Par
ÉLISABETH ROCHON
Université du Québec à Montréal

 

            Depuis quelques années, l’histoire sociale de la mort a fait l’objet de plusieurs études concernant les comportements des vivants face au trépas et leurs attitudes envers «l’appareil affreux de la mort», c’est-à-dire, le cadavre[1]. Les historiens Philippe Ariès et Michel Vovelle ont tous deux produits d’importants ouvrages sur l’évolution des représentations de la mort, notamment dans L’homme devant la mort et La mort en Occident, de 1300 à nos jours[2]. En ce qui concerne la période moderne, d’autres travaux sont parus, résultant d’un mélange heureux entre l’histoire sociale de la mort et l’histoire sociale de la médecine. Certains d’entre eux traitent en partie de la pratique de la dissection sur des humains et de l’usage des cadavres pour enseigner l’anatomie aux apprentis chirurgiens[3]. Cette question, concernant l’utilisation de cadavres à des fins scientifiques, judiciaires ou éducatives par le biais de la dissection, demeure d’actualité et plusieurs archives de la période moderne peuvent fournir aux chercheurs de nouvelles connaissances sur le sujet. Un ouvrage intéressant a été écrit sur le sujet en 2003 par l’historien et spécialiste en épistémologie, Rafael Mandressi, s’intitulant Le regard de l’anatomiste, Dissections et invention du corps en Occident[4]. De plus, les historiens Fabrice Brandli et Michel Porret ont très récemment produit une étude sur la médecine légale dans Les corps meurtris, Investigations judiciaires et expertises médico-légales au XVIIIe siècle[5].

 

En 2013, nous avons dépouillé des archives tirées du fonds Joly de Fleury et conservées au cabinet des manuscrits de la Bibliothèque nationale de France. Ces archives, surnommées «Dossier Cadavres», présentent un intérêt clair pour l’histoire du corps, de la mort et de la disposition des cadavres.[6] De fait, elles traitent d’un problème d’approvisionnement en cadavres qui touche, depuis le début du XVIIIe siècle, les chirurgiens travaillant au Jardin du Roy. Cet établissement royal d’enseignement dispensait une formation en chirurgie par le biais de conférences durant lesquelles on tenait des séances de dissections anatomiques. Ces conférences étaient gratuites, ouvertes à tous et dispensées en français[7]. Les archives «Dossier Cadavres», ainsi que les études menées sur les cours donnés au Jardin du Roy, attestent qu’un grand nombre de visiteurs fréquentaient ces conférences[8]. Les chirurgiens chargés des dissections portaient le titre de «démonstrateur». Ils s’occupaient, entre autres, de trouver les sujets pour leurs séances de dissections publiques. Le plus souvent, ils faisaient leurs requêtes auprès des hôpitaux de Paris, soit l’Hôtel-Dieu, la Salpetrière et Bicêtre, ainsi qu’auprès des autorités chargées de disposer des corps des condamnés à mort suite aux exécutions. La plupart du temps, les démonstrateurs avaient du mal à s’approvisionner adéquatement – les peines capitales n’étaient pas fréquentes et les hôpitaux ne fournissaient pas régulièrement des corps. Ainsi, les pénuries de cadavres empêchaient la poursuite des cours d’anatomie au Jardin du Roy. Pour remédier à la situation, les démonstrateurs ont essayé à plusieurs reprises, au cours du XVIIIe siècle, d’obtenir l’accord des administrateurs de l’Hôtel-Dieu pour qu’un approvisionnement régulier en cadavres des patients décédés à l’hôpital soit mis en place. Or, les administrateurs ont refusé toutes les demandes des démonstrateurs du Jardin du Roy, et ce, pour plusieurs motifs : d’abord, les magistrats de l’Hôtel-Dieu voulaient conserver certains cadavres pour offrir une formation à leurs propres chirurgiens[9]. Ensuite, ils craignaient que les patients désertent l’hôpital, de peur de devenir des sujets pour les cours de dissection au Jardin du Roy[10]. Ils voulaient aussi éviter que les familles se révoltent face à un transfert régulier des cadavres de leurs proches parents[11]. Finalement, la discorde entre les magistrats de l’Hôtel-Dieu et les chirurgiens du Jardin du Roy avait pour source les délits menés par les élèves du démonstrateur Jacques-François-Marie Duverney en 1717. Ceux-ci avaient établi un réseau illégal de trafic de cadavres avec les fossoyeurs du cimetière de Clamart, où étaient enterrés les patients de l’Hôtel-Dieu[12].

 

Les archives du fonds Joly de Fleury traitent de la demande que réitère le démonstrateur Antoine Mertrud aux administrateurs de l’Hôtel-Dieu en 1749, ainsi que de leur refus. Incapable de soutenir la demande en cours d’anatomie au Jardin du Roy et confronté à une attitude intransigeante de la part des administrateurs de l’Hôtel-Dieu pour l’octroi de cadavres, Mertrud fait appel au Procureur Général de Paris, Guillaume-François-Louis Joly de Fleury, pour obtenir son aide. Il souhaite que Joly de Fleury intervienne en sa faveur auprès des magistrats de l’Hôtel-Dieu lors des réunions du Bureau d’administration de l’hôpital. Cette dispute entre magistrats et démonstrateurs se transforme en 1749 en un véritable débat entre différents acteurs de la sphère médicale et administrative de l’Hôtel-Dieu et du Jardin du Roy. Les traces de ce débat se retrouvent dans la correspondance que Joly de Fleury a entretenue avec les acteurs du conflit et qu’il a conservée dans une compilation qu’il nomme «Dossier Cadavres».

 

Joly de Fleury a été incapable de régler le problème de pénurie de cadavres que subissait le Jardin du Roy, et ce, même s’il bénéficiait de l’appui du roi Louis XV et du chancelier Henri François D’Aguesseau[13]. Malgré cela, nous avons voulu retracer les différents arguments qui ont été soulevés lors du débat, de 1749 à 1770. De nombreuses informations pertinentes concernant la pratique de la dissection et sa signification dans le Paris de l’époque transparaissent dans ce corpus d’archives. L’objectif de notre étude est de démontrer que les arguments apportés par les différents acteurs du débat dépassent largement des raisons médicales ou scientifiques. Comme l’affirme Rafael Mandressi, la pratique de l’anatomie déborde du cadre de la sphère médicale et touche quantité de sphères de la société, comme les arts ou l’éducation[14]. Afin de mener à bien notre enquête, nous avons retranscrit les archives et nous avons établi l’ordre chronologique dans lequel prend place l’argumentaire, grâce aux dates inscrites sur les correspondances. L’aspect le plus ardu du travail a été d’identifier les acteurs du conflit à partir de leurs signatures au bas des lettres. Les dictionnaires historiques, les répertoires biographiques ainsi que des ouvrages traitant des institutions médicales nous ont grandement éclairées[15].

 

Pour démontrer notre hypothèse, nous commencerons par poser quelques repères concernant le cadavre et la pratique de la dissection au XVIIIe siècle. Nous exposerons aussi un portrait des institutions dont relèvent les acteurs qui ont pris part au débat. Nous évoquerons en plus les délibérations du Bureau Ordinaire de l’Hôtel-Dieu, qui ont été entreprises au sujet des transferts de cadavres avant 1749. Celles-ci influencent grandement les décisions prises par les magistrats à partir de 1717, suite aux délits commis par les élèves du démonstrateur Duverney. Ensuite, nous formulerons les arguments retrouvés dans les correspondances. Ceux-ci concernent bien entendu l’avancement des sciences et de la médecine, mais aussi le développement des arts et de l’éducation. De plus, les acteurs ont formulé des raisonnements ayant une portée plus large que celle touchant le débat initial, notamment concernant le maintien de l’ordre public ainsi que la conservation de la réputation des établissements académiques de Paris et de la ville elle-même. Notre interprétation de ces arguments nous permet de conclure que les acteurs qui ont pris part au débat ont fait intervenir des raisons qui dépassaient largement le seul domaine de la médecine.

 

Le cadavre disséqué et les cours d’anatomie

            Comme l’explique Rafael Mandressi, l’acte anatomique n’est jamais posé à la légère, même s’il est pratiqué dans toutes les universités européennes au XVIIIe siècle. Les sujets retenus pour les dissections sont choisis selon des critères stricts, notamment selon la condition sociale. Le supplicié représente la matière première des chirurgiens, ainsi que les criminels, les inconnus ou les voyageurs[16]. Au cours du siècle des Lumières, la vision de la mort change, comme l’ont démontré Philippe Ariès et Michel Vovelle. Puisque la mort n’est plus envoyée par Dieu en punition, l’homme comprend qu’il a un rôle à jouer dans sa propre survie[17]. Ainsi, la pratique de la dissection devient indispensable pour rendre le corps intelligible. Pour les anatomistes, le corps est un nouveau territoire à explorer[18]. Les cours d’anatomie, étudiés par Charles Bedel et Pierre Huard, se multiplient en France au XVIIIe siècle. Ils se donnent autant dans les hôpitaux que dans des établissements scolaires (écoles de la santé des départements de la guerre et de la marine, écoles privées tenues par des particuliers ou des ordres religieux, hauts lieux académiques comme la Faculté de médecine de Paris et les établissements d’enseignement supérieurs, tel le Jardin du Roy)[19].

 

            La Faculté de médecine de Paris offre des cours payants adressés aux aspirants chirurgiens et dispensés en latin. Au Jardin du Roy, les cours sont gratuits, offerts en français et ouverts à tous, selon la volonté de son instigateur, le roi Louis XIII. Lors des leçons d’anatomie, le chirurgien-professeur enseigne la matière pendant que le démonstrateur dissèque et présente les parties du cadavre aux étudiants. Dès l’ouverture du Jardin du Roy en 1640, la Faculté de médecine de Paris voit d’un mauvais œil ce nouveau concurrent et tente de faire cesser les cours anatomiques qui y sont tenus. Louis XIV intervient personnellement dans l’affaire, en faisant enregistrer une déclaration royale le 20 janvier 1673 qui donne le droit aux démonstrateurs d’enseigner l’anatomie et qui leur octroie le premier corps exécuté lors des condamnations à mort. Jusqu’alors, la Faculté de médecine de Paris avait eu la possession exclusive des cadavres des condamnés[20]. Possiblement, la mésentente se serait installée entre les médecins de la Faculté de médecine de Paris et les démonstrateurs du Jardin du Roy dès ce moment. Aussi, il est bon de rappeler que les médecins avaient une pauvre estime des chirurgiens. Ces derniers étaient considérés par les médecins comme de simples ouvriers, car ils recevaient une formation essentiellement pratique et, par le fait même, moins enrichissante qu’une formation intellectuelle basée sur l’étude des Anciens (Galien, Hippocrate). Or, quelques années après la fondation du Jardin du Roy, soit en 1692, les chirurgiens se sont vu le droit de former une corporation : à partir de ce moment, ils n’ont plus été confondus avec les barbiers, les étuvistes, les ventouseurs, les saigneurs ou même les bourreaux[21]. Enfin, en 1731, le chirurgien du roi Louis XV, La Peyronnie, obtient le droit de fonder l’Académie Royale de chirurgie, marquant encore plus la distance avec les médecins[22].

 

Malgré l’opposition de la Faculté de médecine de Paris à l’égard du Jardin du Roy, les cours d’anatomie y deviennent très populaires et les professeurs viennent à manquer de sujets pour les leçons. Cette situation occasionne des inconvénients, dont des conditions sanitaires insuffisantes pour tenir un cadre d’enseignement. Par exemple, les démonstrateurs sont souvent obligés d’utiliser le même cadavre pendant plusieurs jours, et même des cadavres d’animaux. Dans une lettre datée du 20 janvier 1749 envoyée à Joly de Fleury, un étudiant raconte à propos d’Antoine Mertrud, alors démonstrateur au Jardin du Roy, qu’il est

 

obligé de garder des semaines en entier [des cadavres], non seullement cela prend  sur la santé des spectateurs, mais occasionne par la pourriture que toute les parties ce confondent au point que rien ne peut ce distinguer pour pouvoir faire des decouvertes util pour les vivants […][23].

 

De plus, lorsque les démonstrateurs réussissaient à mettre la main sur le corps d’un prisonnier exécuté, il était la plupart du temps inadéquat pour la dissection (les pendus ont la trachée sectionnée, les décapités ont perdu trop de sang)[24]. Les démonstrateurs préfèrent les sujets charnus et de grandeur moyenne, quoiqu’ils apprécient aussi avoir accès à divers types de corps afin de diversifier leurs connaissances[25].

 

Négocier l’octroi de cadavres : les délibérations du Bureau de l’Hôtel-Dieu

            Dès le XVIIe siècle, l’octroi de cadavres par des hôpitaux généraux à des aspirants médecins et chirurgiens a été réglementé. De fait, le transfert de cadavres a fait l’objet d’un arrêt du Parlement signé le 4 mars 1672, obligeant tout chirurgien à demander l’autorisation au Doyen de la Faculté de médecine de Paris pour obtenir des cadavres de la part des hôpitaux[26]. L’objectif qui sous-tend l’arrêt est d’éviter que les étudiants en médecine et les aspirants chirurgiens fréquentant les établissements royaux d’enseignement viennent à manquer de cadavres au profit d’individus voulant exercer la chirurgie hors d’un cadre académique[27]. Le Doyen s’assure que seuls les établissements académiques puissent disposer des sujets pour les dissections.

 

Les nombreuses demandes faites au cours du XVIIIe siècle par les démonstrateurs du Jardin du Roy à l’Hôtel-Dieu ont été étudiées par ses administrateurs lors des rencontres qui se déroulent au Grand Bureau et au Bureau Ordinaire, fondés en 1690 par Louis XIV. Ces deux organisations veillent au bon fonctionnement de l’administration et règlent les détails courants concernant l’hôpital. Les actes des tables rondes réunis par Jean-Pierre Gutton dans Les administrateurs d’hôpitaux dans la France de l’ancien régime, ainsi que l’ouvrage de Louis Parturier, L’Assistance à Paris sous l’Ancien Régime et pendant la Révolution, nous ont renseignées sur la gestion de l’Hôtel-Dieu[28]. Celle-ci a été fixée en 1698 par une délibération, dont une copie se retrouve dans le «Dossier Cadavres»[29]. Elle déclare que le roi ne peut pas imposer son autorité sur la gestion des hôpitaux, ce qui explique pourquoi l’Hôtel-Dieu ne se sent pas obligé d’aider les démonstrateurs du Jardin du Roy même si ces derniers sont appuyés par Louis XIV et Louis XV au cours du XVIIIe siècle.

 

Le problème de pénurie en cadavres au Jardin du Roy est porté à la connaissance des magistrats de l’Hôtel-Dieu dès 1717, quand le démonstrateur Jacques-François-Marie Duverney fait la demande au Bureau Ordinaire pour obtenir des cadavres du Cimetière de Clamart. Il avait été décrété à ce moment qu’«il sera donné au Sr. Duverney un, où deux corps morts en hiver, et quelques bras et jambes en été, […] qu’il envoyera quérir à l’Hôtel-Dieu, le tous au cas qu’il ne puisse avoir des sujets d’ailleurs»[30]. Or, l’ordre du Bureau Ordinaire ne fait pas long feu; Duverney ne reçoit pas les sujets de la part de l’hôpital. Les magistrats soutiennent qu’ils arrivent à peine à subvenir à leurs propres besoins en cadavres pour les cours donnés aux cent chirurgiens qui travaillent dans l’établissement[31]. Les élèves du démonstrateur Duverney se mettent à commercer des cadavres avec les fossoyeurs de Clamart, ce qui provoque le mécontentement des Parisiens, qui voient les corps de leurs parents être vendus. Le Bureau Ordinaire fait cesser l’autorisation donnée à Duverney. Après coup, les demandes faites par ses successeurs sont toujours refusées, soit en 1722, 1732, 1733 et 1745[32].

 

En 1749, Antoine Mertrud est incapable de soutenir la demande en cours d’anatomie fréquentées par un public nombreux. De plus, il est dans l’impossibilité d’exécuter les projets qui lui sont mandatés par le roi Louis XV concernant l’amélioration des conditions d’apprentissage de l’anatomie. Il réitère la demande à l’Hôtel-Dieu afin d’obtenir des cadavres de l’intérieur de ses murs ainsi que du Cimetière de Clamart. Il se bute au même refus de la part des administrateurs. Dès lors, il demande l’aide de Joly de Fleury pour convaincre les magistrats. Le Procureur tient une correspondance régulière avec les membres du Grand Bureau et du Bureau Ordinaire ainsi qu’avec des partisans du Jardin du Roy.

 

En 1749, le Grand Bureauest composé de plusieurs membres éminents de la société parisienne. Il s’agit de l’Archevêque de Paris, du Premier Président du Parlement (M. De Maupeou), du Premier Président de la Cour des Aides (M. De Lamoignon) et du Procureur Général du Roi (Guillaume-François-Louis Joly de Fleury)[33]. Selon les archives consultées, il y a également Messieurs Vigneron, Durans et Le Couteulx qui y siègent, mais il ne nous pas été possible d’identifier leurs fonctions au sein de la société parisienne[34]. Ces hommes se réunissent tous les trois mois pour discuter des questions qui n’ont pas été réglées par le Bureau Ordinaire[35]. M. Vigneron correspond régulièrement avec Joly de Fleury dans le «Dossier Cadavres». C’est lui qui copie pour le Procureur les délibérations menées par le Grand Bureau. Il lui fait aussi parvenir des mémoires que certains démonstrateurs lui fournissent pour prouver leur bonne foi dans l’affaire. Au Bureau Ordinaire siègent douze administrateurs habituellement issus de la bourgeoisie et élus à vie[36]. S’y retrouvent habituellement le maire, l’échevin, un curé, quelques conseillers du Châtelet, des avocats, des fermiers généraux et d’autres membres. Ils se rencontrent deux fois par semaine, le mercredi et le vendredi, pour s’occuper des détails courants concernant l’administration de l’Hôtel-Dieu[37]. Lorsqu’ils débattent de sujets importants, ils se réfèrent au Grand Bureau. Si ce-dernier n’arrive pas à un consensus, le Parlement doit trancher la question[38]. En 1749, un dénommé M. Garnot siège au Bureau Ordinaire[39]. C’est lui qui correspond avec Joly de Fleury au sujet des cadavres que l’on pourrait remettre aux démonstrateurs du Jardin du Roy.

 

Le débat

            Dans la correspondance que Joly de Fleury entretient avec les différents membres de l’administration de l’Hôtel-Dieu ainsi qu’avec des acteurs de la sphère médicale et du Jardin du Roy, nous avons été en mesure de retracer dans un ordre chronologique les arguments qui ont ponctué le débat.

 

            C’est d’abord le démonstrateur Antoine Mertrud qui sollicite l’aide de Joly de Fleury. Dans une lettre, il explique qu’il désire venir en aide au Sieur Gauthier, un artiste qui souhaite produire un ouvrage de gravures en couleurs représentant l’anatomie du corps humain. Afin que le Sieur Gauthier puisse produire des gravures crédibles lors des cours d’anatomie donnés au Jardin du Roy, le démonstrateur aurait besoin de recevoir des cadavres deux fois par semaine, pris à Clamart. Il assure les administrateurs de l’Hôtel-Dieu qu’il serait prêt à remettre les corps dans la huitaine et qu’il payerait une somme fixée par le Bureau Ordinaire pour faire prier Dieu pendant l’exécution des dissections. Son objectif principal est l’avancement de la science, mais dans une deuxième lettre, Antoine Mertrud ajoute également que le manque de cadavres nuit à la « gloire de Notre Monarque, de la votre, Monseigneur, et de Celle de la Nation »[40].

 

            En septembre 1749, le chancelier d’Aguesseau, membre de l’Académie des Sciences, écrit à Joly de Fleury. Il estime que la demande du Sieur Metrud est valable.Il écrit : « Je souhaite que vous trouviés à présent le bureau de l’Hotel Dieu plus traitable qu’il ne l’estois du temps du Sieur Duverney, et en vérité il faut aimer mieux les morts que les vivans pour refuser un secours qui peus estre si utile au genre humain »[41].Selon lui,la demande de Mertrud permettrait aux élèves de bénéficier d’un meilleur apprentissage. En effet, le chancelier d’Aguesseau est un bon ami de l’artiste Sieur Gauthier. Selon lui, l’ouvrage de gravures permettrait aux élèves d’apprendre l’anatomie du corps humain sans avoir à assister au spectacle répugnant des dissections.

 

            En 1750, le doyen de la Faculté de médecine de Paris, G.F. De L’Épine, affirme être d’accord pour que les administrateurs de l’Hôtel-Dieu fournissent des cadavres à Mertrud. Selon lui, il en va de l’honneur de la capitale. Le manque de cadavres risquerait de mettre en péril le bien de l’État, car les leçons des professeurs du Jardin du Roy « attirent à Paris un grand nombre d’étrangers et de regnicoles qui y arrivent tous les ans pour s’instruire et se perfectionner dans l’Anatomie et la Chirurgie »[42]. Finalement, il soutient que le manque en cadavres pousse des étudiants à enfreindre la loi, causant un désordre public. La justice se voit obligée de réprimander ces agissements par des peines de plus en plus sévères. C’est pour ces raisons qu’il est absolument nécessaire que les hôpitaux acceptent de donner des cadavres au Jardin du Roy. Toutefois, De L’Épine évoque également que seul le Doyen de la Faculté de médecine de Paris a, selon l’arrêt du Parlement du 4 mars 1672, autorité pour permettre que des cadavres soient transférés de l’Hôtel-Dieu vers le Jardin du Roy. Le Doyen demande aux administrateurs de l’hôpital de s’assurer que les démonstrateurs « continuent de présenter au Doyen de la Faculté leurs Requêtes pour l’obtention des cadavres : le Doyen ne leur refusera jamais sa signature »[43].Il stipule que

 

la disette en cadavres executes par justice, qui fait quils [les aspirants chirurgiens] ont quelquefois eu recours à vous, Messieurs, ainsi que la Faculté de Médecine, pour en avoir des Hôpitaux, ne les dispense pas de la loi générale […] C’est l’unique moyen, Messieurs, de rétablir et entretenir le bon ordre […][44].

 

            Ainsi, le Doyen veut garder le contrôle sur le transfert des cadavres et éviter qu’ils soient octroyés à des chirurgiens hors d’un contexte académique. L’hypothèse selon laquelle un conflit de corporations essoit à la base de cette volonté de contrôler les chirurgiens est également plausible. Il est probable que G.F. De L’Épine désire sauvegarder le peu de pouvoir qui lui reste envers les chirurgiens qui deviennent progressivement indépendants. Il serait intéressant de creuser davantage les pistes d’un tel conflit.

 

            Le 27 janvier 1751, le problème n’est toujours pas réglé pour le démonstrateur Antoine Mertrud. Il réécrit à Joly de Fleury pour le supplier de donner « un petit ordre tacite au fossoyeur de Clamâre»[45] afin d’obtenir des cadavres pour que le Sieur Gauthier puisse terminer l’ouvrage promis au public. Faute de sources, il n’a pas été possible de déterminer si Joly de Fleury en avait effectivement donné l’ordre. En 1752, le Premier Président à la Cour des Aides, M. De Lamoignon, envoie un mémoire écrit par Mertrud au Procureur. Toutefois, les deux hommes qui siègent au Bureau Ordinaire ne semblent pas être en mesure de convaincre les magistrats.

 

Le 12 février 1762, le Sieur Vaucanson, un Grenoblois séjournant à Paris, doit réaliser un projet pour lequel il a été mandaté par Louis XV : rendre l’étude de l’anatomie moins repoussante en réalisant des objets copiés d’après nature et des automates qui reproduiraient le système du corps humain[46]. Pour satisfaire les demandes du roi, le Sieur Vaucanson devrait recevoir des cadavres  « d’une grande et même stature dont le choix et la quantité ne peuvent se trouver qu’a l’Hôtel-Dieu ou dans les autres hôpitaux »[47]. Il espère recevoir à chaque hiver « six sujets de cinq pieds sept à huit pouces de grandeur et ce pendant tout le temps que pourra durer l’exéecution de cet ouvrage qu’il estime être de huit à dix ans »[48]. Ainsi, nous constatons que l’exercice de la dissection dépasse le cadre de la sphère médicale. De fait, il aide des artistes à perfectionner leur art, notamment dans la production d’automates de plus en plus réalistes. Aussi, cette initiative permet d’améliorer les conditions d’apprentissage des élèves en chirurgie en réduisant l’accès aux cadavres. 

 

            De mars à mai 1749, Joly de Fleury se met en quête de toutes les délibérations qui ont été entreprises au sujet de l’octroi de cadavres par l’Hôtel-Dieu. Il charge Monsieur Vigneron, qui siège au Bureau Ordinaire, de copier celles qui ont été menées par des responsables de l’Hôtel-Dieu avant 1749. En examinant les arguments mis de l’avant dans ces délibérations et ceux évoqués en 1749, il est possible d’avoir l’impression que le refus constant des administrateurs revient à ne pas reconnaître un besoin évident de la part des démonstrateurs du Jardin du Roy. Or, leurs craintes ne sont pas sans fondement. Ils redoutent que Mertrud et ses élèves dérogent des règlements et fassent du commerce de cadavres avec les fossoyeurs de Clamart. En effet, de tels délits sont commis régulièrement au cours du XVIIIe siècle et provoquent de grands murmures dans Paris. La violation d’une sépulture est vue d’un mauvais œil par les Parisiens. Au lendemain des délits commis par les élèves de Duverney, les habitants se plaignaient « tout haut qu’on violait le droit de Sepulture, qu’on faisoit du Commerce public des Corps de leur parens et qui imputait aux administrateurs d’Etre les auteurs et les Complices de ce Commerce»[49].

 

De plus, plusieurs Parisiens croient que le corps altéré par les dissections ne peut pas ressusciter[50]. Mandressi affirme qu’à l’époque moderne, l’Église catholique n’empêche pas la dissection scientifique et qu’elle n’y voit pas une atteinte à la résurrection des morts. Toutefois, Eelle n’a jamais complètement encouragé cette pratique.[51] Il ajoute que le christianisme a absorbé, intégré et transmis des attitudes négatives face à l’ouverture des corps, notamment héritées de l’Église primitive – soit celle des premiers siècles du christianisme sous l’Empire romain – et médiévale[52]. Par exemple, les Anciens redoutaient le voisinage des morts. « Les morts enterrés ou incinérés étaient impurs : trop proches, ils risquaient de souiller les vivants »[53].  Dans l’Ancien Testament se retrouve aussi cette idée d’impureté des morts : « Celui qui touchera un mort, un corps humain quelconque, sera impur pendant sept jours»[54]. Aussi, Saint-Paul écrit : « Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous? Si quelqu’un détruit le temple de Dieu, Dieu le détruira »[55]. Bien que l’Église catholique n’ait pas livré de combat théologique contre la dissection, elle est demeurée ambivalente sur cette question[56] :

 

Le corps-temple que l’on doit vénérer, la sauvegarde de l’intégrité de la chair comme sauf-conduit pour la résurrection […], l’impureté du corps mort qu’il faut tenir à l’écart, ce sont des croyances différentes et par certains côtés contradictoires, […] mais expressives d’une même idée fondamentale, […] : le cadavre est bien plus qu’un pur résidu. Il est une « mémoire », une « physionomie » qui garde, ne serait-ce qu’à l’état de trace, la présence agissante de ceux qui sont morts[57].

 

Les pratiques du commerce illégal des cadavres et de la violation des sépultures se sont prolongées tout au long du XVIIIe siècle en France et ailleurs. Les témoignages concernant ces délits ne se retrouvent pas seulement dans la correspondance du «Dossier Cadavres», mais également dans les écrits du journal d’événements tenu par le libraire janséniste Siméon-Prosper Hardy. Cet observateur note quotidiennement, de 1753 jusqu’à la Révolution française, diverses anecdotes qui parviennent jusqu’à lui. Dans un passage daté du 25 novembre 1777, Hardy raconte :

 

qu'un garçon chirurgien qui s'étoit proposé d'enlever nuitamment du cimetierre de l'Hôtel-Dieu connu sous le nom de cimetierre de Clamart, en escaladant le mur de clôture un cadavre pour servir à ses études et ayant attaché ce cadavre avec une grosse corde pour pouvoir l'entraîner plus facilement avec lui, s'étoit trouvé lui-même pris par le col et tellement embarrassé dans cette corde qu'étant demeuré suspendu d'un côté du mur et le cadavre du deffunct de l'autre côté, il avoit été étranglé et enlevé mort de cet endroit le lendemain matin, ce qui avoit donné lieu à quelques personnes de répandre en plaisantant qu'un mort avoit pendu un vivant.[58]

 

***

 

Pour conclure, les différents arguments des acteurs de ce conflit, entre 1749 et 1770, référaient très rarement à l’avancement de la science ou aux bienfaits que les découvertes anatomiques avaient sur la guérison des êtres humains. Mandressi avait vu juste quand il a affirmé que les dissections avaient des influences dans des domaines très variés, tels l’art et l’éducation.

 

D’un côté, les raisonnements en faveur de l’approvisionnement régulier en cadavres au Jardin du Roy touchaient plusieurs aspects. D’abord, les arguments de Mertrud fournis au Procureur Joly de Fleury stipulent que la pratique plus assidue des dissections au Jardin du Roy permettrait au Sieur Vaucanson, d’une part, de satisfaire la demande faite par Louis XV de créer des automates illustrant des réalités anatomiques afin d’améliorer l’apprentissage des étudiants en chirurgie, et, d’autre part, d’améliorer ses techniques artistiques pour réaliser des automates plus réalistes. Aussi, des dissections plus régulières permettraient à l’artiste Sieur Gauthier d’avancer dans son projet de gravures en couleurs représentant l’anatomie du corps humain. Ensuite, l’argument concernant la conservation de la cohésion sociale au sein de la société parisienne a également été utilisé pour convaincre le Procureur, notamment par le Doyen de la Faculté de Paris, G.F. De L’Épine. D’autres arguments développés par des partisans du Jardin du Roy concernaient le maintien de la réputation des établissements académiques de Paris, la glorification du monarque et la valorisation de la suprématie du royaume sur les autres nations européennes, ce qui n’a pas de lien direct avec le développement de la pratique médicale.

 

D’un autre côté, les propos des divers acteurs s’opposant aux transferts de cadavres tournaient, le plus souvent, autour du maintien de l’ordre public. Les excès commis, en premier lieu par le démonstrateur Duverney et ses élèves en 1717, puis par d’autres garçons chirurgiens tout au long du XVIIIe siècle, ont possiblement découragé les administrateurs de l’Hôtel-Dieu et du Cimetière de Clamart à donner des corps. Ce faisant, les ressources en cadavres se limitaient pour les démonstrateurs aux exécutés et aux quelques sujets qui leur étaient remis par les hôpitaux durant l’hiver. La tentation de s’approvisionner par l’entremise du commerce illégal de cadavres devenait forte au Jardin du Roy. Les administrateurs, non seulement avaient perdu confiance envers les démonstrateurs, mais ils désiraient conserver leurs défunts pour offrir des cours d’anatomie à leurs cent chirurgiens travaillant à l’Hôtel-Dieu. Il est aussi possible de penser que la Faculté de médecine de Paris, bien qu’elle ait été en faveur de l’octroi de cadavres par des hôpitaux, interdisait aux chirurgiens de négocier directement avec les administrateurs afin de conserver un certain pouvoir.

 

À l’aide des correspondances du «Dossier Cadavres», nous avons également compris que les administrateurs de l’Hôtel-Dieu, dès la déclaration sur sa gestion en 1698, avaient assez d’autonomie et de pouvoir pour mettre en échec les tentatives des démonstrateurs du Jardin du Roy de s’approvisionner en cadavres directement à leur établissement. Ainsi, malgré le soutien répété des souverains Louis XIV et Louis XV, du Procureur Joly de Fleury et des partisans du Jardin du Roy, tel le chancelier d’Aguesseau, le problème de pénurie de cadavres était trop complexe et n’a pas pu être résolu sous l’Ancien Régime.

 

 

 


[1] Rafael Mandressi, Le regard de l’anatomiste, Dissections et invention du corps en Occident, Paris, Seuil, 2003, p.170

[2] À ce sujet, voir Philippe Ariès. L’homme devant la mort, Paris, Éditions du Seuil, 1977, 641 pages et Michel Vovelle. La mort en Occident, de 1300 à nos jours, Paris, Gallimard, 1983, 793 pages, notamment en ce qui concerne la période moderne, consulter «Cinquième partie : La mort en question au siècle des Lumières », pp. 368 à 503.

[3] Au sujet de l’histoire de la diffusion des sciences en France à l’époque moderne, voir René Taton (dir.), Enseignement et diffusion des sciences en France au XVIIIe siècle, Paris, Hermann, 1964, 780 pages. Au sujet de l’histoire sociale de la médecine, consulter Olivier Faure, Histoire sociale de la médecine (XVIIIe-XXe Siècles), Paris, Anthropos-Economica, 1994, 272 pages.

[4] Rafael Mandressi, op.cit., Paris, Seuil, 2003, 338 pages.

[5] Fabrice Brandli et Michel Porret. Les corps meurtris, Investigations judiciaires et expertises médico-légales au XVIIIe siècle, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2014

[6] Bibliothèque nationale de France, cabinet des manuscrits, fonds Joly de Fleury, volume 269 (non paginé ni folioté)

[7] Le Jardin royal des plantes médicinales, surnommé Jardin du Roy, fut fondé en 1635 par le médecin ordinaire du roi Louis XIII, Guy de LaBrosse. Les apprentis médecins et les apothicaires pouvaient y cultiver des plantes nécessaires à la préparation de médicaments. Avec l’acquisition d’un amphithéâtre, le long de la rue Jardin-du-roi, il fut possible d’enseigner, outre la botanique, de nouvelles matières telles la chimie et l’anatomie. Les cours d’anatomie devinrent célèbres sous le règne de Louis XIV, notamment grâce aux leçons des chirurgiens Dionis, Duverney, Hunauld, Winslow, Petit et Portal. À ce sujet, voir Yves Laissus. « Jardin du Roi », dans René Taton (dir.). Enseignement et diffusion des sciences en France au XVIIIe siècle, Paris, Hermann, 1964, p.287 à 318

[8] Voir à ce sujet : Bibliothèque nationale de France, cabinet des manuscrits, fonds Joly de Fleury, volume 269 (non paginé ni folioté), les études d’Yves Laisssus sur le Jardin du Roi et le Muséum national d’histoire naturelle etRafael Mandressi, qui indique que le public des conférences au Jardin du Roy était composé autant de Parisiens que de voyageurs curieux. Rafael Mandressi, op.cit. p.170

[9] Bibliothèque nationale de France, cabinet des manuscrits, fonds Joly de Fleury, volume 269 (non paginé ni folioté)

[10] Ibid.

[11] Ibid.

[12] Ibid.

[13] Henri François D’Aguesseau (1668-1751) fut l’un des plus grands magistrats du XVIIIe siècle. Il occupe le poste de chancelier de 1717 jusqu’à sa mort en 1751. Il devient membre de l’Académie des sciences en 1728 et en fut deux fois le président, en 1729 et 1738. En 1749, il se porte à la défense des démonstrateurs du Jardin du Roy dans une lettre qu’il envoie au Procureur Joly de Fleury. Il souhaite que les magistrats de l’Hôtel-Dieu acceptent de fournir des cadavres pour leurs cours d’anatomie.

[14] Rafael Mandressi,op.cit. p.12

[15]Sur Guillaume-François-Louis Joly de Fleury et la famille Joly de Fleury, consulter Antoine Michel. Compte rendu. « Paul Bisson de Barthélémy, Les Joly de Fleury, procureurs généraux au Parlement de Paris au XVIIIe siècle, Paris, SEDES, 1964 », Bibliothèque de l’école des chartes, 1965, vol. 123, pp.612-614 (article disponible sur Persée), au sujet des acteurs ayant pris part au débat, consulter Jean-Eugène Dezeimeris, Olivier D’Angers et Raige Delorme. Dictionnaire historique de la médecine ancienne et moderne, ou Précis de l’histoire générale, technologique et littéraire de la médecine; suivi de la Bibliographie médicale du dix- neuvième siècle; et d’un Répertoire bibliographique par ordre de matières, tome 1 à 4, Paris, Béchet jeune, 1828. [en ligne], http://www2.biusante.parisdescartes.fr/livanc/?cote=extbnfdezeimerisx01&do=livre. Au sujet des démonstrateurs de l’école du Jardin du Roy, consulter M.A.L. De Jussieu, Annales du Muséum d’Histoire Naturelle par Les Professeurs de cet Établissement, tome onzième, Paris, Tourneisen Fils, 1808, [en ligne], http://www.biodiversitylibrary.org/item/91577#page/2/mode/1up

[16] Voir à ce sujet Rafael Mandressi, op.cit., pp.167 à 217

[17] Michel Vovelle. La mort en Occident, de 1300 à nos jours, Paris, Gallimard, 1983, p.400. Vovelle explique que la mort n’est plus considérée comme une fatalité mais bien comme une loi naturelle. Il devient raisonnable et légitime de s’en défendre : le médecin devient, au cours du siècle des Lumières, un personnage de confiance, malgré les critiques virulentes de certains philosophes, dont Voltaire, qui reste fidèle au stéréotype du médecin ignare et meurtrier.

[18] Rafael Mandressi, op.cit., p. 159. Mandressi explique que la pratique de la dissection connaît un essor dans un XVIe siècle où la représentation topographique et cartographique devient grandement importante, notamment lors des explorations de Nouveaux Mondes. Ce besoin de cartographier se transmet aux anatomistes dans la découverte du corps humain.

[19]Charles Bedel et Pierre Huard, « Médecine et pharmacie au XVIIIe siècle », Enseignement et diffusion des sciences en France au XVIIIe siècle, (dir) René Taton, Paris, Hermann, 1964, p.172

[20] Yves Laissus, « Jardin du Roi », op.cit., pp.313-314

[21] Charles Bedel et Pierre Huard, « Médecin et pharmacie au XVIIIe siècle », Loc.cit., p.190-191

[22] Ibid.

[23]Bibliothèque nationale de France, cabinet des manuscrits, fonds Joly de Fleury, volume 269 (non paginé ni folioté)

[24] Rafael Mandressi,  op.cit. p.175

[25] Ibid.

[26] Ibid. C’est ce dont témoigne G.F. De L’Épine, Doyen de la Faculté de médecine de Paris, dans un mémoire qu’il rédige en 1750 au Procureur, lui rappelant la loi réglementant le transfert des cadavres à partir des hôpitaux généraux.

[27] Ibid.

[28] Jean-Pierre Gutton (dir.), Les administrateurs d’hôpitaux dans la France de l’ancien régime, Actes des tables rondes des 12 décembre 1997 et 20 mars 1998, Lyon, Presses universitaires de Lyon, 1999, 210 pages et Louis Parturier, L’Assistance à Paris sous l’Ancien Régime et pendant la Révolution, Genève, Mégariotis Reprints, 1897, 259 pages.

[29] Bibliothèque nationale de France, cabinet des manuscrits, fonds Joly de Fleury, volume 269 (non paginé ni folioté)

[30] Ibid.

[31] Ibid.

[32] Pour consulter la chronologie des chirurgiens qui se sont succédé au poste de démonstrateur et de professeur d’anatomie, voir Yves Laissus « Le Jardin du Roi », op.cit., p. 287 à 318. Pour la période qui nous intéresse, le démonstrateur qui occupe cette charge avant 1749 est Christophe dit Jacques-François-Marie Duverney (1727-1748). Antoine Mertrud a été démonstrateur de 1748 à 1764. Il est remplacé par son neveu Jean-Claude Mertrud de 1764 à 1787. Puis, Antoine-Louis-François Mertrud termine la carrière de démonstrateur de 1787 à 1793.

[33] Bibliothèque nationale de France, cabinet des manuscrits, fonds Joly de Fleury, volume 269 (non paginé ni folioté)

[34] Ibid.

[35]Louis Parturier, L’Assistance à Paris sous l’Ancien Régime et pendant la Révolution, Genève, Mégariotis Reprints, 1897, p.30 et 31.

[36]Ibid., p.31

[37]Ibid.

[38]Ibid., p.31 à 33

[39]Bibliothèque nationale de France, cabinet des manuscrits, fonds Joly de Fleury, volume 269 (non paginé ni folioté)

[40]Ibid.

[41]Ibid.

[42]Ibid.

[43]Ibid.

[44]Ibid.

[45]Ibid.

[46] Rafael Mandressi,  Op.cit. p.213

[47] Bibliothèque nationale de France, cabinet des manuscrits, fonds Joly de Fleury, volume 269 (non paginé ni folioté)

[48] Ibid.

[49] Ibid.

[50] Voir Rafael Mandressi, Op.cit., pp.19 à 60

[51]Ibid., p.35

[52]Ibid.,p.33-34. (1 Co 3,16 sq)

[53]Ibid.

[54]Ibid. (Nombres 19, 11).

[55]Ibid.(1 Co 3,16 sq)

[56]Ibid.,p.35

[57]Ibid.

[58] Bibliothèque nationale de France, manuscrit français 6682, 25 novembre 1777