Par
Lorraine Honet
Université du Québec à Montréal

 

            Si Héron d’Alexandrie avait poussé un peu plus avant ses recherches sur la technique de la vapeur[1] lorsqu’il a inventé son éolipyle, il aurait très certainement pu inventer la machine à vapeur moderne avec 17 siècles d’avance. Cette affirmation réductrice, assez courante chez les historiens spécialistes de la science et le machinisme de l’Antiquité permet, malgré son côté uchronique, de dégager deux constats d’importance. Primo, l’érudition des Grecs de l’Antiquité était assez importante pour qu’elle ait mené à des inventions de type scientifique ; secundo, un phénomène quelconque semble avoir, a priori, freiné ou bloqué le développement ou l’application de la science. Avanttoute chose, il est important de spécifier que le simple fait d’utiliser le mot « science », lorsqu’on fait référence à la Grèce antique, est un anachronisme[2] ! Peut-être avons-nous tort, en effet, d’associer les mots science et technologie. Bien que cela soit discutable, l’historien D. Lee, affirme qu’il n’existe pas dans la langue grecque ancienne, de termes propres indiquant un quelconque parallèle avec ce que nous pouvons nous, modernes, qualifier de scientifique[3]. Quoi qu’il en soit, ces savants grecs (philosophes, mathématiciens, astronomes, médecins, techniciens, mécaniciens), que nous considérons communément comme des « scientifiques », avaient une vision très différente de nous de la nature de leurs recherches[4]. Toutefois, on peut remarquer le cheminement d’une réflexion féconde et originale, à caractère scientifique, se développer. Nous le verrons, les VIe et Ve siècles ont été féconds en inventions de toutes sortes. Certaines de ces innovations[5] ont fasciné les rois, d’autres, ont effrayé certains Grecs plus conservateurs, comme les magistrats religieux. Espinas établit que c’est aux alentours du Ve siècle av. J.-C., que les « savants » de l’époque ont désormais conscience de la naissance de la technologie, notamment grâce à la rédaction, par les sophistes, de manuels relatifs à différentes technaï[6]. Il faut toutefois patienter jusqu’à l’époque hellénistique[7] avant que la technique et la science ne prennent réellement leur envol grâce, notamment, à la fantastique cité de l’innovation qu’était l’Alexandrie des généreux[8] Ptolémées. Malgré cela, la société en général, pourtant fière d’appartenir au peuple inventeur de la philosophie, de la science, de la morale et de la politique, semble rester fermée à l’idée du progrès technique[9].

     D’un point de vue historiographique, on voit apparaître la notion de « blocage » technique dans un article[10] publié par G. Lumbroso-Ferrer, dès 1920. Peu après, c’est au tour de R. Lefèbvre des Noëttes d’affirmer que les Grecs auraient refusé le progrès technique[11]. Ses hypothèses, bien qu’erronées, ont eu le mérite d’ouvrir un nouveau champ de recherche historique portant sur l’histoire des sciences et des techniques. Tour à tour, P. M. Schuhl[12], A. Aymard[13] etP. Vernant[14] avancent des théories différentes liées au « blocage » technique. À partir des années 60, ce consensus est remis en question. Avec les nuances de B. Gille, tout d’abord[15] et avec les démentis de M.-C. Amouretti et A. Balansard, par la suite[16].

     En partant du constat d’un probable « blocage » technique, une question s’impose : les raisons du blocage sont-elles d’ordre interne (intellectuel), ou sont-elles dues à des facteurs externes (physiques, économiques)? Cette recherche, qui se veut être, avant tout, une récapitulation des causes qui ont eu le plus de poids dans le « blocage » technique, s’intéressera à la période de la Grèce antique se situant entre le Ve et le Ier siècle av. J.-C., car le développement de la technique se situe principalement dans cette fourchette temporelle.

            Afin de répondre au mieux à notre travail, nous avons utilisé les sources de philosophes comme Platon et Aristote ainsi que les traités de certains scientifiques comme Philon de Byzance, ou Héron d’Alexandrie[17]. Ces textes permettront d’aborder à la fois le point de vue des philosophes sur la science et les codes sociaux, et ceux des scientifiques. Un certain nombre de textes issus d’auteurs plus tardifs comme Aristarque de Samos ou Plutarque[18] ont aussi été choisis afin d’apporter un point de vue complémentaire.

            D’un point de vue méthodologique, nous avons choisi de diviser ce travail en deux grandes parties. La première qui aborde les causes internes/intellectuelles est elle-même divisée en trois sous-parties. Est abordée en premier lieu la dévalorisation du travail grâce à l’association esclave/artisan et à l’opposition agriculteur/artisan afin de comprendre pourquoi certains préjugés ont réussi à être assimilés collectivement dans les mentalités. Ensuite, nous observerons le développement de l’appareil conceptuel propre à la technique de l’époque qui a de la difficulté à se définir en dehors de la sophistique, et enfin, nous verrons le caractère hérétique que pouvaient porter en elles certaines théories. Dans la seconde partie, nous passerons aux causes externes en les analysant encore en trois sous-parties soit : les problèmes liés aux lois inconnues de la physique; les contraintes techniques résultant de technologies inadéquates ainsi que le manque de ressources; et enfin, le manque général d’intérêt des grands propriétaires terriens pour l’innovation. En alliant l’analyse des principales causes internes, liées aux mentalités de l’époque, à celles externes, reliées à des contraintes physiques et économiques, nous aurons un portrait plus large des raisons ayant pu mener à un « blocage » de la technique.

 

1.  CAUSES INTERNES

 

1.1.            La dépréciation du travail manuel dans l’organisation sociale

 

            1.1.1 Par le biais de l’association esclave/artisan

 

            La Grèce antique, en tant que société esclavagiste, possède une main-d’œuvre servile très abondante. Cette situation a fini, nous le verrons, par créer un amalgame dépréciatif entre le travail manuel des esclaves et celui des artisans. Aristote livre, à ce sujet, une définition de l’esclave tout à fait particulière qui montre bien que les esclaves étaient à cette époque considérés comme de simples machines vivantes : « […]les instruments sont soit inanimés, soit animés, par exemple pour le pilote, le gouvernail est un instrument inanimé […] ; de même […] [pour] la propriété familiale […] l'esclave est un bien acquis animé […].L’historien G. Glotz, lui, met en exergue le fait qu’à Épidaure, « […] l’infamie attachée aux besognes manuelles oblige l’État à les constituer en service administratif confié à des esclaves publics »[19]. Or, cette vision de l’esclave chez les Anciens a eu l’effet pervers d’instaurer une hiérarchie des valeurs tout à fait particulière dans la cité. Le travail manuel des artisans, par association aux esclaves, y est désormais méprisé. Ajoutons à cela le fait que les métiers manuels ne sont pas réservés uniquement aux hommes libres, mais que les métèques et les esclaves travaillent avec eux dans les ateliers, facteur ajoutant à l’opprobre du statut d’artisan. Nous apprenons d’ailleurs qu’au IVe siècle av. J.-C., le nombre d’esclaves assignés à des tâches artisanales dans la cité d’Athènes dépasse fort possiblement le nombre d’hommes libres qui exercent ce métier[20], à un point tel que, lorsqu’un atelier ferme, Démosthène utilise les deux formules suivantes comme synonymes d’une même situation : « Ils ont fait disparaître l’ergastêrion [atelier] » et « Ils ont fait disparaître les esclaves »[21].

            Selon Aristote, alors que les métiers des hommes libres nécessitent la prudence et la réflexion, les métiers serviles, eux, ne nécessitent qu’une obéissance passive[22]. De ce fait, si l’on considère que l’artisan ne produit un ouvrage que dans le but de satisfaire un besoin, il se coince donc lui-même dans une position de servilité[23]. En outre, travaillant de façon routinière dans un cadre bien défini, il ne maîtrise son métier que grâce à la connaissance de recettes léguées par ses prédécesseurs. Il doit donc s’aliéner, à la reproduction parfaite de la forme du modèle sans pouvoir exercer librement son intelligence[24]. J.-P. Vernant souligne aussi que la façon de penser de l’époque implique que « […] l’homme “agit” quand il utilise les choses, non quand il les fabrique, ce qui est traduit en grec par le mot πρᾶζις. L’idéal de l’homme libre [et actif] est d’être universellement usager, jamais producteur »[25]. Selon Xénophon, « […] ces arts vulgaires impliquent une absence totale de loisirs et empêchent les hommes de mener une vie sociale et civique »[26]. D’un point de vue politique, on le sait, Platon[27] et Aristote[28] se sont même opposés à ce que, dans leur cité idéale, les travailleurs manuels puissent être considérés comme des citoyens. Il faut toutefois nuancer le point de vue de Platon, qui tergiverse à la fois contre le travail dit « manuel » et fait preuve d’admiration face aux artisans experts capables de produire de beaux objets. Un des passages du Gorgias témoigne de cette contradiction, lorsqu’il demande à Calliclès : « […] de quel droit méprises-tu le machiniste […] »[29]. Malgré ces exemples parfois ambivalents, nous dénotons toutefois qu’au final, le mépris qui était généralement porté sur les artisans semble s’être transmis aux techniciens et aux inventeurs[30].

            La présence des esclaves a donc transmis la vision négative du travail servile aux artisans. Toutefois, la dépréciation du travail manuel dans l’organisation sociale ne se cantonne pas à la seule présence des esclaves. On remarque que les Grecs déprécient aussi le travail de l’artisan en l’opposant au « noble » et dur labeur de l’agriculteur. On va le voir, en créant une échelle de valeurs entre les différents métiers, les conditions sont plus que propices pour un « blocage » de la technique.

 

            1.1.2. Par le biais de l’opposition agriculteur/artisan

 

            À la lumière des affirmations précédentes, il est important de définir ce qu’est letravail pour un Grec. On le voit, dans le vocabulaire grec, le mot πόνοςqui est utilisé pour indiquer « […] toutes les activités qui exigent un effort pénible, pas seulement aux tâches productrices de valeurs socialement utiles »[31], n’est pas synonyme de travail, mais bien de labeur. J.-P. Vernant, écrit, du reste, que le terme à associer à la production de l’artisan se rattache plutôt au verbe ποιεῖν – c’est-à-dire faire, fabriquer quelque chose dont la fin n’est pas en elle-même – et que celui-ci doit être opposé au terme πράττειν, qui signifie plutôt l’action dont la seule fin est son seul accomplissement, sans but de production[32]. Il semble donc exister même au niveau du langage, une hiérarchie du travail. Pourtant, contrairement au travail de l’artisan, le travail rude de l’agriculteur semble être considéré de façon positive dans la culture grecque. Quelles sont les raisons pour lesquelles ce dernier a droit aux honneurs ? À cet égard, Hésiode a d’ailleurs été le premier au VIIe siècle à écrire un hymne au travail agricole dans Les Travaux et les jours. En analysant ce texte, on remarque que le laboureur ne considère pas uniquement son labeur d’un point de vue alimentaire. Il arrose aussi le sol de la sueur de son front dans le but de s’attirer les faveurs de la déesse Déméter. Son travail est donc aussi lié à la religion, car c’est un acte pieusement codifié et réglé par la nature et les saisons, d’échange, de contacts avec la sphère divine[33]. De surcroît, on l’associe aussi à l’activité guerrière, car ces deux occupations sont tout autant synonymes d’énergie, d’efforts, de virilité, de mérite, l’une que l’autre[34]. Il semblerait, selon le point de vue des Anciens, que chaque homme courageux peut, sans connaissances particulières, exercer la culture de la terre, car la seule chose qu’on lui demande est d’être vigoureux et observateur de cette nature qui lui livre ses bienfaits sans artifices et sans secrets. Xénophon illustre cette affirmation lorsqu’il écrit : « La terre […] permet de très bien discerner les gens qui valent quelque chose et ceux qui ne valent rien. Les paresseux, en effet, ne peuvent pas, comme dans les autres arts, prétexter qu’ils n’y connaissent rien »[35]. L’agriculteur est donc l’antithèse de l’artisan qui pratique son art grâce à la transmission des secrets de ses pairs et qui vit dans la Cité, assis toute la journée dans son atelier et dans une activité, que décrit Xénophon, comme étant amollissante pour le corps et source de lâcheté pour l’âme humaine[36]. Une situation qui amène aussi Aristote à affirmer qu’une cité idéale, à ses yeux, ne devrait pas comporter de citoyens artisans[37]. Malgré tout, ce dernier a aussi sa place dans la structure et il participe, grâce à la division du travail, à équilibrer le corps social de la Cité.[38] Malheureusement, son activité l’empêche d’avoir le temps de se consacrer à la chose politique, ce qui est mal vu. On le sait, à l’époque classique, la participation politique est un idéal que l’on prône sans réserve chez les philosophes. Ainsi, « […] la contemplation, la vie libérale et oisive, le domaine du naturel […] [s’opposent au] pratique, à l’utilitaire [au] travail servile et [à] l’artificiel »[39]. C’est ainsi que l’affirmation de la supériorité de la pensée pure sur l’action est mise de l’avant et implique donc au final la déconsidération des arts mécaniques face aux arts libéraux[40]. Or, ces derniers vont de pair avec l’abondance de temps libre, ce dont les artisans ne peuvent bénéficier. L’association péjorative du travail manuel des esclaves à celui des artisans, la dévalorisation du travail de ces derniers face à celui des vigoureux agriculteurs, la dépréciation des arts mécaniques face aux arts libéraux expliquent donc en partie, et d’un point de purement intellectuel, l’idée de « blocage » technique. Mais ce n’est pas tout! Il faut aussi se tourner vers l’importance de la rhétorique, pour comprendre à quel point cette dernière a pu, à sa façon, créer un obstacle intellectuel de taille à la pensée technique en l’empêchant de développer son propre appareil conceptuel.

 

1.2. Le manque d’un appareil conceptuel propre à la technique

 

            C’est vers le milieu du Ve siècle av. J.-C. que la rhétorique connaît un essor important. Effectivement, c’est grâce à la participation de plus en plus nombreuse des citoyens à la vie politique de leur cité que l’art de l’argumentation trouve, dans les débats ou les tribunaux, toute son importance[41]. Cet art oratoire, issu des sophistes, influence d’ailleurs directement les savants et leur discours. Or, même si le but de la rhétorique et celui de la science de la nature sont différents, car la première cherche à persuader tandis que la seconde prône la vérité, on peut retrouver dans certains ouvrages à caractère scientifique, et en particulier dans les traités de médecine, un grand nombre d’éléments sophistiques ou rhétoriques tels des dialogues fictifs élaborés par questions et réponses[42]. En effet, les médecins, qui travaillent de manière autonome, se trouvent dans « […] une situation complexe et compétitive, qui [exige] souvent [qu’ils exercent leur] habilité à persuader et à discuter »[43]. Ils doivent donc user d’arguments convaincants afin de convaincre le patient de faire appel à leurs soins plutôt qu’à ceux d’un autre. Mais la rhétorique a aussi une influence indirecte sur « […] l’élaboration d’une notion rigoureuse de la démonstration […] du moins chez Platon […] »[44] qui, à la recherche de la vérité, se pose en fervent détracteur des sophistes. C’est lui qui a étudié en premier la notion des hypothèses afin de préciser des définitions au niveau des mathématiques ainsi que dans les autres disciplines du savoir[45]. Toutefois, il ne va pas plus loin et nie l’utilité de l’étape de l’observation, car, pour lui, les sens qui servent à observer ne sont pas fiables[46]. C’est donc à partir de ces influences philosophiques que la science se nourrit de façon primordiale. Cependant, il est généralement admis que la faiblesse majeure de la pensée technique réside dans le fait qu’elle ne développe pas de théorie empirique lui permettant de développer son propre appareil conceptuel. À première vue, la science grecque semble généralement se refuser à se lancer dans la recherche délibérée et dans l’observation. Les philosophes qui s’intéressent à la formulation de théories scientifiques, il est vrai, considèrent la science comme n’étant qu’un moyen et non comme une fin en soi. On peut d’ailleurs citer en exemple les philosophes épicuriens et stoïciens qui, quoique pour des époques différentes, s’y refusèrent alors qu’ils tentèrent pourtant de formuler les causes de certains phénomènes célestes, météorologiques et biologiques[47]. Malgré tout, ce soi-disant refus de la recherche délibérée et de l’observation est contestable puisque certains philosophes physiciens s’y intéressent de près. Aristote, notamment, bien que partageant nombre des idées de Platon, ne voit pas la perception et l’expérience de la même façon que celui-ci. À bien des égards, sa théorie de la connaissance indique qu’il leur attribue une place beaucoup plus positive et fondamentale que son prédécesseur[48]. Plus tard, un autre philosophe, Straton de Lampsaque[49], aurait été celui qui tenta le plus d’utiliser l’expérimentation afin d’étudier la physique[50].

            La différence semble encore plus significative lorsqu’on étudie les savants qui ne se définissent pas comme étant des philosophes, mais bien comme étant des mathématiciens ou des médecins. En effet, on trouve déjà chez les médecins du Ve av. J.-C., bien qu’influencés par les postulats de la philosophie de Platon, des exemples[51] de méthodes empiriques et d’observations[52]. Par exemple, des descriptions détaillées de symptômes journaliers[53] de patients et parfois même de dissections, même si cela reste assez rare. Certains ouvrages comme Des lieux dans l’homme et Des chairs nous fournissent des descriptions si détaillées des organes sensoriels et des vaisseaux sanguins, qu’on les imagine mal parvenir à de tels résultats sans passer, dans certains cas, par la dissection. Toutefois, cette technique n’est nullement mentionnée dans les textes et on ne peut donc que supposer son utilisation[54]. Par contre, la dissection devient partie intégrante des recherches d’Aristote et de ses collègues du Lycée au IVe siècle. Malgré le recours à l’observation et à l’expérience par de nombreux « savants » médecins ou mathématiciens, et après l’analyse de nombreux traités ayant eu recours à ces techniques, un constat majeur s’impose : dans une grande majorité des cas, ces savants s’en sont servis pour étayer leurs théories et non pour les mettre à l’épreuve. Parfois, certains résultats sont même arrondis afin de coller à une théorie[55]. Cela montre, comme le résume l’historien Lloyd, qu’ils n’ont pas compris : « […] la nécessité de la vérification rigoureuse et répétée des résultats, de leur confrontation avec les données accumulées, de l’enregistrement et de la présentation minutieuse et exacte de ces données »[56].

            En fin de compte, il n’y a pas d’orthodoxie à proprement parler quant à l’utilisation de l’observation et de l’expérimentation. Ce ne sont finalement que des moyens dialectiques pour convaincre[57]. Certains comme Platon s’y sont d’ailleurs largement opposé tandis que d’autres, comme Aristote, y voient un avantage certain, et cela, autant en ce qui concerne les philosophes que les autres savants. En conclusion, même si à la base la science et la technique se servent des mêmes outils que la philosophie, on ne peut lui nier l’existence de son propre appareil conceptuel. Il n’est pas inscrit, il est vrai, dans une doctrine commune et il est mal ou peu utilisé, mais il est présent malgré son imperfection. Pour l’instant toutefois, cet appareil conceptuel embryonnaire trop imparfait ne permet pas à la technique de déployer son plein potentiel et la bloque aussi à sa façon. De plus, dès qu’une théorie scientifique plus visionnaire tente de s’imposer face aux paradigmes communément admis, un nouvel obstacle intellectuel se dresse : l’accusation d’hérésie.

1.3. Le caractère hérétique de certaines théories

 

            On ne l’oublie pas, la rationalité est née en Grèce, mais cela ne veut pas nécessairement dire que les Grecs ont de ce fait délaissé leurs dieux. Il semble d’ailleurs qu’à l’époque, une controverse en rapport à la place de la Terre au centre de l’univers ait eu raison de certaines théories et bloqua, à sa façon, l’avancée de la pensée technique. Cette crise de la pensée a eu lieu à la fin du IVe siècle av. J.-C. entre l’Académie et le Lycée à Athènes. En effet, la nature de l’Univers, comme Aristote le décrit dans son traité Sur les Cieux, implique que, puisque Dieu est éternel et que les Cieux sont divins, les mouvements des astres par extension sont donc, eux aussi, éternels. Ainsi, les Cieux ne sont, pour lui, qu’une sphère qui tourne sur elle-même et dont le centre exact, qui est la Terre, reste immobile. Une vision des choses qui est aussi partagée par les Pythagoriciens, les Platoniciens et les Stoïciens. Soutenir une autre position est à leurs yeux une réelle hérésie[58]. Il semble toutefois, selon B. Farrington, que les astronomes de l’époque sont déchirés entre les croyances généralement admises et les observations qu’ils font du ciel. La résistance à de nouvelles théories semble en effet grande au niveau de certains prêtres, philosophes, rois ou astronomes. Les seuls à affirmer leur opposition sont les Épicuriens, car selon eux, les astres ne sont que des masses mortes qui composent la sphère céleste et qui n’ont rien à voir avec les dieux[59]. Apparemment, selon Lucrèce, ces derniers ont d’ailleurs eu beaucoup de mal à ce que leurs propres partisans corroborent cette thèse, craignant certainement une damnation potentielle[60] ou une accusation pour impiété. Ainsi, c’est Plutarque qui écrit que Cléanthe « […] pensait que les Grecs devaient traduire Aristarque de Samos en jugement pour cause d’impiété, parce qu’il avait mis en mouvement le foyer de l’univers »[61]. C’est la raison pour laquelle les Grecs semblent rejeter les théories des astronomes Héraclide du Pont et Aristarque de Samos[62] qui soutenaient une vision géocentrique de l’univers. Ce refus marque « […] un retard [ponctuel] dans la formation d’idées justes sur la forme et la dimension de l’univers [qui entrave] les spéculations mécaniques et physiques sur le mouvement et les substances des astres »[63]. Même si cela n’a pas empêché d’autres astronomes célèbres, comme Hipparque et Claude Ptolémée[64], de formuler d’autres hypothèses, on constate que la religion perçoit les théories scientifiques progressistes comme étant contraires à ses valeurs. Cette situation montre la réticence de certains personnages influents à admettre que la science, et donc le progrès technique en général, puisse être un objet de vérité à promouvoir.

            Face aux différentes raisons intellectuelles qui ont été exposées, il est désormais nécessaire de se pencher sur les causes externes pouvant expliquer d’une façon plus terre à terre pourquoi, malgré la présence d’idées et de théories parfois novatrices, ces dernières ont été bloquées. En effet, même si la mentalité d’une époque peut créer un obstacle de taille pour le développement de la science, cette dernière ne peut expliquer à elle seule l’entrave de la technique. La méconnaissance des lois de la nature, les contraintes techniques, le manque de ressources naturelles et le manque d’intérêt économique sont des facteurs externes qui doivent aussi être pris en compte dans l’équation du « blocage » technique.

 

2. CAUSES EXTERNES

 

2. 1. Les lois inconnues de la physique

            Toute invention technique implique un passage de la théorisation pure à l’action de création. Un passage de la vie deMarcellus est absolument éloquent à ce sujet. L’histoire nous raconte que Platon se fâche contre Archytas et Eudoxe suite à leur utilisation d’appareils mécaniques dans le but de résoudre un problème d’ordre géométrique.

            …Mais Platon se fâcha et leur reprocha obstinément de ruiner et de
            déprécier la géométrie, qui, par leur faute, désertait la catégorie des
            substances incorporelles et intelligibles pour descendre au domaine du
            sensible, et, en outre, de faire servir à ses opérations des éléments
            matériels, qui exigaient beaucoup de manipulations vulgaires. La
            mécanique déchue fut ainsi séparée de la géométrie ; et, longtemps
            méprisée par la philosophie, elle n’était plus qu’une branche de l’art
            militaire[65].

            Peut-être peut-on trouver, dans cette citation, la raison pour laquelle Archimède n’arrive pas à passer outre la vision platonicienne de son époque et se refuse à considérer son œuvre mécanique comme étant digne d’intérêt[66]. En effet : « […] il ne voulut laisser aucun écrit. Persuadé que la mécanique, et, […] toutes les sciences susceptibles d’une application usuelle sont viles et grossières […] »[67]. Il ne veut laisser à la postérité, on le voit clairement, que sa contribution à la science pure[68]. Voilà qui est tout à fait étonnant lorsqu’on sait que cet ingénieur et mathématicien du IIIe siècle, que nous considérons comme le père de la mécanique statique, est celui à qui on attribue le principe de la « vis d’Archimède ». Il a passé un temps considérable à perfectionner les machines de tractions, les catapultes, et semble refuser que l’histoire lui en soit redevable. On a d’ailleurs remarqué qu’il s’arrange toujours, à partir du moment où il a atteint un but concluant à ses yeux et qu’il est désormais capable d’expliquer le tout par un exercice de logique, pour faire disparaître la partie empirique de ses expérimentations[69].

            Mais, avant de continuer plus avant sur Archimède, il convient de s’arrêter brièvement sur le roi Hiéron cité par Plutarque[70] dans Marcellus et qui sollicita les compétences techniques d’Archimède. Il semble, en effet, que les rois, intéressés à l’idée que ces machines de guerre puissent changer la donne en cas de bataille, n’ont pas les mêmes a priori que les philosophes à l’égard de la mécanique. Pour eux, l’utilité d’une recherche de type « empirique » peut s’avérer très utile. Selon B. Gille, de nombreuses villes et tyrans s’arrachent à prix d’or les plus efficaces et les plus célèbres des ingénieurs et mécaniciens afin de pourvoir à la défense de leurs cités[71]. Périclès, Philippe II de Macédoine, Alexandre le Grand pour ne nommer qu’eux, admirent les inventions techniques. Prenons aussi l’exemple des deux premiers Ptolémées d’Égypte. Ces derniers injectent énormément d’argent à la transformation technologique de leur royaume. Ils patronnent la littérature, les arts et font venir les plus grands ingénieurs, spécialistes et savants afin de mettre en branle une réelle « révolution » au niveau des techniques agricoles, militaires, alimentaires et « industrielles »[72]. Les livres de Philon de Byzance révèlent aussi que la principale utilité sociale des inventions techniques de l’époque était limitée à des fins guerrières, grâce aux contributions des souverains.

            À la lumière de ces faits, on peut alors se demander pourquoi l’action est si vile pour Archimède. La raison se trouve dans la vision que les Grecs avaient de la « science ». À leurs yeux, cette dernière se devait d’être exacte et rigoureuse. Elle devait servir à comprendre et à savoir, ce que ne pouvaient apporter les méthodes empiriques de l’époque[73]. Pour eux, la science ce sont les mathématiques qui obéissent à une logique rigoureuse. En effet, la théorie pure mathématisable peut, seule, être qualifiée de science et c’est là le point de friction, car les Grecs, armés de leur belle théorie mathématique, ne connaissent tout simplement pas les lois de la physique. Dès lors, écrit Philon de Byzance, au moment où la machine passe du papier à l’action réelle, la nature fait son œuvre et les réactions de celle-ci sont dans une certaine mesure imprévisibles. La construction de machines évoque donc le domaine de l’expérimentation, de l’abstrait et de l’à-peu-près[74]. Bien entendu, certains secteurs de la pensée technique se servent des mathématiques, mais dans le but unique de rester dans le domaine de la théorisation pure. Selon J.-P. Vernant, « Le souci de l’efficacité, la prise en considération des détails proprement techniques relèvent d’une forme de pensée différente et d’un autre niveau : non plus la démonstration, mais ce que le Grec appelle ἐμπειρία, […] [qui est le] savoir pratique obtenu par tâtonnements »[75]. Pour arriver à un résultat minimalement satisfaisant, il faut donc ajuster, défaire et rajouter à la structure déjà en place[76]. Nous pouvons notamment le constater dans le traité Baroulkos de l’ingénieur Héron. La théorie mathématique qu’il applique à la recherche de la mouvance de poids est théoriquement très belle, mais est tout bonnement irréalisable, car elle n’y applique pas les résistances ou les frottements qu’il est incapable de mesurer[77]. Il y a donc un clivage important entre science et pratique. Toutefois, la théorisation pure par le jeu des mathématiques et de la géométrie a réussi à faire faire de très grandes avancées dans certains domaines plus techniques, notamment en « […] astronomie (Apollonios, Hipparque et Claude Ptolémée), mais aussi en géographie mathématique (Ératosthène), en statique et en hydrostatique (Archimède), et en optique (Euclide, Archimède, Héron, Claude Ptolémée) »[78]. Toutefois, alors que nous pourrions croire que les résultats obtenus par les mathématiques sont rigoureux et soutenus par des démonstrations logiques sérieuses et précises, cela n’a pas toujours été le cas. On trouve cette tendance, notamment, dans un des ouvrages d’Aristarque intitulé Des grandeurs et des distances du soleil et de la lune lorsqu’il tente de calculer le diamètre de la lune. Selon G. E. R. Lloyd, il a choisi une hypothèse de base inexacte, non pas parce qu’il est incapable d’observer, mais parce qu’il s’intéresse davantage aux aspects mathématiques et géométriques de son problème. Pour ce faire, il a sciemment porté moins d’intérêt envers les résultats concrets, les distances calculées et les dimensions[79].

            En tant que moderne, notre raisonnement nous amène généralement au constat suivant : la technique, du moment qu’elle s’éloigne de la pensée magique ou religieuse, se doit d’être la mise en pratique de la science. Or, il n’en est rien. Certaines inventions, dont les notions techniques auraient pu être réutilisées dans un but utile, restent à l’état de jeux, d’objets merveilleux. C’est le cas des nombreux automates créés par Héron d’Alexandrie, qui ne servaient qu’à provoquer l’étonnement et l’admiration des spectateurs. J. Thomas avance l’hypothèse que l’inventeur tente d’enchanter le monde dans lequel il vit et de permettre ainsi à ses contemporains, évoluant désormais dans un monde rationnel, de retrouver une parcelle de merveilleux à travers la création de ces automates. Toutefois, c’est un merveilleux prévisible, rassurant et parfaitement réglé par le biais des rouages mécaniques cachés au spectateur qu’il leur propose[80]. Alors qu’auparavant le merveilleux était associé au divin, il s’insère désormais dans le profane, grâce au savoir-faire et à la ruse de l’homme qui se contente, pour le moment, d’imiter la nature[81]. Lorqu’elles sont utilitaires, les machines créées se servent de la force motrice humaine qu’elles démultiplient. Au contraire, dans le cas de mécanismes autosuffisants, il ne leur est pas venu à l’idée de s’en inspirer afin de créer des machines capables, désormais, de dominer la nature[82], d’où le « blocage » de la technique.

2.2. Les contraintes techniques et le manque de ressources

            Pour construire ces machines, il faut aussi, bien évidemment, des matières premières, car tout système technique est tributaire de ses ressources naturelles. Certaines d’entre elles sont d’ailleurs coûteuses et limitées, car exportées. D. Lee écrit qu’en effet, le métal disponible pour la construction mécanique est restreint[83]. Ils ont bien à leur disponibilité le bronze et le fer, mais les anciennes techniques de fonte du métal ne leur permettent pas d’en produire de très grandes quantités et les pièces créées, de piètres qualités, doivent être fréquemment être refondues[84]. En outre, le manque de précision des outils utilisés, notamment pour la taille des pas de vis, ajoute des contraintes lors de l’élaboration des pressoirs à vis, par exemple. De surcroît, selon B. Gille, les Grecs ne connaissent pas encore l’alliage de la fonte et sont donc incapables de fabriquer ces grandes plaques de tôles nécessaires à la fabrication de cylindres. Pour que puissent se développer, à grande échelle, les inventions des ingénieurs et mécaniciens grecs, il faut aussi des ressources naturelles importantes. Or, le bois est lui aussi difficile à trouver et même les cours d’eau sont irréguliers dans leur débit, sans parler du charbon encore inconnu dans cette région du globe[85]. Sans ressources naturelles, sans outils précis, on constate qu’il est difficile de permettre à la technique de se développer à grande échelle.

2.3. Le manque d’intérêt des riches propriétaires terriens

            Finalement, selon M. Finley, une des raisons qui aurait certainement joué un rôle dans le blocage de la diffusion de certaines inventions[86], doit être associée au manque d’intérêt des hommes riches pour les inventions. À son avis, on ne trouve pas dans l’histoire de l’Antiquité, de périodes où, malgré les crises agraires, les propriétaires terrains n’ont pas vécu grâce à de confortables revenus issus de l’exploitation de leurs terres. Pour la plupart habitant en ville, ils laissent au soin de leurs esclaves ou bien à des fermiers locataires, la direction de leurs propriétés terriennes. Or, il est fort possible qu’un grand nombre de ces rentiers, plus intéressés par leurs loisirs personnels ou la politique, n’aient pas été intéressés, à investir dans l’innovation[87]. De plus, laquantité abondante de travailleurs serviles, a rendu, d’un point de vue économique, la construction et l’acquisition de machines onéreuses tout à fait inutiles[88]. Il ne faut toutefois pas appliquer cette réflexion comme étant la norme. Apparemment, dans certains lieux comme Cadix, Alexandrie et Ostie, certains armateurs, eux aussi issus de la « classe » des rentiers fortunés, ont investi considérablement dans les domaines miniers afin de faciliter le retrait du minerai ou du drainage de l’eau dans les galeries[89]. Toutefois, ces hommes, minoritaires, n’ont certainement pas eu beaucoup d’influence sur la forme ou l’orientation de l’économie grecque[90].

 

***

 

            Décriée par les philosophes, admirée par les hommes d’État, la technique a donc une place ambivalente dans la société grecque. Nous avons pu constater qu’il existe des causes internes et externes au « blocage » technique. Dans la première partie de ce travail, on voit que les Grecs associaient de façon péjorative le travail manuel de l’esclave à celui de l’artisan. On remarque aussi l’installation d’une opposition marquée entre l’agriculteur vigoureux et rural et l’artisan malingre et citadin. D’autres causes internes viennent s’ajouter à celles-ci, notamment l’impossibilité pour les « savants » et les mécaniciens d’appliquer l’observation et l’expérience comme des buts en soit et non comme des moyens de type argumentaire pour prouver certains résultats biaisés d’avance. Enfin, nous avons remarqué à quel point la religion peut avoir eu un impact sur l’acceptation de certaines théories. Au niveau des causes externes, il appert que les techniciens ont été bloqués par leur méconnaissance des lois physiques, ce qui a eu pour effet de contraindre les machines techniques à une valeur d’exception. Nous nous sommes aussi aussi penchés sur un point non négligeable, qui est le manque de ressources naturelles. Associé aux techniques déficientes, certains y ont vu là une raison expliquant l’impossibilité de construire certaines de leurs inventions à grande échelle. Enfin, nous avons remarqué que les riches propriétaires terriens semblent avoir eu peu d’intérêt pour les innovations techniques.

            À la lumière de ces réflexions, nous pouvons également nous demander si dès l’époque classique, l’opposition marquée de certains philosophes comme Platon ne reflétait pas une peur et un sentiment de danger face à ces avancées techniques. Les philosophes plus tardifs, influencés par leurs célèbres prédécesseurs ont-ils aussi vu un risque à la montée de l’action par rapport à la théorie qui prônait la supériorité de la pensée pure, ou bien se sont-ils sentis menacés par l’ascension politique des commerçants et par l’image de puissance que dégageaient les ingénieurs spécialisés dans les machines de guerre ? Comme le souligne B. Gilles, l’arrivée dans le décor de la Cité d’un système technique s’est, semble-t-il, inséré en porte à faux dans le système social déjà en place et l’ambivalence ou l’opposition flagrante de certains philosophes nous transmet des bribes de ce conflit[91] qui conduisit à un « blocage » technique.

 

 


[1]Voir à ce sujet, Héron d’Alexandrie, Les Pneumatiques, XLI.

[2]Bien qu’il s’agisse d’un anachronisme, par convention et pour faciliter la lecture, je vais malgré tout utiliser ce terme dans ce travail.

[3]D. Lee, « Science, Philosophy and Technology in the Greco-Roman World I », Greece & Rome, vol. 20, no 1, avril 1973, p. 66.

[4]G. E. R. Lloyd, Les débuts de la science grecque de Thalès à Aristote, Paris, Maspero, 1974, p. 7.

[5]Comme les automates ou les machines de guerre notamment.

[6]J.-P. Vernant, « Remarques sur les formes et les limites de la pensée technique chez les Grecs », Revue d'histoire des sciences et de leurs applications, vol. 10, no 3, 1957, p. 205-225 (= J.-P. Vernant et P. Vidal-Naquet, Travail et esclavage en Grèce ancienne, Bruxelles, Complexe, 1988, p. 38-39.)

[7]Par convention, les historiens ont établi que l’époque hellénistique se situe entre 323 et 30 av. J.-C.

[8]Ptolémée Ier Sôter ainsi que Ptolémée II Philadelphe se sont attachés à faire de la ville d’Alexandrie, la capitale culturelle du monde hellénistique. Pour ce faire, ils ont notamment agi à titre d’évergètes en subventionnant généreusement la recherche au Musée d’Alexandrie.

[9]J.-P. Vernant et P. Vidal-Naquet, Op.cit.

[10]G. Lumbroso-Ferrero, « Pourquoi le machinisme ne fut pas adopté dans l’Antiquité ? », Revue du  Mois, vol. 21, 1920, p. 448-469, non vidi, voir à ce sujet M.-C. Amouretti, Le pain et l’huile dans la Grèce antique. De l’araire au moulin, Paris, Les Belles Lettres, 1986, p. 240.

[11]L. Des Noëttes, La force motrice animale à travers les âges, Paris, Berger-Levrault, 1924, 138 p., et L. Des Noëttes,L’attelage ; le cheval de selle à travers les âges. Contribution à l’histoire de l’esclavage, Paris, A. Picard, 1931, 2 vol., non vidi, cité dans M.-C. Amouretti, « L’attelage dans l’Antiquité. Le prestige d’une erreur scientifique », p. 220.

[12]Voir à ce sujet l’ouvrage de P. M. Schuhl, Essai sur la formation de la pensée grecque : introduction historique à une étude de philosophie platonicienne, Paris, F. Alcan, 1939, 466 p.

[13]Voir à ce sujet la postface de A. Aymard dans le tome 1 de l’ouvrage collectif de L. H. Parias, dir., Histoire du travail. Préhistoire et Antiquité, Paris, Nouvelle librairie de France, 1962, 650 p.

[14]Voir à ce sujet l’article de J. P. Vernant, « Travail et nature dans la Grèce ancienne », Journal de psychologie normale et pathologique, no 52, 1955, p.18-38.

[15]Voir à ce sujet la monographie de B. Gille, Les mécaniciens grecs. La naissance de la technologie, Paris, Seuil, 1980, 229 p.

[16]Pour la thèse d’A. Balansard, voir son article : « “Division du travail” et société politique dans le Protagoras, la République et les Lois : l'autarcie en question », dans Actes du Colloque international Relire Jean-Vernant, organisé par le centre Louis Gernet (EHESS/CNRS), le Collège de France, l'École Pratique des hautes études en sciences sociales, 9-11 octobre 2008, sous la direction de Stella Georgoudi et François de Polignac, à paraître. Quant au point de vue de M.-C. Amouretti, se référer à son étude intitulée  Le pain et l’huile dans la Grèce antique. De l’araire au moulin, ainsi qu’à son article « Blocage des techniques ou blocage des historiens sur ces techniques ? », dans Révolutions et longues durées, hommage à A. Casanova, Études Corses, no 46/47, 1996, p. 235-252.

[17]Les sources utilisées sont : Platon (Gorgias, La République, Les lois) ; Aristote (Les Politiques) ; Philon de Byzance (Mécanique) ; Héron d’Alexandrie (Baroulkos, Les Pneumatiques).

[18]Pour Aristarque, j’ai utilisé son texte : Des grandeurs et des distances du soleil et de la lune, tandis que pour Plutarque, j’ai privilégié ses écrits :De facie in orbe lunae etMarcellus.

[19]G. Glotz, Le travail dans la Grèce ancienne. Histoire économique de la Grèce, Paris, Librairie Félix Alcan, 1920, p. 194.

[20]             Une évaluation donne un nombre d’esclaves oscillant entre 60 et 40 000 pour la ville d’Athènes entre le Ve et le IVe siècles. C’était d’ailleurs la ville ayant la plus grande population et le plus grand nombre d’esclaves en Grèce à cette époque. Voir à ce sujet, M. I. Finley, Économie et société en Grèce ancienne, Paris, La Découverte/Poche, 2007 (réimp. de l’éd. de 1984), p. 151-152.

[21]             Démosthène, Contre Aphobos, XXVII, 26 ; XXVIII, 12, trad. L. Gernet, Paris, Les Belles Lettres, tome I, 2002 (réimp. de l’éd. de 1954).

[22]Aristote, Politique, 1252a 30 sq.

[23]J.-P. Vernant, « Remarques sur les formes et les limites de la pensée technique chez les Grecs », loc. cit., p. 320.

[24]J.-P. Vernant et P. Vidal-Naquet, op. cit., p. 22 et 32.

[25]Ibid., p. 22 et 33.

[26]Xénophon, Économique, IV, 3, trad. P. Chantraine, Paris, Les Belles Lettres, 1949.

[27]Platon, Les lois, VIII, 846.

[28]Aristote, Politique, I, IV, 3.

[29]Platon, Gorgias, 512 c, trad. A. Croiset, Paris, Les Belles Lettres, 1965.

[30]M. M. Fontaine, L’homme et la machine, Paris, Hachette, 1973, p. 4-5.

[31]J.-P. Vernant et P. Vidal-Naquet, op. cit., p. 3.

[32]Ibid., p. 4.

[33]J.-P. Vernant et P. Vidal-Naquet, op. cit., p. 5-7.

[34]Ibid., p. 8.

[35]Xénophon, Économique, XX, 14, trad. P. Chantraine, Paris, Les Belles Lettres, 1949.

[36]Xénophon, Économique, IV, 2.

[37]Platon, La République, VI, 495 e.

[38]J.-P. Vernant et P. Vidal-Naquet, op. cit., p. 13.

[39]Ibid., p. 43.

[40]P.-M. Schuhl, « La notion de blocage et l’Antiquité classique », Tiers-Monde. Freinages et blocages de la croissance et du développement, vol. 7, no 26, 1966, p. 252.

[41]G. E. R. Lloyd, Magie, raison et expérience. Origines et développement de la science grecque, Paris, Flammarion, 1990, p. 90.

[42]Ibid., p. 106.

[43]G. E. R. Lloyd, Magie, raison et expérience, p. 107.

[44]Ibid., p. 131.

[45]Ibid., p. 120.

[46]D’ailleurs, il discrédite les sens totalement dans ses dialogues de la maturité. Voir Ibid., p. 140.

[47]G. E. R. Lloyd, La science grecque après Aristote, Paris, La Découverte, 1990, p. 44-45.

[48]G. E. R. Lloyd, Magie, raison et expérience, p. 144.

[49]Philosophe aristotélicien et physicien ayant vécu autour de 338 et 269 av. J.-C..

[50]G. E. R. Lloyd., La science grecque, p. 31.

[51]Notamment dans le corpus hippocratique.

[52]G. E. R. Lloyd, Magie, raison et expérience, p. 154.

[53]Voir notamment Hippocrate, Épidémies, III, section 1.

[54]G. E. R. Lloyd, Magie, raison et expérience, p. 167-68.

[55]Voir notamment le problème de la réfraction dans Ptolémée, L’Optique, V, chap. 6 et sq.

[56]G. E. R. Lloyd, Magie, raison et expérience, p. 204.

[57]Ibid., p. 226.

[58]B. Farrington, La Science dans l’Antiquité. Grèce - Rome, Paris, Payot, 1967, p. 228-229.

[59]Ibid., p. 230.

[60]Lucrèce, De la nature, V, 110-25.

[61]Plutarque, De facie in orbe lunae, VI, 923a, trad. par J. Sirinelli et al., Paris, Les Belles Lettres, 1978.

[62]L’astronome, philosophe platonicien et élève d’Aristote, Héraclide du Pont aurait vécu aux environs de 388 à 310 av. J.-C. Quant au mathématicien et astronome Aristarque, ce dernier serait né aux alentours de 310 et mort vers 230 av. J.-C.

[63]B. Farrington, op. cit., p. 231.

[64]L’astronome, géographe et mathématicien grec Hipparque aurait vécu entre 190 et 120 av. J.-C.Claude Ptolémée, quant à lui, serait né en Haute-Égypte en 90 et décédé en 160 ap. J.-C. à Canope.

[65]Plutarque, Marcellus, XIV, trad. B. Latzarus, Paris, Garnier Frères, tome IV, 1950.

[66]P. M. Schuhl, op. cit., p. 39 et Plutarque, Marcellus, XIV.

[67]Plutarque, ibid.

[68]B. Farrington, op. cit., p. 218.

[69]B. Farrington, op. cit., p. 207.

[70]Plutarque, Marcellus, XIV.

[71]B. Gille, op. cit., p. 177.

[72]M. I. Finley, op. cit., p. 246.

[73]M. I. Finley, op. cit., p. 239.

[74]A. Koyré,« Critique de la pensée mécanique », Revue d’histoire des sciences et de leurs applications, vol. 18, no 2, 1965, p. 806-823. 

[75]J.-P. Vernant et P. Vidal-Naquet, op. cit., p. 44-45.

[76]Philon, Mécanique, I, IV, chap. XXXI.

[77]J.-P. Vernant et P. Vidal-Naquet, op. cit., p. 45.

[78]G. E. R. Lloyd, Magie, raison et expérience, p. 129.

[79]G. E. R. Lloyd, Magie, raison et expérience, p. 130.

[80]J. Thomas, « Mirabilia. Tropismes de l’imaginaire antique », dans Mirabilia. Conceptions et représentations de l’extraordinaire dans le monde antique. Actes du colloque international, Lausanne, 20-22 mars 2003, sous la dir. de P. Mudry, Bern, Peter Lang SA, 2004, p. 7.

[81]Ibid., p. 10.

[82]J.-P. Vernant et P. Vidal-Naquet, op. cit., p. 42-43.

[83]D. Lee, op. cit., p. 76.

[84]Ibid.

[85]B. Gille, op. cit., p. 193.

[86]Notamment, l’invention du moulin à eau pourtant connu depuis le Ier siècle av. J.-C., mais qui ne se diffusa pas vraiment avant le IIIe siècle après J.-C. Voir M. I. Finley, op. cit., p. 244.

[87]M. I. Finley, ibid., p. 244.

[88]P. M. Schuhl, Machinisme et philosophie, Paris, Presses universitaires de France, 1969, p. 33.

[89]Ibid., p. 256.

[90]Ibid., p. 252.

[91]B. Gille, op. cit., p. 181.