera au déclenchement de la guerre antiochique quelques années après son passage en Grèce. Il s’agit d’un point de vue auquel s’opposera son compatriote W. Ihne, pour qui Flamininus était plutôt un homme d’État de sang-froid (« clear-headed statesman »), pour qui les intérêts romains ont toujours pris le pas sur ses sympathies philhellènes. Plus près de nous, l’historien français M. Holleaux posait un regard plus conciliant, et à nos yeux plus fidèle à la réalité historique, sur la carrière du proconsul, insistant sur son habileté diplomatique déployée durant son mandat en Grèce: « Il allait employer une méthode entièrement négligée avant lui, que sa culture hellénique approfondie et certaines qualités de souplesse et de tact, rares chez les Romains, le rendaient particulièrement apte à pratiquer : montrer aux Grecs un visage ami, gagner leur confiance, leur persuader que Rome ne combattait Philippe que pour les affranchir »[4].

     L’histoire de la guerre ayant opposé Rome à Philippe V et le récit du mandat proconsulaire de Flamininus en Grèce sont contenus, essentiellement, dans les œuvres de trois historiens anciens. Sous la plume du premier d’entre eux, Polybe de Mégalopolis, Flamininus devient le héros par excellence, calme, calculateur, assuré, le νουνεχὴςκαὶπραγματικὸς ἀνήρ, l’homme politique juste et pragmatique. Il rejoint l’idéal-type polybien incarné par des personnages tels que Hannibal, Scipion ou Paul-Émile, dont P. Pédech affirmait qu’ils semblaient tous taillés sur le même patron[5]. L’historien latin Tite-Live puisera largement chez Polybe le récit des événements entourant la Seconde guerre de Macédoine et l’action de Flamininus en Grèce (contenus dans les livres XXXII à XXXIV), alors que le biographe grec Plutarque consacrera notamment l’une de ses Vies à Titus, qu’il superposera à celle de l’un de ses adversaires, le grand général grec Philopoemen, le « dernier des Grecs »[6]. Le chercheur devra cependant se méfier du portrait idéalisé du général romain que brosse Plutarque. Dans leurs notes à la traduction de la Vie de Flamininus, R. Flacelière et E. Chambry rappellent qu’à bien des égards, le texte de Plutarque emprunte le style de l’éloge (ἐγκώμιον) et que certains passages de son récit tronquent la réalité historique, la campagne de Flamininus en Thessalie étant présentée « comme une simple promenade », le biographe omettant de mentionner les villes qui s’étaient opposées à lui et le revers militaire qu’il avait essuyé sous les murs d’Atrax[7]. La propension de Plutarque à présenter Flamininus comme un héros philhellène « à la mine avenante, entendant et parlant fort bien le grec et épris d’honneur vrai »[8], déployant une φιλανθρωπία sincèreet à qui « tout le monde se ralliait de bon gré »[9], nous fournit peu de renseignements sur les motivations politiques profondes du jeune général, mais nous permet cependant de mesurer la force de la tradition qui semblait s’être emparée de ce personnage et la pérennité de son souvenir dans le monde grec.

 

Carrière politique de Flamininus

     Flamininus est né vers 229 au sein de la vieille aristocratie romaine. La gens Quinctia, à laquelle se rattachait la famille de Titus, jouissait d’un prestige certain, ayant donné à la République de nombreux personnages de premier plan au premier rang desquels figure Lucius Quinctius Cincinnatus, devenu l’incarnation même du vieil idéal républicain romain. Flamininus est donc non seulement né au sein du patriciat romain, mais également dans une famille et une gens qui pouvaient se targuer, comme le soulignait A. M. Eckstein[10], d’être au centre même de la vieille noblesse de la cité. Son origine familiale a sans doute eu un impact important non seulement sur le développement de sa carrière politique, mais également sur l’éducation et l’héritage culturel qui seront les siens et qui influenceront sa vision du monde.

     La carrière de Flamininus sera, à proprement parler, atypique et s’inscrit dans les grandes transformations des institutions politiques provoquées par les deux premières guerres puniques, qui ont marqué la République romaine de 264 à 241, puis de 218 à 202. C’est durant ce second conflit que Flamininus entamera sa carrière militaire et politique. Il sera engagé à titre de tribun militaire sous les ordres du consul Marcus Claudius Marcellus. À la suite de la mort des deux consuls de l’année 208 dans une embuscade tendue par Hannibal près de Venusia (actuelle Venosia), Flamininus obtiendra la charge du territoire de la ville grecque de Tarente, dans le sud de la péninsule italienne[11]. Il est fort probable que c’est à Tarente que Flamininus a été mis en contact pour la première fois avec les coutumes politiques grecques, ou du moins, qu’il y a enrichi sa propre culture et sa connaissance de la langue. Il y exercera l’imperium de propréteur jusque vers 204 ou 202, date à laquelle se termine le second conflit avec Carthage. En 199, il décide d’enjamber les étapes normales du cursus honorum romain et de proposer sa candidature au consulat pour l’année 198, alors même qu’il n’avait ni l’âge requis, ni occupé les principales magistratures préalables au consulat[12]. Cette situation avait cependant des précédents récents et était notamment provoquée par la pression exercée sur les institutions romaines par la guerre contre Carthage, qui a durement affecté la démographie de la classe sénatoriale[13], facilitant l’élection de jeunes hommes à des postes de responsabilité que leur âge leur aurait autrement interdits. Flamininus sera donc élu au consulat pour l’année 198 et se verra confier la conduite des opérations militaires contre Philippe de Macédoine.

     Au sortir de la Seconde guerre de Macédoine, Rome allait se positionner comme véritable puissance montante au sein du bassin méditerranéen oriental, jusque-là dominé par les grands royaumes hellénistiques issus du démembrement de l’Empire d’Alexandre. Les rapports entre le monde romain et le monde grec se faisaient à l’époque de plus en plus nombreux, notamment par les échanges résultant de l’expansion romaine dans le sud de l’Italie, en Grande-Grèce, expansion qui a provoqué l’afflux à Rome d’une multitude d’œuvres d’art dans les grands cortèges triomphaux des généraux et de très nombreux esclaves qui ont contribué à la diffusion de la langue grecque au sein des demeures de leurs nouveaux maîtres[14]. Flamininus appartenait donc à une classe sociale déjà pénétrée par la culture grecque. On sait par les récits de Polybe et de Plutarque[15] qu’il avait une grande maîtrise de la langue grecque, une habileté qui lui permettait notamment de négocier directement avec Philippe de Macédoine sans recourir à un interprète.

 

Le « modèle » hellénistique

     Il convient maintenant de décrire le modèle politique hellénistique qui aurait inspiré l’action de Flamininus, tel que nous pouvons le reconstituer à partir des exemples légués par les Antigonides, les Séleucides et les Ptolémées. La première caractéristique des souverains gréco-macédoniens de l’époque est sans doute leur caractère guerrier : les monarques hellénistiques tirent leur pouvoir de la conquête, de leurs victoires militaires. L’annexion de nouveaux territoires et la défense des cités dont ils avaient la protection contribuaient à renforcer leur prestige et à consolider leur pouvoir. C’est ce qu’affirmait déjà Polybe à propos d’Antiochos IV qui, en 169, au début de la sixième Guerre de Syrie, était résolu à assurer sa domination sur la Cœlé-Syrie face au royaume lagide des Ptolémées : « Estimant que la possession fondée sur la conquête était la plus solide et la plus honorable qui fût, Antiochos y restait résolument attaché »[16]. Comme le soulignait l’historienne belge Claire Préaux, la victoire militaire est avant tout la marque d’une protection divine et elle contribue à renforcer le charisme personnel du souverain et à souligner son mérite[17]. Cette idéologie de la victoire s’incarne également dans les épithètes que porteront nombre de monarques hellénistiques : Nikator (Νικάτωρ, le « vainqueur »), Nicéphore (Νικηφόρος, « qui apporte la victoire »), le Grand (Μέγας), Keraunos (Κεραυνός, la « foudre »), etc. Si le roi est avant tout un guerrier victorieux, il est, pour les cités et les royaumes qu’il « libère » du joug de ses adversaires, un souverain restaurateur, un « sauveur » (σωτήρ). Pour Cl. Préaux : « La libération est une restauration : elle comporte le rétablissement des institutions modifiées par quelque protecteur précédent et elle est assortie de l’autonomie. Le roi a pour mission de faire revivre un passé tenu pour excellent »[18].  Les souverains hellénistiques réussirent à assurer leur autorité et à renforcer leur influence sur les territoires qu’ils dominèrent politiquement en faisant preuve de libéralités envers les cités nouvellement conquises, en multipliant les gestes de donation et d’évergétisme (don de provisions de blé et de bois de construction navale, édification de portiques, construction de théâtres, rénovation de temples, etc.) et en démontrant leur magnanimité et leur philanthropie. Le roi doit être sage (σόφος) et intelligent (φρόνιμος) et démontrer son affection (φιλοστοργία) envers ses sujets. Autant d’éléments qui constituent ce que Préaux définissait comme la « fonction nourricière »[19] des rois.

     Les grands sanctuaires du monde grec seront entre autres l’objet de l’attention marquée des rois, ces derniers offrant terres et richesses aux grands temples de Delphes, d’Olympie ou de Délos, moyen pour eux d’assurer leur souvenir auprès des Grecs et d’avancer leurs intérêts politiques propres. Cette générosité s’exercera également envers des cités situées à l’extérieur de leur royaume, ce qui sera une façon de se donner, auprès de ces communautés, la réputation d’être des souverains philhellènes. Une dynamique toute particulière s’établit entre les rois et les différentes cités placées sous leur autorité, John Ma parlant d’un « langage de l’évergétisme » commun entre cités et souverains, fait de réciprocité dans les bienfaits rendus et les honneurs (cultes civiques, statues, etc.) octroyés en retour, le tout afin d’assurer, in fine, la légitimité des dirigeants auprès de leurs sujets[20]. Cette dynamique particulière, ce « langage » politique commun sera très bien compris par Flamininus qui l’emploiera à son tour, comme nous le verrons, durant les trois années suivant la défaite de Philippe V.

 

Activité politique en Grèce

     Une fois la guerre contre Philippe V achevée, Flamininus s’attardera à ordonner les affaires de la Grèce et à arbitrer les relations entre les cités et les grandes confédérations grecques. C’est dans cet objectif qu’il emploiera les pratiques politiques fournies par le modèle hellénistique et que nous avons brièvement esquissées. La proclamation aux Isthmia de Corinthe de la « liberté des cités grecques » est sans doute l’élément le plus spectaculaire de cette récupération politique et celui qui a le plus durablement marqué ses contemporains. Or, en proclamant cette liberté, Flamininus souscrivait à une tradition diplomatique ancienne dont on peut retrouver trace, comme l’a récemment exposé S. Dmitriev[21], aussi loin qu’au Ve siècle av. n. ère, et qui sera par la suite exploitée à de multiples reprises par les successeurs d’Alexandre le Grand. Chez ces derniers, la « libération » toute symbolique de cités tenues dans le giron de leurs adversaires était devenue une figure rhétorique incontournable, une « propagande utile » (convenient propaganda) ou une « machine de guerre cynique » au service de leur ambition, pour reprendre les mots d’E. S. Gruen et d’E. Will[22].

     Jean-Louis Ferrary brosse un portrait assez complet de la question dans son étude Philhellénisme et impérialisme publiée en 1988, y consacrant la première partie au thème de la liberté. Le lieu même choisi par Flamininus afin de proclamer cette liberté offerte aux Grecs ne relevait pas du hasard, comme le soulignait Ferrary, pour qui Flamininus « s’inscrivait, consciemment sans aucun doute, dans une riche tradition historique »[23]. La cité de Corinthe avait été à de nombreuses reprises le théâtre d’épisodes historiques importants. Les Grecs s’y étaient unis sous la conduite de Lacédémone afin de s’opposer aux envahisseurs perses menés par Xerxès[24]. C’est également à Corinthe que Philippe II de Macédoine avait établi sa paix sur les cités grecques (κοινή εἰρήνη) et que son fils Alexandre (« le Grand »), avait assumé sa succession en 336. Philippe V lui-même y avait réuni en 220 le synédrion afin de décider de la guerre contre les Étoliens sous prétexte de défendre, encore une fois, la liberté des cités grecques[25].

     On peut également suggérer que ce choix de Corinthe reposait sur la volonté de Flamininus de contrer la propagande de certains de ses adversaires parmi les Grecs, en faisant des Romains non pas des barbares étrangers, mais des philhellènes protecteurs de la liberté des Grecs. Ils devenaient ainsi les meneurs d’une nouvelle alliance panhellénique contre un envahisseur venu d’Orient, cette fois-ci incarné par le roi Antiochos III qui menaçait déjà d’étendre la guerre vers l’Ouest afin de recouvrer les frontières originelles du royaume séleucide : « Le franchissement de l’Hellespont par Antiochos III allait même permettre aux Grecs amis de Rome de présenter le roi séleucide comme un nouveau Xerxès »[26]. Cette propagande transparaîtra dans la poésie d’Alcée de Messénie, qui dédiera à Flamininus cette épigramme :

Xerxès a conduit l’armée perse vers la terre des Grecs ; vers la même région, Flamininus a poussé l’armée romaine depuis la riche Italie ; mais le premier est venu pour jeter le joug sur l’Europe, et le second, pour donner la liberté aux Grecs.[27]

     Ferrary relève qu’à trois moments, Flamininus convoquera lui aussi une assemblée des cités grecques à Corinthe – s’inspirant sans doute de l’exemple récent de son adversaire Philippe V qui avait fait de même en 220 – afin de trancher des questions importantes, telle que la déclaration de guerre contre le roi Nabis de Sparte ou encore, afin d’annoncer l’évacuation définitive de la Grèce par les troupes romaines, qui sera chose faite en 194. Une pratique tout à fait étrangère aux coutumes politiques romaines, souligne J.-L. Ferrary, qui affirme que Flamininus « s’est conduit comme s’il était de facto l’hégémôn d’une symmachie, d’une alliance de cités analogue à celle que Philippe avait dirigée »[28].

     Flamininus fera aussi appel à la fonction « nourricière » des souverains grecs, telle que nous l’avons précédemment définie. Nous savons, par le récit de Plutarque, que Flamininus a notamment offert, à Delphes, une offrande à Apollon, ainsi que deux boucliers d’argent qu’il a consacrés aux Dioscures :

Titus lui-même se montrait très fier d’avoir affranchi la Grèce. Il consacra à Delphes les boucliers d’argent et le sien propre avec cette inscription :

« Ô fils de Zeus, vous qui aimez les chevaux rapides, ô Tyndarides, rois de Sparte, Titus, descendant d’Énée, vous a offert le don le plus beau, en donnant aux enfants des Grecs la liberté. »

Il consacra également à Apollon une couronne d’or avec l’inscription suivante :

« Cette couronne d’or placée sur tes boucles divines, fils de Létô, c’est le grand chef des descendants d’Énée qui t’en a fait présent. De ton côté, toi qui frappes au loin, accorde au divin Titus la gloire de la vaillance »[29].

     Par cette offrande à l’un des principaux sanctuaires du monde grec, Flamininus venait donc réaffirmer son rôle de chef politique libérateur, de général philhellène. Il faisait également usage d’une vieille tradition voulant que les Romains soient les descendants de Troyens, exilés en Italie sous la conduite du héros Énée au lendemain de la chute de leur cité et donc, qu’ils avaient en quelque sorte un lien de parenté, un lointain cousinage avec les Grecs avec qui ils partageaient une histoire commune[30].

     Les gestes de Flamininus envers les cités libérées ne manquèrent pas de lui valoir la reconnaissance des Grecs, qui s’exprima dans le langage habituel de réciprocité des bienfaits qui régissait alors les relations entre les villes et les souverains dans le monde hellénistique. Jusqu’à une date très récente, le système monarchique (non pas en tant qu’institution de la cité, mais plutôt basé sur la domination d’un seul homme sur un ensemble de territoire) ne faisait pas partie du paysage politique du monde grec, alors morcelé entre cités autonomes, contrairement à l’Orient conquis par Alexandre[31]. Les relations qu’entretenaient, sur une base personnelle, les rois avec les diverses communautés sur lesquelles leur pouvoir s’étendait étaient alors le moyen privilégié d’asseoir leur autorité et d’assurer leur légitimité politique. Ils s’inscrivaient ainsi dans ce jeu de réciprocité (εὔνοια, χάρις) : en échange de dons faits à la cité, del’octroi de statuts politiques particuliers, de la restauration des lois ancestrales ou encore de la garantie de la « liberté » et de l’autonomie politique qui dépendaient du souverain seul, les cités multipliaient à leur égard les marques d’honneur[32]. C’est ce langage qu’a employé Flamininus envers les cités sur lesquelles s’étendait l’influence de Rome[33], ce que ne manquèrent pas de comprendre les différentes communautés qui lui rendirent en échange les hommages jusque-là réservés aux souverains hellénistiques. Elles édifièrent des monuments publics en son honneur et lui consacrèrent des cultes civiques[34], qui étaient toujours célébrés près de deux cent ans après sa mort, comme à Chalcis :

Ainsi sauvés, les Chalcidiens consacrèrent à Titus les plus beaux et les plus grands de leurs monuments, dont on peut voir aujourd’hui encore les dédicaces du genre de celles-ci : « Le peuple dédie à Titus et à Héraclès ce gymnase », ou bien encore : « Le peuple dédie à Titus et à Apollon le Delphinion. » De notre temps même on élit à main levée un prêtre de Titus, et, après lui avoir offert un sacrifice et des libations, on chante un péan composé à sa louange. Nous ne pouvons le citer en entier à cause de sa longueur; nous ne transcrivons que la fin de ce chant:

« Nous vénérons la Bonne Foi des Romains, celle qu’ils pratiquent si glorieusement par leur fidélité aux serments. Chantez, jeunes filles, le grand Zeus, Rome et Titus et la Bonne Foi des Romains. Iô! Péan! Ô Titus sauveur! »[35]

     Un élément sur lequel nous tenons à insister en fin d’analyse est le monnayage d’or frappé et émis à l’époque de Flamininus, faisant de lui le premier Romain représenté sur une pièce de monnaie. Quatre exemplaires de cette pièce sont préservés dans les voûtes des musées de Paris, Londres, Berlin et Athènes, alors que six font partie de collections privées. La pièce a un poids approximatif de 8,53 g., conforme au poids du statère attique athénien alors en circulation. Elle représente à son avers (fig. 1) le portrait de Flamininus en homme d’âge moyen, arborant la barbe fournie du général en campagne, les joues bien définies, le nez aquilin, le menton fuyant et la pomme d’Adam saillante. Au revers, la déesse Nikè tient d’une main la palme de la victoire, alors que de l’autre, elle couronne de lauriers le nom du proconsul romain, gravé en latin dans sa forme au génitif: T. QVINCTI. L’emploi du génitif servait à marquer, dans le monnayage hellénistique de l’époque, l’origine de l’autorité émettrice de la pièce[36]. Cette pièce surprenante reprend la plupart des codes artistiques hellénistiques développés depuis le règne d’Alexandre le Grand. En effet, l’utilisation de l’imagerie de la Victoire remontait aux toutespremières années de règne du Conquérant lui-même. La Nikè grecque figurait alors au revers de la première pièce frappée de son nom, ΑΛΕΞΑΝΔΡΟΥ(fig. 2), et tenant une stylis, un étendard naval (peut-être pour rappeler, à la veille de l’expédition orientale d’Alexandre, les victoires sur mer des Grecs contre la Perse), une Athéna casquée à la corinthienne figurant à l’avers du distatère, sans doute en référence à la ligue de Corinthe à la tête de laquelle le jeune souverain macédonien se trouvait[37].

 

 

Figure 1. Statère de Flamininus
Pièce en or, 8,44g. Collection privée (Numismatica Genevensis 4, 2006, 130)
Source : P. Thonemann, The Hellenistic World : Using Coins as Sources, Cambridge, 2015, p. 170
 
Figure 2. Distatère d’Alexandre le Grand
Pièce en or, 17,20 g. ANS 1944.100.319
Source : P. Thonemann, The Hellenistic World : Using Coins as Sources, Cambridge, 2015, p. 12

 

 

     L’influence hellénistique de la conception de la pièce à l’image de Flamininus ne fait plus guère de doute aujourd’hui, tant et si bien que J. Babelon affirmait sans hésiter « qu’il ne [s’agissait] pas à proprement parler d’une monnaie romaine »[38] . En effet, elle reprend les grandes caractéristiques des portraits des souverains hellénistiques et, surtout, montre une similarité frappante, et certainement intentionnelle, avec les effigies monétaires de Philippe V émises peu auparavant (fig. 3) : traits prononcés des joues, fine barbe taillée, nez droit et effilé, chevelure ondoyante typique des portraits d’Alexandre le Grand[39]. Seul le bandeau, symbole de la royauté de Philippe, est absent du portrait du général romain.

 

Figure 3. Tétradrachme de Philippe V
Pièce en argent, 16,75 g
Notice no. FRBNF41746304, Paris, Bibliothèque nationale de France.

 

     J. M. C. Toynbee suggérait d’ailleurs qu’il est probable que les artistes qui ont exécuté les différentes matrices de la pièce aient tous été formés à la même école de graveurs que celle alors au service de la dynastie macédonienne, tant l’exécution rappelle les pièces frappées à la même époque représentant Philippe ou plus tard, son fils Persée. Pour R. Kousser, il est évident que la main derrière le portrait de Flamininus était grecque et que l’artiste était bien au fait de la portraiture du souverain macédonien, adversaire du proconsul : « The connections are sufficiently striking that the artist must surely have known Philip V’s coins just as he knew coins of Alexander the Great, whose image of Nike, goddess of victory, he used for the reverse »[40]. Aujourd’hui, un net consensus s’est dégagé faisant de Flamininus lui-même l’émetteur du statère. Comme l’ont relevé de nombreux historiens, l’absence de la marque d’un quelconque atelier monétaire, de même que l’usage du latin dans l’inscription au revers de la pièce, indiquent fortement que c’est bel et bien sous l’autorité du proconsul que cette pièce fut frappée[41]. Les généraux romains en campagne possédaient le droit de battre monnaie afin de payer la solde des légionnaires, comme plusieurs exemples l’ont montré à l’époque républicaine[42]. En outre, étant taillée dans le système macédonien, le cours de la pièce devait ainsi s’en trouver facilité et plus largement accepté par les populations grecques entre les mains desquelles elle a circulé[43].

     Flamininus, en décidant d’émettre une monnaie portant son image, commet un geste fort, qui a de multiples significations. D’abord, en reprenant l’imagerie employée par Alexandre, le jeune proconsul a décidé de réaffirmer et d’exalter ses propres exploits militaires, sa figure de général victorieux au lendemain de la bataille de Cynoscéphales, qui a marqué la défaite de Philippe V. Ce faisant, Flamininus reste fidèle à l’ethos guerrier qui est celui de l’aristocratie romaine à laquelle il appartient, qui voit dans le succès militaire le meilleur moyen de réaffirmer sa virtus et d’acquérir la gloria, vertus cardinales dans un monde où la compétition pour les honneurs a nourri la dynamique même de la vie politique de la République. Il s’agit cependant d’un geste fort d’affirmation de sa propre individualité et de sa valeur, dirigé non seulement envers les Grecs, sur lesquels il exerçait désormais une autorité tacite en tant que général vainqueur représentant de l’État romain, mais aussi à l’intention des Romains et du Sénat, certains y voyant la préfiguration des gestes d’affirmation et d’autorité que poseront les grands imperatores du Ier siècle av. n. ère[44]. En s’arrogeant à son propre avantage le droit de représentation, Flamininus venait prendre le relais des souverains hellénistiques pour qui le privilège de battre la monnaie était, avant tout, un geste de majesté. Comme l’avait déjà compris E. Babelon à son époque[45], le jeune proconsul se posait en véritable successeur des rois hellénistiques et, en s’appropriant la symbolique de la victoire, personnifiée par la déesse Nikè qui couronne son propre nom, Flamininus communiait également à l’idéal guerrier qui était l’un des piliers fondamentaux sur lesquels reposait le pouvoir des grandes monarchies hellénistiques. Le jeune général semble non seulement avoir compris l’importance de cet aspect dans la dynamique politique du monde grec, mais il a également conscience de la puissance symbolique extraordinaire que peut avoir une monnaie, circulant de main en main et de communauté en communauté, dans l’établissement de l’autorité romaine dont il est l’incarnation, à titre de général victorieux. Flamininus a employé avec beaucoup d’habileté les codes artistiques qui avaient permis aux souverains hellénistiques, plus d’un siècle à la suite d’Alexandre, de répandre et d’affirmer auprès de leurs sujets et sur l’ensemble de leurs territoires la puissance de leur dynastie. Cette pièce occupe donc une place unique dans l’histoire monétaire romaine, comme le résumait A. A. Boyce : « This is the nearest, nevertheless any Roman ever got to being a Hellenistic king on the coinage. The Macedonian governors dit not attain such status, and Sulla’s coinage struck in Greece over a hundred years later was on the one hand ‘‘New Style’’ Attic, on the other, pure Roman, the aureusand denarius »[46].

 

*****

 

     Un grand nombre de travaux entourant la carrière politique de Flamininus et son rôle durant la Seconde guerre de Macédoine se sont surtout questionnés sur la sincérité de son philhellénisme, certains, comme Th. Mommsen, allant jusqu’à lui reprocher un certain « romantisme », une certaine naïveté dans la conduite de sa politique[47]. Or, lorsque ce dernier quitte le territoire grec, la position prépondérante de Rome sur le continent semble assurée pour les années à venir, Plutarque affirmant que la reconnaissance des Grecs « ne se manifesta pas seulement par des louanges, mais encore par la confiance et l’autorité qu’elle leur valut chez tous les peuples, et à juste titre. Ils ne se contentaient pas d’accueillir leurs chefs; ils les faisaient venir, les appelaient et se remettaient entre leurs mains et ce n’était pas seulement les peuples et les villes, mais aussi les rois, lésés par d’autres rois, qui cherchaient un appui auprès d’eux »[48].

     Au terme de cette courte analyse, lespreuves disponibles et leur concordance nous apparaissent trop évidentes pour qu’elles ne soient que le seul fruit du hasard ou de la contingence de l’histoire. Faire reposer la critique des actions de Flamininus sur un philhellénisme romantique nous apparaît comme une réduction d’une pensée politique autrement plus fine et complexe. Ces preuves nous obligent, inévitablement, à postuler l’idée d’une action réfléchie de la part de Flamininus qui a compris, mieux que quiconque, que la force de persuasion de Rome en Grèce reposait sur sa capacité à donner corps aux promesses de liberté faites en 196. Pour ce faire, la puissante machine de propagande des monarques hellénistiques lui permettrait d’atteindre ses objectifs et de communiquer dans un langage qui était familier aux cités grecques. L’historien E. Badian écrivait d’ailleurs, en 1968, que Flamininus avait très tôt découvert le pouvoir de ce qu’il appelait « l’opinion publique grecque »[49].

     C’est en considérant l’ensemble de son programme politique que nous sommes à même de mieux circonscrire la personnalité complexe de cet homme d’État d’exception. Un homme politique qui, s’il était sans doute charmé par la culture grecque et attiré par les possibilités qu’elle lui offrait afin d’exalter ses propres mérites, n’a jamais perdu de vue les intérêts de Rome mis dans la balance et a, au contraire, su employer ce philhellénisme afin de le mettre au service de la puissance du nom romain.

 


[1]Tite-Live, Histoire romaine, XXXIII, 32.

[2]Τὸ δὲ πολλάκις λεγόμενον εἰς ὑπερβολὴν τῆς φωνῆς καὶ μέγεθος ὤφθη τότε· κόρακες γὰρ ὑπερπετό μενοι κατὰ τύχην ἔπεσον εἰς τὸ στάδιον(Plutarque, Vie de Flamininus, X, 8-9).

[3]Badian souligne en effet le peu de place accordée au vainqueur de Cynoscéphales, rappelant qu’il faudra atteindre la troisième édition de l’Encyclopaedia Britannica pour voir enfin apparaître une notice sur le personnage : « One cannot help feeling surprised at the long ignorance of, and at the absence of the least interest in, the period of Roman expansion in the East and its central character, both among educated laymen and among scholars. Scipio Africanus (with no surviving Life by Plutarch) was on everybody’s lips.[…] He [l’auteur de la notice] concludes by stating that Flamininus (it was his name!) ‘‘has imitated with success the virtues of his model Scipio’’ : again the paramount place that Scipio had usurped in the tradition is made clear. » E. Badian, Titus Quinctius Flamininus : Philhellenism and Realpolitik, Cincinnati, 1970, p. 275.

[4]M. Holleaux, Études d’épigraphie et d’histoire grecques, tome V, Paris, 1957, p. 354.

[5]P. Pédech, La méthode historique de Polybe, Paris, 1964, p. 217.

[6]Plutarque, Vie de Philopoemen, I, 7.

[7]Tite-Live, XXXII, 17. L’on observera le même phénomène d’atténuation des exactions militaires chez Plutarque dans la Vie de Marcellus, comme le soulignait S. C. R. Swain. En effet, l’intérêt porté par Plutarque au philhellénisme des généraux romains a pu inciter le biographe à atténuer certains traits de caractère ou certaines actions incompatibles avec l’idéal du héros pétri d’hellénisme. Voir S. C. R. Swain, « Hellenic Culture and the Roman Heroes of Plutarch », JHS, 110, 190, p. 132.

[8]Plutarque, Vie de Flamininus, V, 7.

[9]Ibid., VI, 1. Sur le concept de φιλανθρωπίαchez Plutarque et son utilisation dans le cas de Flamininus, voir H. Martin, « The Concept of Philanthropia in Plutarch’s Lives », AJPh, 82, 1961, p. 167-168.

[10]A. M. Eckstein, « T. Quinctius Flamininus and the Campaign Against Philip in 198 B.C.», Phoenix, 30, 1976, p. 120.

[11]Plutarque, Vie de Flamininus, I, 5.

[12]L’historien R. Billows insiste sur le caractère coutumier, chez Tite-Live, des étapes prescrites par le cursus honorum (si tant est qu’une telle tradition ait existé), qui voulaient qu’un candidat à la magistrature consulaire ait préalablement occupé l’une des autres grandes magistratures curules. L’historien en veut pour preuve le fait que le Sénat décida de s’en remettre au peuple, à la suite de l’objection des tribuns, afin de trancher la question de l’éligibilité de Flamininus. C’est donc dire qu’aucune loi officielle, à ce moment précis, ne devait encadrer les différentes étapes du cursus. Voir R. Billows, « Legal Fiction and Political Reform at Rome in the Early Second Century B.C. », Phoenix, 43, 1989, p. 122. Par ailleurs, il est probable que Flamininus, ayant dans les faits détenu l’imperium à titre de propréteur pendant près de cinq ans lors de son mandat à Tarente, ait pu considérer comme superflue la nécessité de se faire élire d’abord à la préture, lorsque le moment de poser sa candidature fut venu. Voir T. Corey Brennan, The Praetorship in the Roman Republic, Oxford, 2000, p. 168.

[13]En 216, le dictateur Marcus Fabius Butéon fut nommé par le Sénat afin de procéder à l’établissement d’une nouvelle lectio sénatoriale (Tite-Live, XXIII, 22) afin de combler 177 sièges laissés vacants au sein de la curie, puisant dans les rangs des anciens édiles, questeurs et tribuns de même que chez des citoyens n’ayant jamais rempli de charge, mais qui exposaient dans leur demeure des dépouilles prises à l’ennemi ou qui avaient reçu des couronnes civiques (Tite-Live, XXIII, 23). Comme le soulignait R. Develin, de très nombreux hommes devinrent ainsi sénateurs sans jamais avoir même rempli aucune des magistratures de l’État, accentuant la responsabilité politique incombant aux sénateurs déjà en poste et posant un défi important à l’appareil étatique dans le recrutement des futurs magistrats. Voir R. Develin, The Practice of Politics at Rome, 366-167 B.C., Bruxelles, 1985, p. 118.

[14]J. P. Balsdon, Romans and Aliens, Londres, 1979, p. 42-43.

[15]Plutarque, Vie de Flamininus, V, 7.

[16]Polybe, XXVIII, 1, 4. Voir F. W. Walbank, « Monarchies and Monarchic Ideas », Cambridge Ancient History Volume VII : The Hellenistic World, dir. par F.W. Walbank, Cambridge, 1984, p. 62-100, pour d’autres exemples et une analyse.

[17]Cl. Préaux, Le monde hellénistique : la Grèce et l’Orient, 323-146 av. J.-C., Paris,
1978, p. 183.

[18]Ibidem.

[19]Ibid., p. 201.

[20]J. Ma, « Kings », A Companion to the Hellenistic World, dir. par Andrew Erskine, Oxford, 2005, p. 181. Voir également les pages consacrées au « langage de l’évergétisme » dans : J. Ma, Antiochos III and the Cities of Western Asia Minor, Oxford, 1999, p. 182-194. Nous citerons également l’analyse de S. Dmitriev, pour qui le langage de la liberté des cités s’inscrit également dans les rapports de réciprocité entretenus entre les souverains et les cités. S. Dmitriev, The Greek Slogan of Freedom and Early Roman Politics in Greece, Oxford, 2011, p. 140-141.

[21]S. Dmitriev,op. cit.

[22]E. S. Gruen, The Hellenistic World and the Coming of Rome, Berkeley, 1984, p. 134.;
E. Will, Histoire politique du monde hellénistique, tome II : Des avènements d’Antiochos III et de Philippe V à la fin des lagides, Nancy, 1982, p. 173.

[23]J.-L. Ferrary, op. cit., p. 86.

[24]Diodore de Sicile, XI, 3.

[25]Polybe, IV, 25. Voir également le chapitre portant sur la Guerre sociale contre les Étoliens, et plus particulièrement les pages consacrées au congrès panhellénique de Corinthe et la proclamation de 220, dans F. W. Walbank, op. cit., p. 31-32.

[26]J.-L. Ferrary, op. cit., p. 86. Voir également R. Seager, « The Freedom of the Greeks of Asia : From Alexander to Antiochus », CQ, 1981, 31, p. 1110.

[27]Ἄγαγεκαὶ ΞέρξηςΠέρσανστράτονἙλλάδοςἐςγᾶν

καὶΤίτοςεὐρείαςἄγαγ᾽ἀπ᾽Ἰταλίας

ἀλλ᾽ὁμὲνΕὐροπαδοῦλονζυγὸναὐχένιθήσων

ἦλθενὁδ᾽ἀμπαύσωνἙλλάδαδουλοσύνας.

Alcée de Messénie, Anthologie palatine, XVI, 5. Voir F. W. Walbank, « Alcaeus of Messene, Philip V, and Rome », CQ, 1943, 37, p. 2-8 ; A. Gonzales, « Mythes d’Europe et construction d’un paysage culturel antagonique », Des formes et des mots chez les Anciens, Besançon, 2008, p. 228 : « Après la victoire d’Alexandre sur Darius III et la conquête du monde méditerranéen par les Romains, le topos d’une opposition entre l’Asie et l’Europe, de plus en plus personnalisée par Rome, ne disparaît pas. Il est d’ailleurs de plus en plus utilisé dans la propagande romaine comme thème d’unification des deux parties de l’Empire qui, sous l’autorité de Rome, doivent faire triompher la civilisation contre la barbarie. »

[28]Ibid.,p. 89.

[29]Plutarque, Vie de Flamininus, XII, 11-12.

[30]Voir par exemple Denys d’Halicarnasse, Antiquités romaines, (I, 72, 1-2).

[31]J. Ma, loc. cit., p. 181.

[32]Ibid.

[33]L’exemple de la cité perrhèbe de Chyretiae, à laquelle le général a restitué des terres autrefois confisquées par les Macédoniens, est frappant. Voir D. Armstrong et J. J. Walsh, « The Letter of Flamininus to Chyretiae », CPh, 81, 1986, p. 32-46.

[34]Voir également G. Daux, « Concours des Titeia dans un décret d’Argos », BCH, 88, 1964,
p. 569-576 et G. Thériault, « Remarques sur le culte des magistrats romains en Orient », CEA, 38, 2001, p. 85-95.

[35]Plutarque, Vie de Flamininus, XVI, 5-7.

[36]L. A. Valverde, « La emisión de T. Quincti », Omni, 5, 2012, p. 41.

[37]P. Thonemann, op. cit., p. 12. Voir également B. Tisé, op. cit., p. 41-42 : « Flamininus, dunque, con un’emissione che riprende le caratteristiche dello statere di Alessandro, manifestava chiaramente ancora una volta la continuità che faceva del console romano, con la sua vittoria su Filippo, l’erede degli Argeadi e degli Antigonidi. »

[38]J. Babelon, Le portrait dans l’Antiquité d’après les monnaies, Paris, 1950, p. 101.

[39]P. Thonemann, op. cit., p. 170. Voir également J. M. C. Toynbee, Roman Historical Portraits, Londres, Thames & Hudson, 1978, p. 19.

[40]R. Kousser, « Hellenistic and Roman Art, 221 BC–AD 337 », A Companion to Ancient Macedonia, dir. par Joseph Roisman et Ian Worthington, Oxford, 2010, p. 527.

[41]Voir l’opinion émise par : A. A. Boyce, « The Gold Staters of T. Quinctius Flamininus in History », Latomus, Hommages à Albert Grenier, 58, 1962, p. 345; J. Babelon, « L’effigie de Flamininus », RBN, 1970, p. 60; J.M.C. Toynbee, op. cit., p. 19; Cl. Préaux, op. cit., p.282; J.-L. Ferrary, op. cit., p. 92-93; R. Kousser, op. cit., p. 527; P. Thonemann, op. cit., p. 169, et avant eux, E. Babelon, Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine vulgairement appelées monnaies consulairesto. 2, Paris, 1885, p. 390. À relever le désaccord de Crawford, suivi par E. S. Gruen (1984, p. 169), qui se range plutôt derrière une origine grecque de l’émission, considérant les nombreux honneurs rendus par les cités à Flamininus. M. H. Crawford, Roman Republican Coinage, vol. 1, Cambridge, 1974, p. 561.

[42]J. Babelon, op. cit., p. 60.

[43]E. Babelon, op. cit., p. 390.

[44]Voir P. Sanchez, « De l’auctoritas senatus à l’imperator auctor : le Sénat, les généraux vainqueurs et les amis et alliés du peuple romain aux deux derniers siècles de la République », Figures d’empire, fragments de mémoire : pouvoirs et identités dans le monde romain impérial, IIe s. av. n. ère, VIe s. de n. ère, dir. Stéphane Benoist et. al., Villeneuve-d’Ascq, 2011, p. 209.

[45]E. Babelon, op. cit. p. 390.

[46]A. A. Boyce, op. cit., p. 348-349.

[47]« Flamininus, a talented man just thirty years of age, belonged to the younger generation who began to lay aside the patriotism as well as the habits of their forefathers and, though not unmindful of their fatherland, were still more mindful of themselves and of Hellenism. A skilful officer and a better diplomatist, he was in many respects admirably adapted for the management of the troubled affairs of Greece. Yet it would perhaps have been better both for Rome and for Greece, if the choice had fallen on one less full of Hellenic sympathies, and if the general despatched thither had been a man, who would neither have been bribed by delicate flattery nor stung by pungent sarcasm; who would not amidst literary and artistic reminiscences have overlooked the pitiful condition of the constitutions of the Hellenic states; and who, while treating Hellas according to its deserts, would have spared the Romans the trouble of striving after unattainable ideals. » Th. Mommsen, The History of the Roman Republic, trad. William Purdie Dickson, New York, 1911, p.428.

[48]Οὐγὰρπροσδεχόμενοιμόνοντοὺςἡγεμόναςαὐτῶν, ἀλλὰκαὶμεταπεμπόμενοικαὶκαλοῦντες, ἐνεχείριζοναὑτούς, οὐδὲδῆμοικαὶπόλεις, ἀλλὰκαὶβασιλεῖς, ὑφ’ ἑτέρωνἀδικούμενοιβασιλέων, κατέφευγονεἰςτὰςἐκείνωνχεῖρας, ὥστ’ ἐνβραχεῖχρόνῳ, τάχαπουκαὶθεοῦσυνεφαπτομένου,  πάντ’ αὐτοῖςὑπήκοαγενέσθαι. Plutarque, Vie de Flamininus, XII, 9-10.

[49]E. Badian, Roman Imperialism in the Late Republic, New York, 1968, p. 10.