Par
JESSICA BOUCHARD
Université du Québec à Montréal

 

 

La Nubie antique, longtemps perçue comme l’ombre de son grand voisin du Nord, l’Égypte, est relativement méconnue. L’étude de l’historique des fouilles et de l’historiographie permet de remarquer un lien étroit entre l’histoire des deux régions. Ce lien, souvent réel et direct, est parfois encouragé et magnifié par le chercheur, corrompant l’interprétation des données. Subtilement et sur de nombreuses décennies, les auteurs ayant abordé la Nubie antique ont mis de l’avant un territoire dominé par l’Égypte qui, après le retrait des troupes égyptiennes à la fin du Nouvel Empire, tente d’imiter un modèle culturel supérieur. Cette vision aujourd’hui dépassée a cependant longtemps teinté l’interprétation des chercheurs. De nos jours, l’étude de vestiges nubiens permet de dégager un portrait plus nuancé, ce qui est reflété par la panoplie de sujets abordés et de théories défendues par les auteurs contemporains.

 

On peut attribuer au tournant du XXe siècle le début d’un intérêt véritablement scientifique et académique dans l’histoire ancienne de la Nubie. L’annonce de la construction de l’ancien barrage d’Assouan, et de l’inondation subséquente d’une région riche en temples et vestiges inexplorés, provoque de nombreuses mesures visant à approfondir les fouilles avant la perte permanente de ces trésors. Simultanément à la campagne de sauvegarde des monuments en Basse-Nubie, les autorités mirent en branle plusieurs expéditions formées d’archéologues afin de recenser les vestiges éparpillés autant en Haute-Nubie qu’en Basse-Nubie. George Andrew Reisner s’attaqua notamment à l’étude des nécropoles royales d’El-Kurru, de Nuri, de Jebel Barkal et de Méroé. Les fouilles effectuées par ce dernier furent publiées partiellement et sporadiquement dans des articles de périodiques[1], puis plus complètement après la mort du chercheur par son assistant sur le terrain, Dows Dunham, dans son œuvre en cinq tomes The Royal Cemeteries of Kush[2]. Se basant sur les notes de Reisner, Dunham réitère la typologie[3]des tombes telle que présentée par l’archéologue. Celle-ci est fondée sur l’expérience de Reisner en Égypte et reflète bien la pensée de ses contemporains, qui perçoivent une Nubie primitive et culturellement subordonnée à l’Égypte[4]. Malgré tout, l’œuvre de Reisner et Dunham souleva la question des origines de la dynastie nubienne et donc par extension de l’importance des apports égyptiens et indigènes au processus de formation de l’État.

 

Jusqu’aux années 1960-1970, il est aisé de remarquer l’influence du biais  égyptocentriste dans les études nubiennes et les chercheurs tentèrent longtemps d’adapter l’interprétation de leurs trouvailles à la typologie des tombes de Reisner[5].Cependant, ce sera durant cette période que, grâce aux nouvelles découvertes mais aussi à la campagne internationale de l’UNESCO pour la sauvegarde des monuments nubiens, les études nubiennes émergeront en tant que discipline désormais autonome[6]. La nouvelle archéologie qui en découle marque une rupture dans l’interprétation des données; effectivement, l’égyptocentrisme et la critique ethnique sont rejetés au profit d’une perspective où la place de l’élément indigène est grandissante. Les auteurs mettent désormais l’accent sur les éléments locaux dans l’étude des vestiges funéraires, particulièrement dans leur quête des origines de la XXVe dynastie (c. 750-650 av. J.-C.). Dès lors, la question du développement du Royaume de Koush est abordée non plus sous l’angle de l’influence de l’Égypte, mais bien de la permanence de nombreux éléments culturels propres à la Nubie.

 

Après cette phase de différenciation de l’histoire de l’Égypte et de la Nubie, la problématique des origines du Royaume napatéen tombe un peu dans l’oubli. Elle fut ravivée durant les années 1990 par la controverse entourant la chronologie des tombes d’El-Kurru, à laquelle participent de nombreux nubiologues, dont Timothy Kendall, Laszlo Török et Robert Morkot. Le débat s’articule principalement autour du développement par Kendall[7]de la longue chronologie[8], notamment par une remise en question de la datation des objets funéraires. De plus, il intègre l’analyse de nouvelles données précédemment non publiées de Reisner et utilise la datation au carbone 14 pour réinterpréter les trouvailles[9]. Quoiqu’il retire par la suite l’idée de la longue chronologie, son article soulève de nombreux points quant à l’égyptianisation présentée par l’étude des tombes d’El-Kurru. Les articles publiés pour la Conférence Internationale des Études nubiennes à Lille en 1994, soit par Török[10], Morkot[11]et Yellin[12], perpétuent cette nouvelle attitude à l’égard de la complexité des influences durant la formation du Royaume de Kush[13]. Effectivement, on remarque de la part des spécialistes, depuis les années 1990, un désir de comprendre l’amalgame intéressant entre les influences égyptiennes et indigènes, qui a permis à l’État de se former et de se maintenir durant plus d’un millénaire. Cette idée maitresse sera le fer de lance de nombreuses fouilles, notamment dans la région entre la 3e et la 4e cataracte. Ce sera le cas des missions archéologiques à Gebel Barkal[14], Kawa[15], Tombos[16]et Sanam[17], entre autres. Après un siècle d’inactivité, les fouilles archéologiques reprennent aussi à El Kurru sous la direction de Geoff Emberling[18], dans le but de découvrir des vestiges urbains, de poursuivre les excavations entamées par Reisner, ainsi que de réévaluer les monuments, par une technique plus systématique et en vue des connaissances actuelles.

Dans cette optique, la question des circonstances de la création de l’État koushite est primordiale pour l’étude de la Nubie. Qui plus est, elle reste irrésolue, malgré les nombreuses études produites sur le sujet. Le manque de sources rend la tâche difficile aux nubiologues qui travaillent sur cette période reculée. Effectivement, outre quelques inscriptions[19], peu de vestiges nous sont parvenus. Cependant, l’étude des cimetières royaux serait en mesure d’offrir une esquisse des rituels funéraires royaux et de l’importance de l’apport égyptien. Jusqu’à quel point la culture funéraire égyptienne a-t-elle imprégné les coutumes funéraires nubiennes durant la période de formation du Royaume de Kush, soit durant la période couverte par les enterrements des rois de la XXVe dynastie et de leurs ancêtres à El-Kurru? En étudiant les restes architecturaux du site, notamment grâce aux études de Reisner, Dunham et Kendall, il sera possible de dégager quelles composantes reflètent une tendance égyptienne, lesquelles sont originales, ou encore s’il y a possibilité d’une provenance nubienne plus ancienne, par exemple, de Kerma. Il sera ensuite concevable, après une analyse de ces caractéristiques, de déterminer la part d’influence égyptienne, en plus de son évolution dans le temps. Ainsi, nous pourrons examiner les implications historiques des transformations dans le culte funéraire qui s’opérèrent durant la période d’utilisation par la nécropole d’El-Kurru[20].

 

L’architecture

La conquête de la Nubie par l’Égypte durant le Nouvel Empire (c. 1552-1069 av. J.-C.) fut certes un chapitre important de l’histoire de cette région et l’impact sur son futur sociopolitique et culturel ne peut être négligé. Cependant, la Troisième Période intermédiaire, qui marque notamment le retrait des troupes égyptiennes, représentera une période embryonnaire d’un pouvoir important. L’alternance entre domination et influence, puis liberté et tradition permet un amalgame d’où naîtra l’idéologie royale d’une nouvelle dynastie. Ces évènements à la fois guident et expliquent l’émergence et la transformation de la nécropole royale d’El-Kurru. Celle-ci, plus important vestige d’une période peu connue de l’histoire de la Nubie, marque le début d’une nouvelle ère : celle du royaume de Kush. Les tombes sont divisées en générations et, même si la chronologie reste discutable, cette pratique permet de grouper des tombes à tendances similaires sur le plan architectural afin de dégager une ligne directrice d’évolution. Ces générations, créées par Reisner et Dunham, se subdivisent en deux catégories : les générations A à E, soit les tombes ancestrales (Ku. Tum.), et les générations 1 à 7 (Ku.).  Aujourd’hui, l’état fragmentaire des pyramides, longtemps érodées par le sable et fortement endommagées par le pillage[21], rend l’analyse difficile. Au-dessus du niveau du sol, seuls les plans, parfois quelques rangées de pierres, subsistent. Malgré tout, l’étude de leur architecture met en lumière de nombreuses caractéristiques. En présumant la justesse de l’ordre des générations de Reisner, l’évolution architecturale des tombes royales nubiennes démontre le passage graduel d’une pratique purement indigène à un amalgame complexe de tradition et d’innovation. Du premier tumulus aux pyramides tardives d’El-Kurru, en passant par l’apparition des enceintes et des chapelles adjacentes, les choix architecturaux suggèrent l’adaptation de concepts égyptiens pour légitimer l’idéologie royale nubienne. Loin de simplement adopter des pratiques étrangères, les souverains nubiens ont su s’approprier certaines traditions égyptiennes et les modifier selon leurs besoins, tout en maintenant une continuité dans leurs traditions indigènes, et ce, afin de créer un ensemble cohérent de pratiques servant à expliquer et justifier le pouvoir royal[22].

 

1.      Les premiers tumuli (Génération A)

 

Les premières tombes d’El-Kurru, soit les tombes ancestrales, ont des occupants dont l’identité n’a pas été, jusqu'à ce jour, confirmée. Sur un plan rond, ces monticules de débris rocheux sont décrits comme étant plutôt primitifs par Reisner et Dunham[23]. Kendall avance l’hypothèse, en comparant les données de Reisner concernant ces tombes et celles des générations futures, que ces tumuli étaient plutôt de forme cylindrique (donc à toit plat), avec des murs presque verticaux[24]. Il décrit aussi, grâce au journal de recherche de Reisner, un bas mur circulaire en pierre entourant cette structure cylindrique[25]. En ce qui a trait à la substructure, les premières tombes d’El-Kurru ont une disposition simple et traditionnelle : une fosse verticale avec une petite chambre taillée dans le roc dans le côté sud-ouest de la structure, construite pour entreposer le corps, suivant une orientation nord-sud. L’accès se faisait par le haut; ainsi, le tumulus devait être érigé après l’inhumation afin de couvrir et protéger la tombe souterraine[26]. L’orientation nord-sud, qui sera la règle pour les tombes ancestrales, ne provient pas de l’Égypte, qui adoptait l’orientation est-ouest conforme aux pratiques funéraires traditionnelles et liée aux mouvements du soleil, mais plutôt d’une tradition nubienne sur laquelle nous disposons malheureusement peu d’information.

 

Ce type de tumulus est associé à la tradition nubienne telle que représentée par les tombes du Groupe C en Basse-Nubie (c. 2200-1500 BC) ou encore celles de Kerma en Haute-Nubie (c. 2500-1500). Ces tombes présentent des caractéristiques similaires, telles que la superstructure tumuliforme, l’ajout d’un mur d’enceinte et l’inhumation dans une fosse indépendante de la structure. Pour le Groupe C, la fosse verticale, couverte de pierres transversales, évoluera vers une véritable tombe à chambres construite parfois au-dessus du niveau du sol[27]. De plus, l’ajout d’une chapelle apposée au nord de la structure, durant la Deuxième Période intermédiaire, reflète les origines d’une caractéristique que nous explorerons plus loin. Les ressemblances entre les superstructures et substructures du C-Group, puis de Kerma et ensuite d’El-Kurru tendent à démontrer une continuité dans la tradition nubienne, et donc que les tombes d’El-Kurru, au départ du moins, rappelaient une culture ancestrale[28]. Il est aussi important de noter que les coutumes funéraires du Groupe C ont elles-mêmes évolué vers une égyptianisation progressive, surtout en ce qui a trait au positionnement des corps et à l’ajout d’une chapelle. Kendall, pour sa part, défend bien son hypothèse selon laquelle l’ancêtre des tombes d’El-Kurru devrait plutôt être recherché sur le site de Debeira Est (site 176) en Basse-Nubie, excavé par une équipe scandinave en 1962. Tumuli entourés de bas murs circulaires, ces tombes avaient aussi des niches pour des offrandes apposées à l’est de la structure. La présence à l’intérieur des tombes d’objets très similaires aux objets retrouvés dans les tombes d’El-Kurru pousse l’auteur à affirmer qu’il n’y a aucun doute sur le lien entre les deux sites[29]. Selon lui, ces trouvailles indiquent l’existence d’une culture importante s’étendant peut-être même jusqu’à la 4e cataracte durant la période post-Nouvel Empire, suggérant une continuité culturelle au cours d'une période qui autrement souffrait d’un silence historique relatif. Cette hypothèse demeure à prouver et nous parait très ambitieuse. En restant plus près du site d’El Kurru, nous observons des pratiques similaires sur le site d’Hillat el Arab, à 3 km au sud du Gebel Barkal[30]. Durant la période identifiée comme « early Napatan » en Nubie, les tombes suivent presque toutes la même structure, c’est-à-dire une large fosse carrée, avec une petite chambre funéraire rectangulaire placée sur l’axe nord-sud. L’entrée se fait par le haut, et peut parfois comprendre une descente en pente ou en escalier, caractéristique qui se développera sur un ton plus ostentatoire à El Kurru chez les tombes de la XXVe dynastie.

 

Quoi qu’il en soit, les tombes de la première génération sont de style relativement simple et de petite taille, indiquant ainsi qu’à cette date, on ne peut parler d’un État fort centralisé[31]. Malgré tout, l’importance des coutumes nubiennes anciennes, caractéristique de la montée en puissance du royaume de Koush, exprime le désir de continuité et d’association des nouveaux rois aux anciens royaumes puissants[32]. Afin de construire un État centralisé, en supplantant les formations morcelées et en s’arrogeant le pouvoir sur un territoire plus vaste, il est nécessaire de légitimer le règne du souverain en créant des liens entre le présent et un passé glorieux. La continuité stylistique funéraire permet de glorifier un chef défunt en le liant avec les souverains de grands royaumes d’antan, créant une nouvelle lignée appuyée par un passé légendaire. Cette démarche, que Stuart Tyson Smith caractérise de « nubian revival », est aussi observée, de manière encore plus remarquable, à Tombos[33]. La présence, sur un même site, de tumuli où quelques siècles plus tôt étaient érigés par l’élite dirigeante des tombes pyramidales démontrent une dimension de choix dans l’association au passé. On rompait avec les pratiques exclusivement égyptiennes des élites coloniales du Nouvel Empire au profit d’éléments centraux des pratiques funéraires ancestrales typiquement nubiennes, telles que les superstructures tumuliformes et les lits funéraires. Ainsi, les tumuli d’El Kurru et de Tombos, s’ils sont contemporains, démontre la renaissance de valeurs indigènes en Haute-Nubie au début de la Troisième Période intermédiaire[34].

 

2.      L’apparition des enceintes en fer à cheval et des chapelles (Génération B)

 

La deuxième génération de tombes dans la séquence typologique de Reisner et Dunham est caractérisée par la transformation du mur d’enceinte. Effectivement, alors que celles de la première génération étaient entourées d’un mur d’enceinte circulaire modeste, cette nouvelle série de tombes, toujours à plan rond, est plutôt entourée d’un mur en pierre en forme de fer à cheval. De plus, la tombe Ku. Tum. 6 est marquée par  l’ajout de deux murs en brique crue, communément désignés comme étant une chapelle, apposée au mur Est de la tombe qui, tout comme le mur d’enceinte, s’ouvre vers l’est. Il est probable que des niches pour des offrandes aient été présentes dans les murs Est des tombes précédentes, si l’on prend en considération l’extension du mur d’enceinte à l’est de Ku. 19. Outre ces caractéristiques, la superstructure de la tombe elle-même reste similaire à celle de la génération antérieure. En d’autres mots, celle-ci conserve son plan avec cependant une légère modification : des pierres retrouvées autour de la tombe indiquent qu’elle devait être recouverte de pierre afin de protéger la structure interne[35]. De plus, Kendall propose que la présence de ce revêtement en maçonnerie soit un indicateur clair que les murs étaient désormais verticaux[36]. Toutefois, l’état de conservation rend difficile l’affirmation certaine que cette pratique n’était pas déjà établie durant la première génération. La formule d’enterrement dans une fosse verticale avec niche reste la même que la génération précédente.

 

L’analyse que l’on peut faire de ces données reste ambiguë. L’axe est-ouest des murs, qui sera maintenu dans les tombes futures, suggère l’importance du soleil dans le culte funéraire nubien de l’époque[37]. Ces croyances étaient ainsi soit partagées avec les Égyptiens ou provenaient directement d’eux[38]. De plus, les murs d’enceinte et les chapelles caractéristiques de cette génération sont des éléments présents aussi dans les tombes du Groupe C. On peut donc percevoir un désir de continuité avec la tradition de la part des occupants des tombes ancestrales. Ceci dit, ces attributs anciens peuvent être eux-mêmes d’origine égyptienne. Analysant les trouvailles de Debeira Est, Kendall suggère une évolution, non une apparition soudaine, d’éléments architecturaux égyptiens dans les coutumes nubiennes[39]. Il aborde bien le sujet en disant que cette intégration indique que : « a native Nubian tomb element had merged with an (apparently) Egyptian without any disruption or alteration of traditional belief »[40]. De plus, le renforcement du mur protecteur pourrait refléter l’importance accrue de la division entre le profane et le sacré; dans cette optique, la tombe royale devient un endroit sacré délimité, où un culte peut être voué à l’ancêtre défunt. L’idée est aussi appuyée par l’abandon des tombes par les générations futures, qui contraste avec celle des tombes napatéennes d’Hillat el Arab, par exemple, qui seront réutilisées jusqu’à l’époque méroïtique[41]. En parallèle, l’ajout d’une chapelle marque l’institutionnalisation du culte funéraire des ancêtres et le début d’une formulation de l’idéologie du pouvoir, basée sur le concept de continuité à travers les règnes[42]. En plus d’indiquer la compréhension et l’intégration d’aspects du rituel funéraire égyptien[43], la construction d’une chapelle et d’un mur d’enceinte marque un changement dans la perception de la royauté.

 

3.      Les premiers mastabas (Générations C, D et E)

 

Les tombes des générations C, D et E sont très similaires sur le plan architectural. La génération C de Reisner introduit la modification radicale de la superstructure funéraire des tombes d’El-Kurru. Par opposition au modèle circulaire des deux générations précédentes, le plan carré s’affirme désormais et sera maintenu tout au long de la période d’utilisation de la nécropole. Plusieurs auteurs considèrent Ku. 14 comme étant la tombe transitionnelle entre la forme ronde et carrée[44]. Effectivement, à l’intérieur du plan carré se trouve un plan rond, plus petit que le mur extérieur. Cela suggère l’existence de deux structures superposées intégrant à la fois le traditionnel tumulus et le nouveau mastaba[45]. Les tombes sont entourées d’un mur d’enceinte rectangulaire qui englobe la structure de la chapelle, désormais fabriquée plus durablement en maçonnerie de pierre et non plus en brique crue. De plus, la chapelle, qui jusqu’alors se terminait par un mur vertical, possède maintenant une niche au fond de l’édifice pouvant abriter une stèle[46]. Les matériaux de construction sont les mêmes, avec une seule modification : il semble que Ku. 11 et 10 aient conservé leur première rangée de pierres qui indique non pas un remplissage de débris, comme le voulait la tradition, mais plutôt un remplissage en pierre, plus solide[47]. Pour ce qui est de la substructure, on répète la formule traditionnelle qui sera reprise pour toutes les tombes ancestrales, soit une fosse avec une chambre coupée dans le roc à l’ouest, orientée du Nord au Sud[48], avec un accès par le haut.

 

Néanmoins, un plan carré peut suggérer autant un mastaba, à murs verticaux et sommet plat, qu’une pyramide, dont les murs sont inclinés. Reisner formule l’hypothèse du mastaba après avoir découvert Ku. 13, dont les murs sont conservés sur quatre rangées suggérant un angle vertical et non incliné[49]. La théorie sera adoptée par la majorité des chercheurs[50]. Kendall suggère toutefois l’hypothèse d’une pyramide à base carrée en s’appuyant sur le passé funéraire nubien; effectivement, aucune nécropole nubienne ne contient de mastabas. L’inspiration proviendrait alors de l’architecture funéraire des hauts-fonctionnaires nubiens et égyptiens durant le Nouvel Empire qui auraient construit des pyramides à base carrée avec chapelle adjacente, conformes au modèle illustré dans le Livre des Morts[51]. Kendall résume bien les implications historiques de ce phénomène :

« Given their extensive renewed contact with Egypt or Egyptian religious authorities, the Kurru chiefs of the period might also be expected to have received copies of funerary papyri illustrating such pyramid tombs and to have taken them to their graves. If their own tombs were inspired by direct observation of the New Kingdom pyramids of Nubia, this might, as well, be taken as an indication possibly of a northward expansion of their political control »[52].

 

Török, pour sa part, suggère le site de Debeira Ouest en Basse-Nubie qui contient les tombes des princes indigènes, fortement égyptianisés, de Teh-Khet datant de la XVIIIe dynastie dont le plan architectural adopte la formule de la pyramide-sur-mastaba[53]. Plus près encore, la pyramide de Siamun et Weren à Tombos, avec sa chapelle et son mur d’enceinte, ne serait pas à négliger, tout comme la portée de l’influence de la présence coloniale entre les 3e et 4e cataractes[54]. L’appareil administratif égyptien implanté en Nubie durant le Nouvel Empire était lourd et les fonctionnaires, autant égyptiens que nubiens égyptianisés, étaient enterrés dans des structures qui reflétaient les types égyptiens de la période, soit une forme pyramidale[55]. Ce changement peut aussi être inspiré, d’une manière plus générale, des tombes privées de la région de Thèbes datant du Nouvel Empire, qui adoptent aussi cette forme pyramidale modeste[56]. La déduction de Reisner pourrait découler simplement de sa familiarité avec la séquence égyptienne d’évolution des tombes durant l’Ancien Empire et son désir de conformité avec une séquence établie d’évolution pourrait expliquer son rejet du pyramidion trouvé dans la chapelle de Ku. 8[57]. Hakem, qui supporte comme Reisner l’hypothèse des mastabas et de l’influence égyptienne sur la séquence de tombes d’El-Kurru, rappelle cependant que durant les XXIIe et XXIIIe dynasties en Égypte, la forme du mastaba primait comme modèle de tombe royale[58].

 

Ainsi, cette modification de la superstructure, soit le passage du plan rond au plan carré, peut signifier deux changements. En premier lieu, il indique une altération de l’influence. Alors qu’auparavant l’inspiration provenait de grands royaumes nubiens, désormais on s’inspire d’élites égyptianisées[59]. Ensuite, le passage au plan carré peut aussi refléter une nouvelle perception de la royauté, dans la mesure où l’architecture monumentale était alors exclusivement réservée à la sphère divine ou royale[60]. En plus d’une influence égyptienne sur le style des tombes, la construction plus durable du monument indique un potentiel enrichissement du royaume ou une plus grande attention portée à la solidité et à la protection de la tombe des personnages royaux. En d’autres mots, sous l’influence égyptienne (directe ou via les tombes de l’élite égyptianisée du Nouvel Empire), la perception du pouvoir royal change et les souverains désirent désormais s’inspirer de l’élite du Nouvel Empire. Ce changement ne signifie pas une rupture : le désir de s’inscrire dans la continuité et de se légitimer grâce au passé est toujours présent. Mais les contacts renforcis avec l’Égypte ont permis de prendre connaissance de certains concepts qui seront intégrés dans l’idéologie royale des souverains d’El-Kurru. À ce titre, l’utilisation de la tombe comme outil d’ostentation royal semble marquer les dynastes nubiens. À partir de la génération C, l’influence de concepts égyptiens sur les croyances funéraires nubiennes s’intensifiera à chaque génération.

 

4.      Les mastabas à fosse simple couverte (Génération 1)

 

La génération 1, soit celle du règne de Kashta, le premier ancêtre de la XXVe dynastie dont nous pouvons associer le nom à la tombe, est en apparence du même modèle que les générations précédentes. Les tombes conservent leur plan carré et leur enceinte rectangulaire et maintiennent la superstructure du mastaba ou pyramide-sur-mastaba suggérée plus haut, mais leurs dimensions sont plus imposantes, faisant de Ku. 8 la plus monumentale tombe jusqu’alors. De plus, Ku. 7 dispose d’une chapelle embellie de deux chambres en enfilade (ou une chambre précédée d’un portique à colonnes)[61]. L’accès à la substructure se fait toujours par le haut, mais elle consiste désormais non pas en une fosse à chambre, mais plutôt en une simple fosse de plus grandes dimensions[62]. Ku. 23 est la première tombe à présenter une inhumation au fond d’une fosse recouverte de lattes de pierre, contrairement à l’enterrement traditionnel à l’intérieur d’une alcôve. Ku. 8 et Ku. 7 présentent aussi cette caractéristique, mais de manière plus imposante. Effectivement, en plus d’être de très grande taille, les fosses étaient construites à la manière de chambres à voûte, dont la partie supérieure était vraisemblablement imbriquée dans la superstructure[63]. Cette chambre funéraire avec voûte en encorbellement sera par la suite standard dans les tombes nubiennes de la XXVe dynastie. On pourrait noter qu’à Tombos, l’évolution inverse est observée; les tombes à chambres voutées datent de la période coloniale, comme l’attestent les artéfacts funéraires (sarcophages mommiformes en bois peint, oushebtis, scarabées gravés, etc), alors que les tombes de l’époque napatéenne sont plutôt représentées par la fosse simple, avec ou sans chambre funéraire en axe[64]. Finalement, on assiste à une adoption définitive de l’orientation d’inhumation égyptienne, soit est-ouest, à l’inverse de l’orientation nord-sud, traditionnellement nubienne.

 

La taille supérieure ainsi que ces changements architecturaux sont caractéristiques de l’influence des pratiques funéraires égyptiennes sur la royauté nubienne. Le roi aurait ainsi, selon Kendall, abandonné certaines traditions (notamment l’alcôve) au profit de coutumes égyptiennes qui reflétaient mieux l’augmentation de son statut, de son pouvoir et de sa richesse, tous symptomatiques du développement de l’idéologie royale[65]. Effectivement, Kashta, en tant que pharaon d’Égypte, fut le premier roi nubien à se doter d’une titulature royale[66]. Ce désir de s’affirmer comme légitime pharaon à la fois de la Nubie et de l’Égypte explique le développement de l’idéologie royale, ainsi que la monumentalisation des éléments, à la fois traditionnels et égyptiens, qui amplifient et promeuvent la puissance du roi.

 

5.      Les pyramides avec accès par un escalier souterrain (la XXVe dynastie)

 

La phase finale dans le développement des tombes d’El-Kurru comprend celles de Piye, Shabaqo, Shebitqo et Tanwetamani, dynastes de la XXVe dynastie ainsi que celles de leurs femmes[67]. Sans faire une analyse architecturale de chaque tombe individuelle, certaines tendances évidentes méritent une attention particulière. Premièrement, le changement le plus prononcé et important se remarque dans la superstructure, qui adoptera la forme  maintenue pendant plus de 1000 ans par les rois napatéens et méroïtiques. La controverse entourant le mastaba prend fin avec les tombes de la XXVe dynastie, puisqu’il est généralement admis que la tombe de Piye est presque assurément une pyramide[68]. Évidemment, l’état avancé de déconstruction des tombes du site rend toute affirmation sujette à questionnement[69]. Ceci dit, le nombre de nouvelles pratiques funéraires introduites par Piye appuie l’hypothèse que l’implantation de ce nouveau type de superstructure provienne de son initiative[70]. Ku. 17, la tombe de Piye, comme celle de ses successeurs, est donc une pyramide en pierre à faces planes dont l’angle est plutôt abrupt (généralement entre 60º et 65º[71]), toujours bâtie dans un mur d’enceinte rectangulaire et comprenant une chapelle construite sur la face est. De plus, la tombe de Piye est techniquement plus avancée que celles de ses prédécesseurs. En l’occurrence, la substructure elle-même est taillée dans le roc à une plus grande profondeur et son toit consiste en une voûte en encorbellement à ras le sol de la pyramide. Ce modèle deviendra standard pour les tombes plus tardives. De plus, l’entrée par la fosse est remplacée par un escalier souterrain. On a affaire ici à un long tunnel creusé à l’est de la structure, par-dessous sous la chapelle, qui aboutit à la tombe au moyen d’une entrée voûtée de pierre. Remplaçant les traditionnelles fosses avec niche ou chambre pour le corps, les pyramides consisteront désormais d’une, de deux ou de trois chambres en enfilade, la dernière contenant le corps et son banc funéraire en pierre. Ce progrès technique permet d’ériger la superstructure non plus après que la tombe fut construite, pour la sceller, mais possiblement durant le règne même du pharaon[72]. Un autre changement caractéristique de l’égyptianisation sous Piye consiste en l’emplacement de sa tombe. Jusqu’alors, les tombes des rois successifs se suivaient en ligne droite, avec les tombes de leurs femmes à leur droite. Piye placera toutefois sa tombe devant le groupe ancestral, créant ainsi une nouvelle rangée, et inhumera ses femmes dans un cimetière séparé, dédié aux reines. Kendall suggère que cette coutume fut importée d’Égypte, où Piye aurait vu les cimetières ségrégués des rois et reines des XIXe-XXe dynasties[73].

 

Le passage du mastaba (ou pyramide-sur-mastaba) à la pyramide provient sans l’ombre d’un doute des contacts grandissants avec l’Égypte[74]. Effectivement, le modèle de tombe typique en Égypte pour les hauts-fonctionnaires de l’État reste la pyramide modeste, et ce depuis le Nouvel Empire[75]. Les contacts entre les dynastes et la région thébaine, notamment par le biais de l’instauration de la Divine Adoratrice ainsi que leur installation permanente dans la capitale égyptienne à partir de Shabaqo, explique la compréhension et l’appréciation des tombes des hauts-fonctionnaires de cette région, sans compter que les vice-rois de Kush en Basse-Nubie adoptaient aussi ce modèle[76]. Ce changement idéologique n’était pas confiné au cimetière d’El Kurru; la pyramide napatéenne de Tombos (unité 9) découverte en 2005 exhibe des caractéristiques presque identiques[77]. Pour ce qui est de la signification, nous pouvons avancer que les pharaons nubiens appréciaient la symbolique de la pyramide, qui rattache le monument à un culte solaire[78], ainsi que son lien avec l’idéologie, en tant qu’attribut royal[79]. Ainsi, les modifications architecturales apportées au culte funéraire nubien par Piye sont le résultat de sa campagne en Égypte, dont il reviendra avec des concepts liés à son office de pharaon qui seront utilisés afin de légitimer son règne et celui de ses successeurs. Le modèle adopté restera en vigueur sans modification majeure à El-Kurru, puis sera transporté à Nuri où il continuera d’évoluer.

 

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En conclusion, l’étude de l’architecture des tombes de la XXVe dynastie et de ses ancêtres permet de comprendre l’importance de l’apport égyptien, tout en dégageant une ligne évolutive indiquant les temps et causes des changements. De plus, on remarque que de nombreux attributs indigènes seront maintenus afin de créer un syncrétisme efficace des deux traditions. Alors que la première génération est profondément marquée par l’identification aux anciens royaumes nubiens, tels que Kerma, on peut percevoir, malgré la relative modestie des tombes, un désir de construire un mythe de l’État, c’est-à-dire une unité fondatrice entre le passé et le présent. Ce désir sera perpétué à travers toute la période de fondation du royaume de Kush et dictera l’adoption ou non de certaines coutumes. À cet effet, la rupture avec l’architecture hyper-égyptienne des tombes de hauts-dignitaires du Nouvel Empire par la résurgence d’inhumations traditionnelles nubiennes s’avère être une facette du discours monumental qui vise à associer les nouveaux souverains à leurs ancêtres indigènes. La seconde génération marque une modification dans la perception de la royauté : l’adoption de la chapelle et du mur d’enceinte renforcé, de provenance égyptienne par l’intermédiaire du Groupe C, dénote l’institutionnalisation du culte funéraire des ancêtres ainsi qu’une idéologie du pouvoir basée sur la continuité entre les règnes. Le passage du plan rond au plan carré introduit une période de contacts renouvelés avec l’Égypte et un désir d’adopter une forme monumentale royale, dans l’architecture funéraire, conformément à la montée en puissance de ces nouveaux souverains. L’influence provient non plus des grands royaumes nubiens, mais plutôt de l’élite égyptianisée sous le Nouvel Empire. On pourrait par ailleurs supposer que cette réappropriation des symboles de puissance des dirigeants coloniaux appuie l’idée d’une coexistence paisible entre les deux communautés, égyptienne et koushite, et, indirectement, celle d’une continuité culturelle des legs de la période du Nouvel Empire[80]. Sous Kashta, la taille supérieure de la fosse et l’abandon de certaines caractéristiques nubiennes (notamment l’alcôve) au profit de caractéristiques égyptiennes démontrent l’influence grandissante de l’Égypte et un désir d’exprimer une augmentation du pouvoir du roi. Dans cette optique, l’adoption de pratiques funéraires égyptiennes démontre non pas une acculturation, mais plutôt une réappropriation de certains outils d’ostentation du pouvoir, attentivement sélectionnés par la nouvelle dynastie émergeante. Finalement, la forme presque entièrement égyptianisée des tombes de la XXVe dynastie, telle qu’initiée par Piye, est l’aboutissement de ce processus de constitution de l’État napatéen et de légitimation du pouvoir à travers le maintien de coutumes ancestrales, l’adoption de nouvelles pratiques, leur syncrétisme sélectif ainsi que leur mise à profit dans la construction d’une idéologie royale digne du pharaon des Deux-Terres.

 


[1]Pour une liste complète des publications de Reisner sur les fouilles, voir Dows Dunham, « Notes on the History of Kush : 850 BC – AD 350 », dans American Journal of Archaeology, Vol. 50, No. 3 (Juil. – Sept., 1946), pp.378-379.

[2]Dows Dunham, The Royal Cemeteries of Kush, 5 volumes : I – El-Kurru, II – Nuri, III - Decorated chapels of the Meroitic pyramids at Meroë and Barkal, IV - Royal Tombs at Meroe and Barkal, V - West and South Cemeteries at Meroe, Cambridge : Harvard University Press, 1950-1963.

[3]C’est-à-dire la division des tombes en catégories selon leurs caractéristiques. Reisner suit un schéma d’évolution calqué sur le modèle égyptien. Les premières tombes sont ainsi celles qu’il juge plus primitives, tels les tumuli, alors que les dernières seraient les tombes pyramidales, techniquement plus complexes.

[4]Laszlo Török en dira même : « His interpretation of the burial sequence of the Kushite rulers as the testimony of a long process of cultural decline appeared equally acceptable to them [les contemporains et successeurs de Reisner dans le domaine de l’archéologie nubienne] as well as the suggestion that this decline was determined by the inherent weakness of a native empire and by the inability of an African society to successfully imitate a superior model ». Laszlo Török, The Kingdom of Kush : Handbook of the Napatan-Meroitic Civilization, Leiden : Brill, 1997, p.15.

[5]Ibid., p.17.

[6]L’ouvrage fondateur, une des premières grandes synthèses de l’histoire nubienne et des découvertes archéologiques de l’époque, demeure le travail influent de William Y. Adams en 1977. William Y. Adams, Nubia: Corridor to Africa, Princeton: Princeton University Press, 1977, 797p.

[7]T. Kendall, Kush, lost kingdom of the Nile : a loan exhibition from the Museum of Fine Arts, Boston, September 1981-August 1984, Brockton, Mass. : Brockton Art Museum/Fuller Memorial, 1982, 64p.

[8]C’est-à-dire une chronologie qui étend sur une plus longue période l’évolution des tombes d’El-Kurru. Ainsi, l’interprétation de la poterie, typiquement utilisée afin d’établir un cadre temporel, diffère en ce qui a trait à son usage; pour la chronologie généralement admise, les poteries datant de la XXe dynastie (XIIe-XIe siècles) sont des reliques déjà à cette période, alors que pour les tenants de la longue chronologie il y a synchronisme entre celles-ci et la construction des tombes.

[9]Il publia le résultat de ses recherches quelques années plus tard : T. Kendall, « The Origin of the Napatan State : El-Kurru and the Evidence for Royal Ancestors », dans Studien zum antiken Sudan Meroitica, sous la dir. de S. Wenig, Berlin : Harrassowitz, 1999, pp.3-117.

[10]Laszlo Török, « The emergence of the Kingdom of Kush and her myth of the state in the first millennium BC », dans Cahier de Recherches de l’Institut de Papyrologie et d’Égyptologie de Lille vol. 17: Actes de la VIIIe Conférence Internationale des Études Nubiennes, Lille, 1995, pp.203-228.

[11]R. G. Morkot, « The foundation of the Kushite state : A response to the paper of Laszlo Török », dans Cahier de Recherches de l’Institut de Papyrologie et d’Égyptologie de Lille vol. 17: Actes de la VIIIe Conférence Internationale des Études Nubiennes, Lille, 1995, pp.229-242.

[12]J. W. Yellin, « Egyptian and its ongoing impact on the formation of the Napatan state : A contribution to Laszlo Török’s main paper », dansCahier de Recherches de l’Institut de Papyrologie et d’Égyptologie de Lille vol. 17: Actes de la VIIIe Conférence Internationale des Études Nubiennes, Lille, 1995, pp.243-263.

[13]Morkot (1995), loc. cit., p.229.

[14]Timothy Kendall, et Pawel Wolf. « Excavations in the Palace of Aspelta at Jebel Barkal, March 2007», Sudan & Nubia 11 (2007), pp.82-88.

[15]La prospection a été effectuée en 1997 et le site est en fouille depuis. Pour le plus récent article à ce sujet : Derek A. Welsby, « Surveys at the Fifth Cataract and on the Sudan Military Railway and excavations at Kawa, 2012-13 », Sudan & Nubia 17 (2013), pp.131-136.

[16]Stuart Tyson Smith, « Tombos and the Transition from the New Kingdom to the Napatan Period in Upper Nubia », dans Between the Cataracts: Proceedings of the 11th Conference for Nubian Studies, Warsaw University, 27 August-2 September 2006, Part One, Main Papers, sous la dir. de W. Godlewski et A. Lajtar, Warsaw: Warsaw University Press, 2008, pp.95-115.

[17]Angelika Lohwasser, The Kushite Cemetery of Sanam. A Non-Royal Burial Ground of the Nubian Capital, c. 800-600 BC, London: Golden House Publications, 2010, 150p.

[18]Geoff Emberling et Rachael Dann, « New Excavations at El Kurru: Beyond the Napatan Royal Cemetery », Sudan & Nubia 17 (2013), pp.42-60.

 

[19]Ces textes ne font d’ailleurs qu’allusion aux évènements sans toutefois les clarifier. Ils sont répertoriés dans T. Eide, T. Hägg, R. H. Pierce, L. Török, Fontes Historiae Nubiorum. Textual Sources for the History of the Middle Nile Region between the Eighth Century BC and Sixth Century AD, Vol. 1: From the Eighth to the Mid-Fifth Century BC, Bergen : University of Bergen, 1994, 343p.

[20]De par la contrainte d’espace, nous avons malheureusement dû sacrifier l’étude des artéfacts et des peintures murales, qui tout deux sont particulièrement éclairants sur la question abordée ici. Nous tenons cependant à préciser que les conclusions auxquelles nous arrivons dans notre analyse des objets et peintures retrouvés dans les tombes s’alignent avec celles que nous étayerons dans le présent article. Nous espérons pouvoir publier sous peu les résultats des recherches en question.

 

[21]Kendall (1999), loc. cit., p.11. Afin d’accéder aux richesses, les pilleurs ont détruit les structures sans discrimination et il ne reste aujourd’hui que des plans au sol de leur emplacement. Seuls Ku.1 et 2, les tombes tardives, sont conservées et ce, qu’au niveau d’un monticule rocheux.

[22]Cependant, il est important de noter que la chronologie des tombes reste fortement disputée parmi les chercheurs. Que ce soit en ce qui a trait à leur chronologie absolue, ou bien à l’ordre de construction des monuments, plusieurs positions divergentes s’affrontent, toutes ayant un certain mérite. Au cours de ce travail, la chronologie sera mise de côté au profit d’une analyse des caractéristiques.

[23]Kendall (1999), loc. cit.,p.15. Dunham (1950), loc. cit.,p.121-122. Dunham et Reisner qualifient cette superstructure de « simple circular gravel mound, pebble- or rubble-pitched, covering the grave ».

[24]Kendall (1999), loc. cit., p.15.

[25]Dunham (1950).loc. cit., p. 121-122. A. M. A. Hakem, Meroitic Architecture : A Backround of An African Civilization, Khartoum : Khartoum University Press, 1988, p.241.

[26]Kendall (1999), loc. cit., p.11. Il n’y avait donc aucun tunnel ou chambre liant l’intérieur de la superstructure à l’intérieur de la substructure, contrairement aux pyramides monumentales de l’Ancien Empire. Derek A. Welsby, The Kingdom of Kush : The Napatan and Meroitic Empires, Princeton : Markus Wiener Publishers, 1998, p.86.

 

[27]F. Geus, « Burial Customs in the Upper Main Nile : an overview », dans Egypt and Africa : Nubia from Prehistory to Islam, sous la dir. de W. V. Davies, London : British Museum Press, 1991, p.59.

[28]Török (1997), op.cit., p.118-119.

[29]Kendall (1999), loc. cit., p.18.

[30]Irene Vincentelli, « Napatan cemeteries : The case of Hillat el Arab », dans Acta Nubica : proceedings of the 10th International Conference of Nubian studies, Rome, 9-14 September 2002, sous la dir. de Isabella Caneva et Alessandro Roccati, Rome : Istituto Poligrafico e Zecca dello Stato, Libreria dello Stato, 2006, pp.163-170.

[31]Török (1997), op. cit., p.120.

[32]Geus (1991), loc. cit., p.65.

[33]Stuart Tyson Smith  (2008), loc. cit., p.105.

[34]Ibid, p.106.

[35]Dunham (1950), loc. cit., p.122. Il nomme le modèle « improved tumuli ». Török (1997), op. cit., p.116.

[36]Kendall (1999),loc. cit.,  p.20.

[37]Ibid., p.18.

[38]Welsby (1998), op. cit., p.81. Il ajoute que la pratique de la vénération du soleil était fort commune, et non exclusive à l’Égypte.

[39]Kendall (1999), loc. cit., p.19.

[40]Ibidem.

[41]Irene Vincentelli (2006), loc. cit., p.166. On peut aussi attribuer ceci à l’abandon du site d’El Kurru.

[42]Török (1997), op. cit., p.122. Welsby (1998), op. cit., p.88. Yellin (1995), loc. cit., p.246.

[43]Török (1997), op. cit., p.121. L’auteur suggère la présence de prêtres égyptiens près de la cour royale nubienne, si on peut l’appeler ainsi. Nous sommes plutôt de l’avis que la culture égyptienne devait être relativement bien connue des souverains nubiens qui, depuis des siècles, entretiennent des liens commerciaux et diplomatiques avec leur voisin du nord.

[44]Kendall (1999), loc. cit., p.26. Hakem (1988), op. cit., p.243. Kendall mentionne aussi Ku. Tum. 2 (que Reisner classe dans la génération D et non C), qui aurait un plan similaire : une structure carrée à l’intérieur d’un plus grand tumulus. Pour lui, ces deux tombes suggèrent l’existence d’un type transitoire entre les tumuli et les mastabas.

[45]Reisner (George Andrew Reisner, « Discovery of the Tombs of the XXVth Dynasty at El-Kurruw in Dongola Province », dans Sudan Notes and Records, Vol. II, No. 4, 1919, p.240), Török (1997, op. cit., p.117) et Dixon (D. M. Dixon, « The Origin of the Kingdom of Kush (Napata-Meroe) », dans Journal of Egyptian Archaeology, Vol. 50, 1964, p.124) croient cependant que les deux plans sont successifs : le tumulus fut construit avant, puis remplacé par un mastaba. Kendall (1999, loc. cit., p.26) avance plutôt que l’un n’exclut pas l’autre et que le tumulus se situait à l’intérieur du mastaba. Welsby (1998,op. cit., p.100) approuve, d’une manière plutôt ambiguë. Pour d’autres exemples de tombes à structures circulaires comprises dans une enveloppe rectangulaire, voir le site de Sedeinga, fouillé récemment par Vincent Francigny et Claude Rilly. C. Rilly and V. Francigny, « Excavations of the French Archaeological Mission in Sedeinga, 2011 Season » dans Sudan & Nubia 16 (2012), pp. 60-71.

[46]Welsby (1998), op. cit., p.110.

[47]Kendall (1999), loc. cit., p.30.

[48]Ku. 14 est l’exception à la règle; son orientation est-ouest, typiquement égyptienne, ne sera pas répétée dans les tombes de ces successeurs et ne sera adoptée qu’avec la venue de la XXVe dynastie. Cela peut signifier une erreur, quoiqu’improbable, ou encore un désir de conformité avec les traditions égyptiennes. Cette dernière hypothèse, plus plausible, suggère un contact assez fort entre les deux cultures pour outrepasser une tradition funéraire bien ancrée. Ibid., p.26.

[49]Ibid., p.27.

[50]Hakem (1988), op. cit., p.243.

[51]Kendall (1999), loc. cit., p.27. À ce titre, nous pouvons nous référer aux cimetières coloniaux, comme par exemple Aniba, Sai ou Soleb.

[52]Ibidem.

[53]Török (1997), op. cit., p.121.

[54]Stuart Tyson Smith (2008), loc. cit., p.97-100.

[55]Hakem (1988), op. cit., p.237.

[56]Török (1997), op. cit., p.121.

[57]Kendall (1999), loc. cit., p.27 et p.36. Cet article n’est pas photographié, ni n’a-t-il été ramené de l’expédition à Boston. Kendall utilise un sketch retrouvé dans le journal de bord de Reisner (26 avril 1919, fig. 16) pour déduire l’utilité de l’objet.

[58]Hakem (1988), op. cit., p.245.

[59]Tous les auteurs sauf O’Connor (David O’Connor, Ancient Nubia : Egypt’s Rival in Africa, Philadelphia : University Museum of Archaeology and Anthropology, University of Pennsylvania, 1993, 178p.) s’entendent sur l’origine égyptienne du plan carré. Pour ce dernier (p.69), l’évolution du plan rond au plan carré est un processus purement indigène, qui ne démontre ni l’influence égyptienne, ni la présence de conseillers égyptiens. Pour lui, le mastaba n’est que la forme monumentalisée du tumulus nubien, gardant effectivement des dimensions similaires et s’inscrivant dans une évolution continue et non une rupture, comme le démontre Ku. 14.

[60]Török (1997), op. cit., p.332.

 

[61]Kendall (1999), loc. cit., p.37.

[62]Ibid., p.34.

[63]Kendall (1999), loc. cit., p.36. Török (1997), op. cit., p.118. Welsby (1998), op. cit., p.101. Dunham pour sa part (1950, op. cit., p.44-46) ne rapporte aucune preuve d’une telle construction.

[64]Stuart Tyson Smith (2008), loc. cit., p.105.

[65]Kendall (1999), loc. cit., p.36. Le concept de « kingship ideology » sera longuement traité par Török (1997, op. cit., chap. 5 : The intellectual foundations of the kingdom of Kush).

[66]T. Eide,  et al. (1994), op. cit., p.42-44. Le nom d’Alara sera cependant le premier entouré d’un cartouche, faisant de lui le fondateur de la dynastie. Peter James (1991, p.210) ajoute que le nom royal de Kashta n’a pas encore la forme de la pleine titulature pharaonique, telle qu’elle sera adoptée par Piye et ses successeurs. Peter James, Centuries of Darkness : A challenge to the conventional chronology of Old World archaeology, chap.9, « The Empty Years of Nubian History », London : Jonathan Cape, 1991, pp.204-219.

[67]Taharqo, pharaon le mieux connu de la XXVe dynastie, fit construire sa tombe à Nuri. Cependant, son successeur, Tanwetamani, retournera à la tradition et sera inhumé à El-Kurru. Par la suite, la nécropole de Nuri redeviendra en usage.

[68]Dunham (1946), loc. cit., p.381.  De tous les auteurs consultés, seul Hakem doute de la forme après Piye. Il propose (1988, op. cit., p.244), en argumentant que les tendances funéraires sont portées à changement très lent et graduel, que les superstructures des monuments funéraires des pharaons de la XXVe dynastie sont en fait, comme leurs ancêtres, des mastabas. Pour lui, le retour de Tanwetamani à El-Kurru démontre le rejet de la nouvelle tradition instaurée par Taharqa, soit la tombe pyramidale à Nuri, et un retour aux traditions ancestrales. Shinnie (P.L. Shinnie., Ancient Nubia, London : Keegan Paul International, 1996, p.100) questionne aussi l’association de Piye à la forme pyramidale, mentionnant la possibilité du maintien des mastabas, sans toutefois adopter l’hypothèse.

[69]Welsby (1998), op. cit., p.105.

[70]Kendall (1999), loc. cit., p.38. Parmi celles-ci, on peut rapidement nommer l’inhumation dans un sarcophage de bois peint, la présence d’oushebtis et de vases canopes, ainsi que de nombreuses amulettes.

[71]Welsby (1998), op. cit., p.106.

[72]Kendall (1999), loc. cit., p.38. Welsby (1998), op. cit., p.103. Hakem (1988), op. cit., p.249.

[73]Kendall (1999), loc. cit., p.40.

[74]Hakem (1988, op. cit., p.232) ajoute que l’idée de la pyramide provient sans doute d’un prototype égyptien, mais que le modèle fut adapté et ainsi acquit des caractéristiques typiquement nubiennes, telles que la continuité de la chapelle. O’Connor (1993, op. cit., p.69) appuie la même hypothèse.

[75]Shinnie (1996), op. cit., p.100. Ce type de pyramides fut utilisé pour les tombes durant la XVIIIe jusqu’à la XXe dynastie, Deir El-Medineh en étant l’exemple le plus connu.

[76]Török (1997),op. cit., p.165.

[77]Stuart Tyson Smith (2008), loc. cit., p.106-111. Une étude comparative des tombes d’El-Kurru et de Tombos serait d’une utilité indéniable dans l’établissement d’une chronologie fiable des pratiques funéraires de la période.

[78]Welsby (1998), op. cit., p.91. Hakem (1988), op. cit., p.236.

[79]Hakem (1988), op. cit., p.239.

[80]Le site de Tombos et l’analyse des fouilles qu’en fait Stuart Tyson Smith pourrait bien s’avérer être le chainon manquant qui viendra éclairer cette période peu connue. L’archéologue met de l’avant l’image d’une communauté multiculturelle prospère et rayonnante, sans rupture entre le gouvernement colonial du Nouvel Empire et le pouvoir napatéen.