Par
Mathieu Lapointe Deraiche
Baccalauréat, Histoire, Université du Québec à Montréal

 

Plus d’un siècle nous sépare de la découverte des premières correspondances diplomatiques trouvées sur le site d’el-Amarna. Cette plaine située à l’est du Nil, à environ 300 km au sud du Caire fut la capitale de l’Égypte durant une courte période autour de -1350, sous le règne d’Akhenaton durant la 18e dynastie[1]. En effet,  c’est en 1887 qu’une paysanne égyptienne découvrit une série de tablettes écrites en cunéiformes[2] qui, après être passées entre plusieurs mains, furent pour la grande majorité récupérées par des musées à travers le monde dont, principalement, le Vorderasiatisches Museum de Berlin et le British Museum.

 

Depuis lors, les études portant sur le sujet ont pris plusieurs directions et ont par ailleurs puisé dans des domaines scientifiques bien au-delà de l’histoire. Dans un premier temps, ce sont les études linguistiques qui se sont nourries de cette importante source primaire dans l’étude des langues cananéennes, ainsi que de certains dialectes babyloniens. À ce titre, on peut mentionner une première traduction en quelque sorte « primitive » des tablettes, par Carl Bezold, en 1893, cinq ans seulement après leur découverte[3]. La première traduction sérieuse est en fait due au norvégien Jørgen A Knudtzon, en 1915[4]. Après plusieurs commentaires, modifications et débats à partir de l’ouvrage de Knudtzon, William L. Moran a publié en 1987 une seconde traduction exhaustive tenant compte des avancées linguistiques depuis les travaux de Knudtzon[5]. Ensuite, les lettres d’Amarna ont suscité l’intérêt des spécialistes de l’Ancien Testament, puisqu’elles nous renseignent sur la situation politique de la Palestine avant l'apparition du peuple hébreu et constituent une sorte de « préface » à l’histoire biblique[6]. Par exemple, le terme de Hapirou/Habirou a fait couler beaucoup d'encre, en partie en raison de sa ressemblance avec le nom des Hébreux, avec lequel il semble finalement n'avoir aucun rapport, selon le professeur d'archéologie du Proche Orient ancien Olivier Rouault[7]. On peut tout de même lire à ce sujet, les ouvrages de James B. Pritchard, S. Douglas Waterhouse, Israël Finkelstein et Anson Rainey[8]. Dans un troisième temps, les lettres d’Amarna furent étudiées dans une perspective historico-politique, puisqu’elles sont en fait constituées de correspondances essentiellement diplomatiques qui, dans leur contenu, contiennent plusieurs indices autant sur la situation politique concrète du Proche-Orient ancien que sur la façon dont la politique se pratiquait à cette époque. Stimulée par les traductions de Knudtzon et de Moran, la communauté historique s’est beaucoup penchée sur ce que l’on appelle désormais « l’époque d’Amarna ».

 

Ce dernier axe thématique se scinde d’ailleurs en deux angles d’approche : l’international et le provincial. En effet, sur les quelque 350 lettres trouvées sur le site d’Amarna, une quarantaine sont des correspondances entre les « Grands rois » des divers royaumes indépendants du Proche-Orient (Égypte, Babylonie, Assyrie, Mitanni, Hatti, etc.) et traduisent ainsi la situation diplomatique d’un point de vue international. Les autres lettres sont des correspondances entre le Pharaon et ses vassaux du couloir syro-palestinien, qui se divisait alors en deux ou trois provinces[9], et révèlent ainsi un système administratif provincial. À cet effet, soulignons les ouvrages de James Baikie en 1926, d’Edward F. Campbell en 1964, de William F. Albright en 1966, de W. M. Flinders Petrie en 1978, l’importante monographie de Mario Liverani en 1990, puis des ouvrages plus récents de Raymond Cohen et Raymond Wesbrook en 2000, de William L. Moran en 2003 et de Trevor Bryce également paru en 2003.

 

C’est donc ce dernier axe thématique qui retiendra notre attention dans le cadre de l’objet d’étude posé par cet article. En effet, nous nous pencherons à la fois sur les angles d’approches de provincial et de l’international pour cerner en quoi les correspondances diplomatiques qui prévalaient au Proche-Orient durant l’époque d’Amarna relèvent d’un système diplomatique et international. Pour bien y parvenir, nous définirons d’abord le terme système international en faisant appel aux études en relation internationales, puis nous situerons le système d’Amarna par rapport à cette définition objective du système international, ainsi que par rapport à ce qui prévalait précédemment à l’époque d’Amarna. Nous nous pencherons ensuite sur la structure formelle du système d’Amarna, puis, en dernier lieu, sur les principes qui le régissaient. De fait, à partir de la traduction de William L. Moran, nous utiliserons les lettres d’Amarna autant dans ce qu’elles traduisent comme formules, procédures et principes diplomatiques objectifs que dans leur contenu concret et subjectif. Portons donc notre attention, dès maintenant et de façon plus ample, sur lesdites lettres : leur chronologie, leur valeur historique, leurs destinateurs et destinataires, leur contenu, ainsi que les deux angles d’approche qu’elles offrent.

 

1. Deux angles d'approche : l’international et le provincial

 

Avant d’analyser la source soumise à l’étude dans le présent article, il est essentiel de saisir que le corpus des lettres d’Amarna se scinde en deux groupes distincts décrits précédemment. Les sujets traités, les formulations, les rapports hiérarchiques et les conceptions diplomatiques que l’on retrouve dans ces deux sous-groupes de lettres sont dissemblables. Imitant l’historiographie des lettres, et bien qu’ils se rejoignent sur certains aspects, nous traiterons ces deux groupes de façon généralement distincte. Nous définirons enfin les principaux aspects des systèmes diplomatiques contemporains. Toutefois, avant de ce faire, il importe de situer la source dans son contexte.

 

1.1. Historique et chronologie

 

Il est très difficile de constituer une chronologie exacte et consensuelle de l’histoire de l’Égypte antique. Ce problème s’applique évidemment à la chronologie des lettres d’Amarna : bien qu’il existe un certain consensus sur les évènements majeurs et sur une chronologie relative, il demeure plutôt délicat de proposer une chronologie absolue et concise[10]. Les lettres d’Amarna couvrent une période relativement courte de l’histoire de l’Égypte ancienne. Ce que l’on appelle « l’époque d’Amarna » se constitue effectivement d’une période d’environ 25 ans, soit de -1385 ou -1375 à -1355. Il s’agit, en termes de règnes pharaoniques, de la dernière décennie du règne d’Aménophis III, des 17 années de règne d’Akhenaton, et d’une très courte période du règne de Toutankhamon, avant que celui-ci n’abandonne la capitale d’Amarna[11].

 

Certains problèmes complexifient la mise sur pied d’une chronologie pour l’époque d’Amarna, notamment la corégence d’Akhenaton avec Aménophis III, la corégence de Smenkhkare avec Akhenaton, les débats sur la succession d’Akhenaton (Smenkhkare, Mérytaton, Ânkh-Khéperourê Néfernéferouaton ?) ainsi que des lectures divergentes d’inscriptions hiératiques sur les tablettes d’Amarna qui pourraient indiquer des dates importantes dans l’élaboration d’une chronologie[12]. Néanmoins, malgré ces aspects de la chronologie qui font toujours l’objet de débats, nous tenterons de dresser, dans les paragraphes suivants, un portrait sommaire de la situation proche-orientale à l’époque d’Amarna.

 

On se trouve donc au cœur de l’époque du Nouvel Empire, dans la 18e dynastie, au moment où la puissance de la civilisation égyptienne est à son apogée. L’Égypte entretient alors des relations importantes avec les royaumes avoisinants dans la région du Proche-Orient, mais aussi avec la Grèce achéenne et dans les îles de la Méditerranée :

 

[On peut ainsi voir affluer vers la capitale] les tributs de ses vassaux et les cadeaux des pays

amis. Avec  la foule bigarrée et chatoyante  des étrangers apportant leurs produits exotiques

arrivent aussi les idées et les œuvres littéraires des peuples voisins. Les rois font des mariages

politiques  avec  des princesses  mitanniennes ou  hittites qui apportent  dans leur harem des

conceptions nouvelles[13].

 

Ces mariages sont d’ailleurs à la base des traités de paix entre les royaumes. En effet, comme le rapporte la lettre 29 du corpus d’Amarna, écrite par le roi mitannien Tushratta[14], c’est Thoutmosis IV qui initia la paix avec le vieil adversaire de l’Égypte en demandant la main d’une princesse mitannienne. Ce geste est d’une importance capitale dans la compréhension du contexte puisqu’il permet l’ouverture d’une grande ère de stabilité au Proche-Orient ancien marquée par un enrichissement culturel crucial et probablement incomparable dans l’histoire de l’Égypte antique[15]. Il s’agit donc d’une période extrêmement riche en échanges, autant commerciaux que culturels et, comme nous aurons l’occasion de le voir à travers ces pages, diplomatiques. C’est donc lorsque l’Égypte est à son sommet, en 1390[16], qu’un « jeune monarque raffiné et voluptueux »[17] prend place sur le trône : Aménophis III. Rompant avec les traditions militaires et parfois violentes de ses prédécesseurs, le nouveau pharaon s’intéresse plutôt aux arts et à la théologie, notamment, et figure aujourd’hui parmi les personnalités les plus matures et brillantes à avoir dirigé l’Égypte[18].

 

Autour de -1352[19], le royaume égyptien passe entre les mains de son fils, Aménophis IV, plus souvent reconnu sous le nom d’Akhenaton[20], qui pour sa part, est certainement l’un des pharaons les plus controversés de l’histoire de l’Égypte antique. Celui que l’on surnomme le Pharaon hérétique créa effectivement une rupture importante au niveau culturel et religieux en Égypte, instaurant son culte du dieu solaire Aton et déplaçant pour l’occasion la capitale à Amarna[21]. Pour expliquer ce déménagement, on peut sans doute mentionner la guerre symbolique qui eut lieu à Thèbes entre le nouveau Pharaon et le dieu Amon : « le roi voulut anéantir Amon, fit marteler son nom, c’est-à-dire tenta de faire disparaître son être même, partout où on pouvait le lire, et détruisit ses statues, les supports mêmes de son existence »[22]. Finalement, il apparut plus simple de tout rebâtir sur des bases nouvelles dans une capitale non contaminée par les dieux traditionnels, tout en s’inspirant à la fois de Thèbes et Héliopolis[23].

 

Akhenaton se trouvait donc à la tête d’une Égypte à son apogée, recouvrant une  immense zone partant de la Nubie, en Afrique, longeant le Nil vers le nord, passant par le couloir syro-palestinien et s’étendant pratiquement jusqu’à l’Euphrate[24]. Pourtant, le règne d’Akhenaton, autant sur la scène provinciale qu’internationale, fut marqué par un relatif déclin de la puissance égyptienne. Effectivement, le royaume hittite exerçait une pression importante au nord de l’Égypte, s’emparant de certaines provinces de cette région. On relevait aussi quelques troubles à l’intérieur même de l’Empire, entre les provinces syro-palestiniennes[25]. Il semble pourtant qu’Akhenaton ait eut la tête ailleurs puisqu’il ne semblait pas répondre aux multiples requêtes d’aide militaire que lui avait envoyées Rib-Hadda, roi de Byblos. Dans ses dernières correspondances, celui-ci se plaignait alors de l’absence de réaction de son souverain; « pourquoi le roi m’a-t-il négligé ? »[26] demandait-il. Parallèlement, sur la scène internationale, Akhenaton suscitait aussi l’insatisfaction. Certains se plaignaient de sa piètre générosité : Tushratta, roi du Mitanni s’adressait ainsi au roi : « Les statues en or massif, ciselé, que j’avais demandées à Nimmureya, je te les ai demandées, mais tu ne les as pas données », lui rappelant que dans son pays, pourtant, « l’or est aussi abondant que la poussière »[27].

 

Les plaintes et les requêtes sont donc fréquentes dans les correspondances provinciales et internationales; elles en forment le contenu le plus commun. Penchons-nous désormais respectivement sur chacun de ces systèmes, afin de les analyser plus profondément et d’en discerner les principales caractéristiques.

 

1.2. Le système international

 

Du corpus des lettres d’Amarna, 41 lettres concernent le système international. Comme nous l’avons vu précédemment, l’Égypte se trouvait dans une ère exceptionnelle d’ouverture sur l’étranger. En effet, la paix allait changer le regard que portait l’Égypte sur les puissances voisines : celles-ci ne seraient plus considérées comme des populations hostiles et inférieures ou comme un chaos environnant le monde ordonné qu’est l’Égypte, mais plutôt comme un « club » de puissances à la fois rivales et relativement égales, dirigées par de grands souverains qui sont symboliquement des « frères » (nous y reviendrons dans la section 3.1)[28]. Or, cette « égalité » demeurait très relative, particulièrement aux yeux du Pharaon; il ne faut pas perdre de vue que les Égyptiens se percevaient généralement comme les seuls véritables humains et se distinguaient donc des étrangers, apparentés à des animaux[29]. Pourtant, le Pharaon fit acte d’une étonnante humilité dans le contexte d’Amarna et accepta notamment d’être décrit comme un sarru (« roi » en Akkadien), le même terme qui décrit les autres Grands rois : il abandonna ainsi sa distinction au profit d’une place dans l’échiquier international. Cela s’explique notamment par le fait que l’Égypte se joignit autour du 15e siècle à ce système international, dont il n’était pas l’initiateur, mais dont les racines se trouvaient plutôt chez ses voisins asiatiques; de fait, le Pharaon dût faire certaines concessions et se plier à des principes et à un langage qui étaient déjà établis. Ce compromis connut toutefois certaines limites; par exemple, le Pharaon n’accepta jamais d’offrir une de ses filles en mariage aux autres rois[30].

 

La scène internationale du Proche-Orient ancien était constituée de cinq États : l’Égypte, la Babylonie, le Mitanni, le Hatti et l’Assyrie. La Babylonie, à l’est de l’Égypte, était dirigée par une dynastie kassite; les principaux correspondants y étaient le roi Kadashman-Enlil I et son successeur Burra-Buriyash II. Au nord-ouest de la Babylonie se trouvait d’abord l’Assyrie, un ancien vassal du Mitanni, qui était alors en pleine expansion territoriale sous le règne de l’énergique souverain Assur-uballit; son essor en tant que puissance majeure fut d’abord contestée par le roi de Babylonie :

 

En ce qui concerne mes vassaux assyriens, ce n’est pas moi qui te les ai envoyés. Pourquoi de

leur  propre  autorité  sont-ils allés dans ton  pays? Si tu m’es loyal, ils ne  négocieront aucune

affaire. Envoie-les-moi les mains vides[31].

 

Un mariage vint sceller la paix entre ceux-ci. À l’ouest de l’Assyrie, au centre de la Syrie du Nord, entre le Tigre et l’Euphrate se trouvait le royaume du Mitanni. Reconnu comme la terre des Hurrites, ce vieil allié de l’Égypte (suite à la paix conséquente au mariage de Thoutmosis IV) était en perte de puissance; son roi, Tushratta, fut éventuellement assassiné et le royaume s’effondra à ce moment. Au moment des lettres d’Amarna, le royaume du Mitanni était d’ailleurs disputé entre l’Assyrie et le Hatti. Ce dernier royaume, au nord de l’Égypte et en bordure de la Méditerranée, anciennement fondé par les Hittites, connaissait à cette époque un redressement sous le règne du roi Suppiluliuma, suivant un déclin au début du 15e siècle avant notre ère; en effet, le Hatti s’empara de la Syrie et de quelques provinces vassales du Mittanni. Les relations étaient plutôt difficiles entre le Hatti et l’Égypte et dégringolèrent rapidement quelque temps après l’époque d’Amarna, jusqu’à ce qu’une paix fusse conclue entre Hattusili III et Ramsès II[32].

 

Quelques lettres proviennent aussi des États indépendants d’Alashiya et Arzawa. Le premier se situe sur l’actuelle île de Chypre, qui était alors une importante source de cuivre, alors que le second se trouve dans le sud-ouest de l’Anatolie et pose plusieurs problèmes au royaume du Hatti, étant notamment responsable de son déclin précédant le règne de Suppiluliuma[33]. Ces deux États plutôt petits et éloignés ne sont pas des puissances majeures, mais sont tout de même considérés comme égaux et possèdent un statut privilégié dans le système international de l’époque, puisqu’ils contrôlent les ressources essentielles aux grandes puissances. D’ailleurs, le fait que les lettres provenant d’Arzawa ne sont pas écrites dans la même langue que le reste du corpus d’Amarna vient souligner le fait que ce royaume n’est pas totalement intégré dans le système diplomatique en question[34].

 

Les correspondances internationales traitaient généralement de questions importantes; il s’agissait par exemple de négociations de mariages[35]. Leurs sujets se rapportent donc à des cadeaux et autres échanges entre les suzerains des différents royaumes : avis de réception, louanges pour les présents reçus, parfois des demandes précises et, le plus souvent, l’expression des déceptions à l’égard des cadeaux reçus[36]. L’exemple déjà donné avec la lettre 29 du roi babylonien Tushratta se répète à plusieurs reprises dans les registres d’Amarna :

 

Tu ne m’as  envoyé comme  cadeau d’hommage qu’une chose en six ans, 30 mines d’un or qui

ressemblait à de l’argent [37]

Les 20  mines d’or qui ont été  apportées ici n’étaient pas toutes là. Quand ils l’ont mis  dans le

four, pas même 5 mines d’or ne sont apparues.[38]

Je suis l’égal du roi Hanigalbat, mais tu m’as envoyé […] d’or, et ce n’est pas assez pour payer

à mes messagers le voyage aller et retour.[39]

J’avais demandé à [Akhenaton] des statues en or coulé massif […] Mais maintenant [Akhenaton] a plaqué des statues en bois. Puisque l’or c’est de la poussière dans le pays [d’Akhenaton], pourquoi ont-elles été la cause d’une telle peine pour [lui] qu’il ne me les ait pas données ?[40]

 

Toutefois, malgré ces plaintes, ces reproches et ces insatisfactions, les termes de ces échanges demeurèrent paisibles. On s’en tint effectivement au principe central de réciprocité et à l’esprit de relations familiales ; ces « frères » ne se faisaient pas la guerre pour des questions d’or. Du moins, pas directement dans ces lettres. En fait, si ces correspondances internationales semblent dépeindre un portrait généralement paisible des relations internationales au Proche-Orient ancien, la réalité ne correspond pas toujours à ce qu’on y décrit. En effet, c’est plutôt au niveau des correspondances provinciales qu’on peut vraiment sentir les enjeux militaires de l’époque.

 

1.3. Le système provincial

 

Les 300 autres lettres du corpus d’Amarna sont constituées des correspondances entre le Pharaon et ses vassaux dans les quelques centaines de principautés du couloir syro-palestinien, réunies en deux ou trois provinces dont les fonctionnaires égyptiens sont postés à Gaza, Kumidu et peut-être Sumur[41]. Cette région populeuse et prospère, située directement au nord-est de l’Égypte, en bordure de la Méditerranée, se nomme Canaan. Sa géographie ne prêtant pas à une unification politique, il est de fait plus simple pour l’Égypte d’y établir sa souveraineté. Toutefois, cette même région partage une frontière avec la plupart des autres puissances internationales[42].

 

Ainsi, comme nous l’avons vu dans la section précédente, les grandes puissances semblent entretenir des relations très paisibles tout en étant rivales. Cela est justement rendu possible grâce à ces petites principautés, situées au centre du système, qui agissent comme une zone tampon entre ces différentes puissances; on parle surtout, ici, des petites cités-États situées au nord de la région. Leur allégeance changeant d’un royaume à l’autre, d’une époque à l’autre, ils assurent de cette façon l’équilibre des puissances (nous y reviendrons dans la troisième section) et ainsi la stabilité du système international d’Amarna. Qui plus est, cette aire de sécurité se trouve directement entre l’Égypte et le Hatti, une puissance de plus en plus compétitive et menaçante pour le champ d’autorité du Pharaon[43].

 

Suivant cette logique, il va de soi que les correspondances les plus importantes proviennent des principautés situées au nord de Canaan. Du corpus d’Amarna ressortent particulièrement deux situations provinciales importantes. Dans un premier temps, Damas sous le règne de Biryawaza ainsi que Amurru avec à sa tête ‘Abdi-Ashirta, puis son fils Aziru. Ceux-ci sont deux petits États qui gagnent de plus en plus en puissance, prenant de l’expansion au détriment des principautés adjacentes dont, spécifiquement la cité-état de Byblos. Le roi de Byblos, Rib-Hadda, est d’ailleurs le destinateur d’une large majorité des lettres provinciales[44]. Il se plaint à multiples reprises du comportement de son voisin Amurru qui gagne en influence ainsi que de l’inaction du Pharaon : « Maintenant ils ont pris mes villes. Que puis-je faire seul ? Toi-même tu as été négligent pour tes villes de sorte que ce chien ‘Apiru les prend »[45]. En deuxième lieu, les vassaux situés au Nord, notamment Ugarit, Qatna et Qadesh sont géographiquement éloignés du centre de rayonnement de l’Égypte, et directement exposés à l’influence des Hittites. Dans cette situation, ils s’adressèrent au Pharaon avec beaucoup plus d’assurance, voire d’insolence, que les autres vassaux, fidèles et soumis. Certains d’entre eux soulignèrent ouvertement les diverses tentatives des Hittites en vue de fonder des alliances parfois dirigées contre l’Égypte[46]. Ce fut le cas, par exemple, d’Ugarit et de Qadesh, comme le rapporta par exemple ‘Ildayyi, dirigeant de Hasi : « Etakkama, l’homme de [Qadesh] a aidé les troupes de [Hatti] et a incendié les villes du roi, mon seigneur »[47].

 

Les correspondances provinciales sont moins régulières que les correspondances internationales. Leur contenu reflète globalement la façon dont l’Égypte administrait ses provinces en Syrie et en Palestine. Il en ressort généralement, comme nous l’avons précédemment entrevu, que l’Égypte négligeait ses territoires et qu’Akhenaton était davantage préoccupé par les affaires intérieures, notamment ses réformes religieuses[48]. Les lettres sont souvent unilatérales, en ce sens qu’il s’agit généralement de réponses des vassaux à des lettres à l’initiative du roi; « en les écrivant, le roi avait pour but principal d’acquérir du personnel et des marchandises, de présenter des fonctionnaires égyptiens, de s’assurer de l’obéissance de ses subordonnées et d’arranger le ravitaillement de ses troupes »[49]. De plus, les lettres fournissent plusieurs indices sur les tensions internationales, en ce qu’elles rapportent la situation des provinces du Nord qui font face à la renaissance hittite, notamment. Les vassaux étaient en effet encouragés à soumettre des rapports sur leur situation personnelle et sur tout ce qui pouvait, selon eux, avoir un intérêt pour leur souverain[50].

 

Par ailleurs, au niveau commercial, les échanges entre le Pharaon et ses vassaux ne se faisaient pas sous forme de demandes ou requêtes comme c'est le cas pour les correspondances internationales, mais étaient plutôt imposés aux « servants »[51]. Cela causa éventuellement des problèmes dans les correspondances, étant données les divergences au niveau de la conception de la relation suzerain-vassal; nous y reviendrons dans la troisième section.

 

1.4. Définition contemporaine du système international

 

Il ne fait aucun doute que la communauté internationale du Proche-Orient ancien se distingue de plusieurs façons, entre autres politique, culturelle et économique, de la communauté internationale actuelle de l’Organisation des Nations Unies. Pourtant, il est possible de faire plusieurs analogies entre les correspondances internationales traduites dans les lettres d’Amarna ainsi que les systèmes internationaux tels que les définissent les sciences politiques actuelles. Pour cela, il suffirait de définir les systèmes internationaux actuels; or, ça n’est guère une tâche simple. La théorisation dans le domaine des sciences politiques est parfois discréditée, et avec raison; la vie internationale est un phénomène tellement instable, complexe et abstrait, que tout effort de conceptualisation apparaît à certains comme vain[52]. Le politicologue français Raymond Aron s’est lui-même avoué incapable d’achever le projet d’une vaste théorie générale qu’il avait entrepris avec son ouvrage monumental Paix et Guerre entre les nations[53]. Par ailleurs, la plupart de ces tentatives sont teintes d’ethnocentrisme et il apparaît d’autant plus difficile de les utiliser dans le cadre d’analyses comparatives[54].

 

Or, dans le présent article, il n’y a nul besoin de tracer une théorie consensuelle des relations internationales. Nous nous limiterons simplement à énumérer quelques caractéristiques généralement reconnues des systèmes internationaux actuels qui trouvent écho dans leur ancêtre amarnien. À la base, un système international est constitué de deux éléments primordiaux : les unités politiques (États et différents acteurs du système) et leurs relations avec les autres unités politiques[55]. Ces relations suivent des réglementations, des formules et des procédés préétablis qui relèvent aussi du système international. On peut donc parler d’un « groupe d’acteurs ayant entre eux des relations caractéristiques (structure), interagissant sur la base de réseaux identifiables (processus), et sujets à diverses limitations contextuelles »[56]. Alors que la structure fait référence à la distribution des capacités entre les différentes unités du système, le processus désigne plutôt le « comportement d’allocation ou de négociation des ressources au sein d’une structure de pouvoir »[57]. Ce système peut être stable ou instable; on peut référer dans ce cas à la guerre ou à la paix, mais encore plus profondément, un système stable se définit par le fait qu’il absorbe les perturbations, c’est-à-dire par sa capacité à demeurer essentiellement le même malgré les chocs extérieurs[58]. En effet, suivant la théorie du « balance of powers », d’ailleurs très présente dans le système d’Amarna (nous y reviendrons dans la 3e section de cet article), « après une période durant laquelle la trajectoire du système est modifiée, on en revient à l’état initial »[59].

 

Ces systèmes peuvent être homogènes ou hétérogènes, mais dans les deux cas, les unités répondent à la même structure et au même processus systémique. Dans le cas des lettres d’Amarna, on peut parler d’un système hétérogène, considérant les dissemblances culturelles entre les divers royaumes[60]. Pourtant, ceux-ci se sont tous pliés à la structure et au processus du système auquel ils participaient, poursuivant leurs intérêts et réglant leurs différends à l’aide des mêmes règles, standards, conventions, procédures et institutions qui étaient l’aboutissement d’une tradition développée à travers les siècles précédents[61]. Ainsi, si la relative stabilité qui perdura près de 200 ans après la période d’Amarna suggère en elle-même la présence d’un système diplomatique dont l’une des multiples fonctions était la prévention et la résolution des conflits[62], la véritable preuve de l’existence d’un tel système se trouve plutôt dans ces éléments constitutifs que sont la langue, les procédures, l’institution des messagers et les échanges, mais aussi dans les divers principes qui guidaient une telle communauté internationale.

 

2. Un système formellement structuré

 

On peut donc parler, dans le cas d’Amarna, d’un système hétérogène, multipolaire, multiculturel et, par-dessus tout, stable. Dans les prochaines pages, nous détaillerons les éléments primordiaux qui structurent et unissent le système diplomatique et international d’Amarna : la langue, le langage diplomatique, l’institution des messagers et les échanges.

 

2.1. La langue

 

Même si elles furent trouvées en Égypte, les lettres d’Amarna furent écrites dans une langue provenant de la Mésopotamie, à une époque où, paradoxalement, cette région semblait avoir perdu tout ce qu’elle avait d’hégémonie politique. Il s’agit du dialecte babylonien de la langue sémitique akkadienne[63]. Les puissances majeures du Proche-Orient ancien utilisaient tous le babylonien qui était à cette époque la lingua franca du système amarnien. Dans un système multiculturel tel que celui présentement étudié, il va de soi qu’une langue véhiculaire était désignée comme étant un intermédiaire neutre entre ces diverses cultures[64].

 

Au milieu du troisième millénaire avant J.-C., l’écriture cunéiforme était employée avec une grande maîtrise; « dès le premier quart du deuxième millénaire, avant J.-C., la connaissance de l’écriture cunéiforme s’était répandue au loin et le babylonien était devenu la langue principale d’une civilisation cosmopolite. C’était le langage des relations internationales »[65].Puis, selon les régions et les provinces, de multiples dialectes en dérivèrent, influencés par d’autres langues et traditions, notamment les langues de l’ouest sémitique et l’hurrite. De fait, on constate l’existence, au XIXe siècle avant J.-C., d’un babylonien qui était radicalement transformé par rapport à la dernière époque internationale (le moyen-babylonien est devenu le néo-babylonien). De plus, dans leur évolution, la langue et l’écriture connurent respectivement des parcours différents selon les régions, ce qui donna lieu, pour la langue véhiculaire du système d’Amarna, à un amalgame de l’ancien, du moderne, et du régionalisme[66]. En effet, dans son ouvrage, William Moran nous prévient bien de ce piège : si les traductions ne reproduisent pas la diversité du langage et des graphies existant dans le corpus même, « nous devons rester conscients de ces restrictions et corriger, autant que possible, l’impression qu’elles donnent d’une uniformité de ton et d’une grammaire conforme aux règles »[67].

 

Ainsi, les scribes égyptiens et cananéens faisaient face à une langue qui n’était pas la leur et dont ils avaient une connaissance relativement pauvre. Pour preuve, ils leur substituaient fréquemment leurs langues natales respectives[68]. Du coup, le corpus des lettres représente une richesse pour l’étude des langues autant akkadiennes que cananéennes. Partout, les scribes de l’époque redoublèrent d’efforts pour apprendre et s’approprier la langue véhiculaire de la diplomatie proche-orientale, par exemple, en lisant des épopées babyloniennes retrouvées sur le site d’Amarna[69]. C’est dire l’importance d’une langue et d’une écriture qui marquèrent définitivement la région et l’époque, et qui rayonnèrent de façon transcendantale à travers le temps et l’espace. En effet, plusieurs termes techniques relatifs à la diplomatie (le vocabulaire des traités internationaux, notamment) issus de l’akkadien trouvèrent écho dans les langues hébraïque, latine et grecque[70]. Bref, le babylonien était la langue par excellence des relations diplomatiques dans le Proche-Orient ancien et elle marqua les relations diplomatiques de l’époque d’Amarna au titre des éléments qui firent de ces relations un système diplomatique international

 

2.2. Le langage diplomatique

 

À l’instar de la langue, le langage diplomatique faisait plutôt référence aux conventions, formules, codes, procédés stylistiques et diplomatiques qui étaient utilisés dans les lettres d’Amarna et qui rendaient les échanges presque cérémonieux. En effet, la période de stabilité qui accompagna le système d’Amarna permit une formalisation sophistiquée des conventions politiques de l’époque[71]. Bien qu’ils alourdissaient la tâche des scribes, ces protocoles étaient loin d’être banals et facilitaient considérablement la communication entre les diverses cultures du Proche-Orient ancien[72]. Ils avaient aussi, à maintes reprises, une fonction symbolique qui plongeait ses racines dans les principes profonds qui sous-tendaient le système; par exemple, les phrases de salutations et l’énumération des présents dans les lettres étaient des formules diplomatiques qui appuyaient les principes de réciprocité et d’équilibre des puissances (que nous approfondirons dans la troisième section de cet article)[73]. Nous discernons deux catégories distinctes au sein du langage diplomatique d’Amarna : les adresses et salutations ritualisées ainsi que les autres codes diplomatiques.

 

Dans un premier temps, intéressons-nous aux adresses et aux salutations, généralement destinées aux scribes, qui ouvrent chacune des lettres. En ce qui a trait aux correspondances internationales, les salutations remontent à une forme déjà employée pendant la période paléo-babylonienne. Celles-ci débutent avec une adresse du genre « Dis à X : Ainsi Y » où X est un correspondant dont le rang était inférieur à celui de son destinataire; qui remonte à la période paléo-babylonienne[74]. Elles se poursuivent avec les salutations en deux parties. D’abord, une première rend compte du bien-être du destinateur (« Pour moi tout va bien. »). Puis une seconde adresse de bons souhaits au destinataire (« Que tout aille bien avec toi. ») et élargie à son entourage. Il y avait trois types de lettres dans le sous-groupe international, soit les lettres d’envoi et les lettres d’injonction ainsi que la forme combinée, la dernière étant prépondérante[75].

 

Dans le cas des correspondances des vassaux, les formules diffèrent. D’abord, pour ce qui est des lettres provenant du Pharaon, l’adresse ne mentionne pas le rang social, on y mentionne toujours le nom du subordonné en premier lieu et elle est suivie d’une introduction qui s’apparente à « Il (je?) t’expédie la présente tablette, te disant », une formule basée sur des modèles égyptiens[76]. De plus, toutes les lettres se terminent par « une formule plus ou moins longue, selon laquelle le subordonné est renseigné sur la prospérité et sur le pouvoir du roi »[77]. Pour les lettres provenant des vassaux, l’adresse s’apparente à « Dis a roi/à X… : Message d’Y » dans laquelle le roi n’est jamais appelé par son nom, mais plutôt par son titre. Les salutations y sont rares. Par contre, on y retrouve souvent des citations des ordres du roi, suivies de réponses à celles-ci[78].

 

Dans un autre ordre d’idées, mis à part ces salutations qui sont aisément identifiables et qui sont généralement situées au début des lettres, il existe aussi certains codes, plus subtils, qui s’insèrent dans le corps même des textes. Par exemple, lorsqu’un nouveau monarque hérite du trône, ses « frères » lui concèdent et exigent de lui une amitié et un amour multiplié par dix (« Que mon frère me traite dix fois mieux », « J’ai dix fois, beaucoup, beaucoup plus d’amitié pour [le Pharaon] », « Que mon frère me traite avec dix fois plus d’amitié et de fraternité que ne le faisait son père »[79]). De plus, lors des requêtes adressées à l’Égypte, on utilise une formule qui souligne comment l’or y est aussi abondant que la poussière[80]. Mentionnons aussi les multiples références directes au principe de fraternité et à la métaphore de la famille qui sous-tendent les relations internationales, notamment le fait qu’on appelle le destinataire « mon frère »[81].

 

On retrouve aussi dans les lettres plusieurs formules reliées à la notion d’engagement et de responsabilité; des menaces ou des promesses reliées à ces engagements influencent les négociations. Les références à des antécédents diplomatiques sont aussi fréquentes dans le corpus d’Amarna : les bons comportements des rois sont tenus d’être répétés par leurs successeurs, qui héritent aussi des promesses prononcées par leurs pères[82]. En somme, il s’agit d’une multitude de formules et de procédés diplomatiques compris et maîtrisés par l’ensemble des diplomates et négociateurs du Proche-Orient ancien et qui définit le système d’Amarna. Un tel langage diplomatique trouve d’ailleurs écho dans les politiques étrangères des puissances occidentales contemporaines.

 

2.3. Les messagers

 

Un bon nombre de lettres du corpus d’Amarna fait référence aux messagers et à leur condition; parmi celles-ci, près de la moitié concerne uniquement les services et le traitement des messagers[83]. Cela ne va pas sans souligner leur importance, et avec raison : les messagers d’Amarna agissaient non seulement comme porteurs, lecteurs,  interprètes et défenseurs des messages de leur roi, mais aussi et avant tout comme des diplomates, des négociateurs et des marchands[84]. De fait, la façon dont ceux-ci sont traités par leur hôte ainsi que le choix du messager envoyé reflètent symboliquement l’état de la relation entre les deux puissances concernées[85]. On peut lire dans les lettres des louanges faites aux messagers (« Je les ai exaltés comme des dieux. Je leur ai donné beaucoup de cadeaux et les traités très aimablement, car leur rapport était excellent »); des plaintes par rapport à ceux-ci (« Les hommes que tu envoies ici ne comptent pas. L’un était […] un gardien d’ânes »); ainsi que des requêtes quant à leur sélection (« Que mon frère n’envoie aucun autre, qu’il n’envoie que Mane »)[86].

 

La sélection des messagers était en effet d’une grande importance dans le système diplomatique d’Amarna. Ceux-ci étaient souvent, malgré quelques exceptions, des professionnels renommés et qualifiés (mentionnons notamment Mane, messager égyptien et Keliya, messager mitannien). Puisque les propos écrits sur les lettres étaient limités, il relevait du devoir du messager de les compléter, de les détailler, de les justifier, de répondre aux interrogations du destinataire et de gérer les négociations[87]. Certains messagers étaient aussi chargés d’espionner les activités militaires,  économiques et politiques des puissances visitées. De fait, la spécialiste d’histoire antique Y. Lynn Holmes suggère plutôt l’appellation de « marchands ambassadoriaux »[88]. Cela était surtout vrai pour les correspondances internationales; les messagers des vassaux n’avaient probablement pas la même importance puisqu’ils traitaient de questions d’ordre inférieur[89].

 

En somme, plus que des messagers, les hommes chargés de porter les lettres d’Amarna à travers le Proche-Orient ancien occupaient une place centrale dans le système d’Amarna, d’abord en tant qu’ambassadeurs, mais aussi en tant que marchands. Cette dernière fonction rehaussait d’autant plus leur statut, considérant que les échanges commerciaux entre les grands rois ainsi qu’entre le Pharaon et ses vassaux étaient une caractéristique majeure greffée au système diplomatique d’Amarna.

 

2.4. Les échanges

 

À une époque où les puissances majeures entretenaient une paix relativement stable, les correspondances diplomatiques ne pouvaient alors être dominées que par des questions commerciales. De fait, le système diplomatique prenait souvent l’apparence d’un système commercial international. On a d’ailleurs vu à quel point le contenu des lettres internationales est essentiellement de nature commerciale. Les lettres traitent en effet d’échanges d’objets et de ressources, mais aussi de personnes dans le contexte de ce que Trevor Bryce appelle le « marché des mariages »[90].

 

D’abord, au niveau provincial, on ne peut pas vraiment parler d’un commerce, mais plutôt d’échanges basés sur la notion d’obligation envers le Pharaon. Que ce soit sous forme de tributs, de taxes ou de présents, les ressources circulaient généralement unilatéralement vers l’Égypte de façon irrégulière pour signifier la loyauté des vassaux, ou pour appuyer la demande de provisions et de soutien militaire. Elles étaient d’ailleurs imposées par l’Égypte à ses vassaux, et n’occupaient pas nécessairement une place centrale dans les lettres[91].

 

Au niveau international, les principes d’autosuffisance et d’interdépendance s’entrelacent dans les lettres d’Amarna. Dans les faits, l’Égypte pouvait être considérée comme autarcique, tout en ayant sous son contrôle les ressources de la Nubie et du couloir syro-palestinien. En contrepartie, les royaumes asiatiques dépendaient des ressources de l’Égypte, notamment de son or, de son ivoire, de son encens, de son ébène et de tous les produits africains, ce qui explique probablement le ton désintéressé du Pharaon ainsi que le caractère insistant des autres Grands rois dans les lettres[92]. Pourtant, chaque État se prétendait autosuffisant et donc indépendant; or, c’est un fait indubitablement faux et les rois dissimulaient plutôt leurs requêtes et leurs besoins sous la forme d’échanges de présents[93]. Une lettre du roi de Babylonie adressée au Pharaon illustre parfaitement ce paradoxe :

 

À ce qu’on m’a dit, que dans le pays de mon frère tout est disponible, et que mon frère n’a besoin

d’absolument  rien,  de même dans mon  pays tout  est également  disponible et moi-même je n’ai

besoin  d’absolument rien. Toutefois,  nous avons hérité des  bonnes relations de longue durée des

rois précédents,  et nous devrions nous  envoyer des salutations. Ces  relations nous doivent durer.[94]

 

Une autre façon d’éviter l’humiliante impression de dépendance économique était de justifier les requêtes à l’aide de prétextes généralement architecturaux : on demandait de l’or pour la construction de nouveaux bâtiments, de palais, de tombes, etc. Les échanges avaient aussi une valeur sociale dans le système diplomatique d’Amarna; les échanges se faisaient en fonction des relations politiques, et non pas l’inverse[95]. De fait, l’essentiel des lettres internationales d’Amarna concerne les échanges commerciaux : il s’agit soit de descriptions subjectivement augmentées des cadeaux envoyés, soit, et surtout, de désaccords, plaintes, et autres réactions négatives de la part des destinataires[96].

 

Là où l’Égypte pouvait se trouver parfois en situation de dépendance, ce n’était guère au niveau des ressources (sauf peut-être pour certains matériaux[97]), mais plutôt au niveau de la culture. La circulation des artisans, des experts et des spécialistes se faisait activement entre les royaumes du Proche-Orient ancien. On allait même jusqu’à faire circuler les divinités (symboliquement représentées par leur statues), comme le montre une lettre du roi du Mitanni au sujet de la déesse hurrite Šauška, qui devint l’équivalent d’Ishtar au contact des autres peuples du Proche-Orient : « Ainsi parle Šauška de Ninive, maîtresse de tous les pays : « Je désire aller en Égypte, un pays que j’aime, et ensuite m’en retourner. » Maintenant, avec ceci, je te l’envoie et elle est en route »[98]. Il se créa donc une sorte de culture internationale par le biais des échanges de techniques, de motifs iconographiques, de matériaux précieux, d’objets d'art, professionnels, de statues de divinités, etc., qui dépassaient les cultures locales respectives[99].

 

Par ailleurs, un type d’échange particulier occupait une grande place dans le système diplomatique d’Amarna et devint l’un des plus prestigieux de celui-ci : le marché des mariages. Les princesses étrangères, soit des filles ou des sœurs des Grands rois, étaient échangées dans d’importants mariages internationaux. Ces mariages diplomatiques avaient pour fonction de renforcer les traités et relations entre les royaumes, d’établir des alliances ou de neutraliser des rivaux, notamment[100]. Cela est d’autant plus surprenant que chacune des différentes cultures du système d’Amarna avait sa propre conception du mariage, bien divergente des autres; il est donc étonnant que cet aspect des relations d’Amarna ait unifié le Proche-Orient plutôt que de le diviser[101]. Cette bonne entente, malgré les différences de conception, était probablement due à l’utilisation d’une langue neutre entre tous les pays, dont les termes génériques, ambigus et imprécis étaient librement et différemment interprétables par chacun des royaumes[102].

 

Bien que le Pharaon ait toujours refusé d’offrir les princesses égyptiennes en mariage aux autres grands rois, les échanges de princesses semblaient satisfaire la plupart des acteurs. Il apparaît en effet que de recevoir des princesses en mariage était une expression de souveraineté pour l’Égypte, alors que d’offrir des princesses en mariage était aussi une expression de souveraineté pour les autres Grands rois. Les deux partis de cet échange en ressortaient donc gagnants[103]. De fait, les avantages économiques et surtout les retombées politiques de tels mariages étaient très profitables pour l’Égypte, ce qui en faisait l’une des ressources les plus demandées par le Pharaon[104]. En échange de l’or égyptien, le Pharaon recevait parfois non pas un équivalent matériel, mais plutôt une princesse étrangère. Ainsi peut-on lire dans une lettre du roi babylonien : « Si, pendant cet été aux mois de Tammuz ou d’Ab, tu envoies l’or au sujet duquel je t’ai écrit, je te donnerai ma fille »[105].

 

En somme, ces échanges, très importants dans le système diplomatique d’Amarna, se basèrent énormément sur des principes spécifiques de la communauté internationale proche-orientale de l’époque. Ainsi, les échanges entre les Grands rois furent-ils fondés sur la conception métaphorique de la famille (« brotherhood ») comme lien d’union[106]. Ces principes étaient fondamentaux dans le système d’Amarna, en ce sens qu’ils justifiaient idéologiquement plusieurs des processus du système, et qu’ils expliquaient aussi les nombreux conflits et insatisfactions retrouvées dans les lettres d’Amarna.

 

3. Un système fondé sur des principes

 

Au sein d’une communauté internationale multiculturelle aussi diversifiée, il apparaît évident qu’un système diplomatique doit être soutenu par un système de principes globalement reconnus. Certes, la structure et les processus rendent le système fonctionnel, car celui-ci ne peut fonctionner sans ces conceptions unificatrices des relations internationales du Proche-Orient ancien. Nous nous intéresserons, dans la présente section, aux principes prédominants dans le système d’Amarna. D’abord, nous abordons les principes sur lesquels se basent les relations entre les Grands rois, au niveau international, pour ensuite discuter des différentes conceptions du rapport suzerain-vassal au niveau provincial.

 

3.1. Au niveau international : fraternité,  réciprocité et équilibre des puissances

 

Les diverses conceptions des relations entre les acteurs du système occupe une grande place dans le système d’Amarna. Nous les aborderons séparément, puisqu’ils sont effectivement dissemblables, tant au niveau de l’international que du provincial.

 

D’abord, sur la scène internationale, les relations sont conçues métaphoriquement comme une fraternité[107]. Puisqu’ils sont généralement considérés comme égaux (à quelques exceptions près, comme on l’a vu dans la section 1.2) malgré la position privilégiée (du moins, économiquement) du Pharaon[108], les Grands rois se perçoivent comme des frères, membres d’une même famille et d’une même maison. Dans un contexte d’égalité des puissances, cette conception convient parfaitement. On peut ainsi mieux comprendre la prédominance des thèmes de l’amour fraternel, de l’amitié, des échanges de cadeaux, etc. Ce « langage » de fraternité agit donc comme un bonus idéologique, en créant des affinités fictives entre les Grands rois, qui justifie et améliore les relations et les échanges entre les différentes puissances du Proche-Orient ancien[109].

 

Ainsi, les cinq structures verticales de solidarité nationale distinctes s’enchevêtrent dans une structure de solidarité horizontale au Proche-Orient. La métaphore de la fraternité est aussi adéquate en ce sens qu’elle permet les rivalités et les querelles entre « frères ». Malgré le caractère ethnocentrique de l’Égypte, celle-ci toléra cette métaphore, la reconnaissant comme un outil diplomatique essentiel[110]. À l’intérieur même de la métaphore de la fraternité réside l’importante notion de réciprocité, soit la nécessité d’une équivalence des comportements dans les relations bilatérales entre Grands rois. Cette réciprocité se perçoit certainement dans les échanges, notamment à travers les plaintes de non-respect de cette réciprocité; par exemple, le roi mitannien Tushratta souligne ainsi le principe présenté : « Mon frère ne m’a pas donné l’équivalent de ce qu’il a expédié comme don à mon père »[111], de même que le fait Kadasman-Enlil : « Le cadeau que tu m‘as fait n’atteint pas ce que je t’ai donné »[112]. On peut aussi retrouver la notion de réciprocité au niveau militaire, comme l’illustre cette lettre de Tushratta au Pharaon :

 

Si dans l’avenir un ennemi envahissait le pays de mon frère, mon frère m’écrit et le pays hurrite,

armures, armes,  et toute autre chose,  concernant l’ennemi de mon frère, sera à sa disposition.

Mais si, par contre, il y avait  pour moi un ennemi – si  seulement il n’existait pas ! – j’écrirai  à

mon  frère, et  mon  frère  amènera  le  pays  d’Égypte, armures, armes, et  toute  autre chose,

concernant mon ennemi. [113]

 

On remarque toutefois, dans le corpus d’Amarna, que malgré la présence et l’importance de la notion de réciprocité, celle-ci n’est pas toujours respectée[114]. La réciprocité devrait idéalement être spécifique et précise, suivant le modèle d’un miroir où ce qui est accepté et valide dans une direction l’est également dans la direction inverse; on pourrait pratiquement parler de symétrie[115].

 

Ainsi, les principes de fraternité et de réciprocité étaient clairement définis à l’intérieur même des lettres d’Amarna, et consciemment utilisés par les Grands rois dans la formulation et la justification de leurs plaintes et requêtes. À l’opposé de ceux-ci, le principe de l’équilibre des puissances était tout aussi important, mais n’était pas nécessairement exprimé dans les écrits; il se trouvait plutôt dans la profondeur du système d’Amarna. Ce principe était à la base de la relative paix que réussirent à maintenir les grandes puissances du système durant une période remarquablement longue de près de deux siècles[116]. Le concept d’équilibre des puissances faisait en sorte que les sphères d’influence s’entrecroisaient au niveau de la zone tampon qu’était Canaan, restreignant ainsi les États qui aspiraient à l’hégémonie. Par exemple, lorsque l’Égypte devint trop puissante, ses alliés se joignirent à d’autres puissances afin de rétablir l’équilibre des pouvoirs; ainsi Aziru se joignit-elle aux Hittites à ce moment[117].

 

Ainsi, les principes de réciprocité, de fraternité et d’équilibre des puissances rendirent-ils possible la longévité de la paix et de la stabilité du système d’Amarna au niveau international. S’il peut paraître surprenant qu’une société presque xénophobe comme celle qu’était l’Égypte ait fait de pareilles concessions au niveau des conceptions, on peut pourtant trouver un principe équivalent dans la culture égyptienne qui viendrait justifier idéologiquement une telle ouverture : la doctrine de la Maat. Ce concept unificateur est très important dans la culture égyptienne et fait effectivement référence à la vérité, la justice, à la propriété, à l’harmonie, à la droiture, à la balance et à la réciprocité. Cette puissance naturelle, morale et éthique aurait été, pour certains, la force unificatrice du système d’Amarna[118].

 

En somme, on remarque donc une réconciliation entre les conceptions égyptiennes traditionnelles et les principes nouveaux auxquels l’Égypte se plie afin de se tailler une place dans le système international du Proche-Orient ancien. En contrepartie, pour ce qui est des provinces égyptiennes, on fera appel à des conceptions et à des principes totalement différents sur lesquels il n’y a pas toujours d’accord consensuel d’une province à l’autre.

 

3.2. Au niveau provincial : le choc des conceptions égyptienne et asiatique

 

Nous avons déjà vu les multiples occasions où auraient pu se présenter des conflits de principes. Si ceux-ci furent souvent esquivés à l’aide de langage diplomatique largement interprétable ou par l’utilisation d’un principe traditionnel équivalent pour justifier les nouveaux, il semble qu’un conflit de conception n’a pu être évité; celui concernant la relation entre le Pharaon et ses vassaux. À première vue, il semble que la relation entre l’Égypte et ses vassaux était bénéfique pour les deux parties. D’un côté, les provinces vassales rendaient possibles la protection des routes de caravanes égyptiennes, faisaient affluer des tributs et des informations quant à une éventuelle menace vers l’Égypte et pouvaient servir de bases pour les forces égyptiennes; bref, les vassaux permettaient de projeter le pouvoir de l’Égypte loin, en périphérie, tout en gardant à distance le désordre. Parallèlement, les vassaux bénéficiaient d’une protection militaire de la part de l’Égypte qui leur assurait ainsi une autonomie politique et la poursuite de leurs propres objectifs d’expansion[119].

 

Or, le contenu des lettres provenant des provinces vassales fait mentir une telle impression d’harmonie parfaite dans la relation suzerain-vassal. Il existait en effet une importante dissension entre les conceptions asiatique et égyptienne de la relation suzerain-vassal. Comme le fait remarquer Moran, « Egypt’s claims of service were total and absolute, denying the vassal all autonomy and receiving his ready acknowledgment. Just as clearly, vassals pursued their own goals of expansion and self-interest »[120]. De son côté, la conception asiatique du rapport suzerain-vassal fait appel aux concepts de réciprocité et de mutualité. La protection mutuelle y est fondamentale et réciproque; les vassaux protègent le Pharaon et en retour, celui-ci supporte ses vassaux.

 

À plusieurs reprises, les vassaux demandèrent l’assistance du Pharaon, mais celui-ci demeura silencieux et parfois-même indifférent[121]. C’est qu’il ne partageait pas la même conception des relations suzerain-vassal. Suivant l’idéologie monocentrique à laquelle adhérait l’Égypte, les Égyptiens concevaient les relations avec leurs vassaux comme unilatérales et restreintes : les vassaux devaient protéger leur propre position afin d’assurer le bien-être de l’Égypte. Le Pharaon n’avait pas besoin de la protection des vassaux, il savait se protéger lui-même; de fait, il n’était pas tenu de protéger ses vassaux ou de leur venir en aide. Ce malentendu a probablement provoqué la colère et la contrariété chez plusieurs vassaux du roi d’Égypte (les correspondances de Rib-Hadda, roi de Byblos, semblent en être un parfait exemple), il n’est toutefois pas suffisamment important pour créer l’instabilité dans le système international d’Amarna.

 

***

 

À la lumière de ces analyses, il apparaît très plausible que les relations diplomatiques entre les royaumes du Proche-Orient ancien à l’époque des lettres d’Amarna se soient organisées en ce que Raymond Westbrooke et Raymond Cohen appellent « the first international system known to us »[122], en comparaison d’abord à ce qui précédait cette époque en matière de relations diplomatiques, et aussi en comparaison à la définition objective et contemporaine de « système international ».

 

D’abord, scindé en deux sous-systèmes distincts, soit l’international et le provincial, ce système multiculturel et multipolaire, qui a su faire perdurer une paix relative durant plus de deux siècles au Proche-Orient ancien, présentait effectivement une structure bien définie. Celle-ci se fondait notamment sur l’utilisation de l’akkadien comme lingua franca, sur l’usage de formulations et procédures communes, sur l’importance de messagers dont le rôle dépassait de loin la définition usuelle des responsabilités d’un messager, ainsi que sur un système de circulation des biens qui se basait sur le principe des échanges autant de diverses ressources matérielles que de femmes (à travers le mariage).

 

Ensuite, à cette structure diplomatique s’ajoute une culture diplomatique relativement partagée par tous les membres du système international : nous l’avons vu à travers les conceptions des rapports entre les Grands rois, ainsi qu’entre le Pharaon et ses vassaux, à travers l’importance de l’équilibre des puissances dans le maintien de ce système international et à travers la doctrine morale unificatrice que représente la Maat.

 

Bien que les recherches sur les lettres d’Amarna s’étendent maintenant sur plus d’un siècle, il semble que l’efficace effort de traduction de William L. Moran ait donné un nouveau souffle à celles-ci, particulièrement dans le domaine de la science historique. Nous nous retrouvons donc devant plusieurs questions sans réponses, notamment au niveau de la chronologie; dans l’avenir, il sera intéressant de voir si ce nouvel élan parviendra à éliminer ces lacunes.

 

 


[1]William L. Moran, The Amarna Letters,  édition traduite du français par William L. Moran (1ere éd. 1987), Baltimore and London, The John Upkins University Press, 1992, p. xiii.

[2]William L. Moran, John Huehnergard et Shlomo Izre’el, Amarna Studies: Collected Writings, Indiana, Eisenbrauns, 2003, p. 5.

[3]Carl Bezold, Oriental Diplomacy: Being the Transliterated Text of the Cuneiform Dispatches Between the Kings of Egypt and Western Asia in the XVth Century Before Christ, Discovered at Tell el-Amarna, and Now Preserved in the British Museum. With Full Vocabulary, Grammatical Notes, etc., Londres, Luzac and co., 1893, 124 p.

[4]Jørgen A. Knudtzon, Die El-Amarna-Tafeln, mit Einleitung und Erla?uterungen, Leipzig, Hinrichs, 1915, 1007 p.

[5] William L. Moran, Dominique Collon, et Henri Cazelles, Les lettres d'El-Amarna: correspondance diplomatique du pharaon, Paris, Éditions du Cerf, 1987, 630 p.

[6]William L. Moran, The Amarna Letters, op. cit., p. ix.

[7] Olivier Rouault, Dictionnaire de l’Antiquité,  sous la dir. de Jean Leclant, édition PUF, 2005, p. 1026.

[8]Pour les études bibliques, voir notamment James B. Pritchard, Ancient Near Eastern Texts Relating to the Old Testament, Princeton University Press, 1950, 625 p.; S. Douglas Waterhouse, «Who Were the Habiru of the Amarna Letters? », Journal of the Adventist Theological Society, vol. 12 (2001), p. 31-42; Israel Finkelstein, The Bible Unearthed: Archaeology's New Vision of Ancient Israel and the Origin of Its Sacred Texts, New York, The Free Press, 2001, 400 p.; et partageant l’avis d’Olivier Rouault et réfutant le lien entre les « Habiru » et les hébreux, voir Anson Rainey, « Shasu or Habiru : Who Were the Early Israelites ? », Biblical Archaeology Review, vol. 34, no. 6 (novembre-décembre 2008), (En ligne; 4 avril 2010).

[9] Le débat quant à l’existence d’une troisième province centrée autour de Summur n’obtient pas de consensus. À ce sujet, voir William L. Moran, The Amarna Letters, op. cit., p. xxvi.

[10]Sur la chronologie des lettres d’Amarna et plus généralement de la 18e dynastie en Égypte : K. A. Kitchen, Suppiluliuma and the Amarna Pharaohs : A Study in Relative Chronology, Liverpool, Liverpool University Press, 1962, 62 p.; Edward Fay Campbell, The Chronology of the Amarna Letters, with Special Reference to the Hypothetical Coregency of Amenophis 3 and Akhenaten, Baltimore, Johns Hopkins Press, 1964, 163 p.; et D.B. Redford, History and Chronology of the Eighteenth Dynasty of Egypt, Toronto, University of Toronto Press, 1967, 235 p.

[11]W. L. Moran, Amarna Studies: Collected Writings, op. cit, p. 238.

[12] William L. Moran, Dominique Collon, et Henri Cazelles, op. cit., p. 48 et 52-54.

[13] François Daumas, « Égypte antique (histoire) : Égypte pharaonique », Encyclopaedia Universalis, (En ligne; 10 avril 2010)

[14]William L. Moran, The Amarna Letters, op. cit., p. 92.

[15]Ian Shaw, The Oxford History of Ancient Egypt, Oxford et New York,Oxford University Press,2003, p. 265.

[16] Date suggérée par William L. Moran dans l’introduction à sa traduction des lettres, et plus tard acceptée de façon consensuelle par la communauté égyptologue comme le rapporte Malcolm H. Wiener, « The Absolute Chronology of Late Helladic III A2 Revisited », The Annual of the British School at Athens, vol. 98 (2003), p. 240.

[17] François Daumas,op. cit.

[18] Ibid.

[19] William L. Moran, Dominique Collon, et Henri Cazelles, op. cit., p. 56.

[20] Aménophis IV change de nom pour Akhenaton en l’an 6 de son règne; c’est l’un des premiers gestes de la révolution religieuse qu’il provoqua en Égypte à cette époque; cette nouvelle désignation le situe en tant que relais entre le dieu Aton et le peuple.

[21]Ian Shaw, op. cit., p. 279. Sur le caractère relativement révolutionnaire de la réforme Atonienne, voir Nicolas Grimal, A History of Ancient Egypt, Wiley-Blackwell, 1994, p. 228-230.

[22] François Daumas, op. cit.

[23] Nicolas Grimal, op. cit., p. 228.

[24]Ibid., p. 213-217.

[25]Barbara Ross, « Correspondence in Clay », Saudi Aramco World, vol. 50, no. 6 (novembre/décembre 1999), p. 30-35.

[26] EA 138; William L. Moran, Dominique Collon, et Henri Cazelles, op. cit., p. 364.

[27] EA 29; William L. Moran, Dominique Collon, et Henri Cazelles, op. cit., p. 184-185.

[28]Ian Shaw, op. cit., p. 265 et Alex Aissaoui, « The Case for Historical Analysis Within IR Theory : The Amarn System (CA. 1365-1335 B.C.E) », préparé pour le 49th Annual ISA Convention - “Bridging Multiple Divides”, San Francisco, mars 2008,p. 15.

[29]John Albert Wilson, The Culture of Ancient Egypt, Chicago, University of Chicago Press, 1956, p. 140.

[30]Samuel A. Meier, « Diplomacy and International Marriages », Raymond Cohen et Raymond Westbrook (dir.), Amarna Diplomacy: The Beginnings of International Relations, Baltimore, Johns Hopkins University Press, 2000, p. 168-169.

[31] EA 9; William L. Moran, Dominique Collon, et Henri Cazelles, op. cit., p. 81.

[32] Pour la description sommaire des cinq puissances, voir Raymond Cohen et Raymond Westbrook (dir.), Amarna Diplomacy: The Beginnings of International Relations, Baltimore, Johns Hopkins University Press, 2000, p. 6-7.

[33]Ibid., p. 7-8.

[34]Marc Van de Mieroop, A history of the ancient Near East, ca. 3000-323 BC, Malden (Mass.), Wiley-Blackwell, 2004, p.127.

[35] William L. Moran, Dominique Collon, et Henri Cazelles, op. cit., p. 20.

[36]Ibid., p. 32.

[37]EA 3; Ibid., p. 66

[38]EA 10; Ibid., p. 82.

[39]EA 16; Ibid., p. 106.

[40]EA 26; Ibid., p. 169.

[41]William L. Moran, op. cit., p. xxvi.

[42]Alan James, « Egypt and Her Vassals : The Geopolitical Dimension » dans Raymond Cohen et Raymond Wesbrook, op. cit., p. 112-113.

[43] Ibid.,p. 113 et 118.

[44] 66 des 309 lettres provinciales proviennent de Byblos. William L. Moran, John Huehnergard et Shlomo Izre’el, op. cit., p.7.

[45] EA 90; William L. Moran, Dominique Collon, et Henri Cazelles, op. cit., p. 279.

[46] Alan James, loc. cit., p. 118.

[47] EA 175; William L. Moran, Dominique Collon, et Henri Cazelles, op. cit., p. 415.

[48] William L. Moran, Dominique Collon, et Henri Cazelles, op. cit., p. 34-35.

[49] Ibid.,p. 38.

[50] Ibid., p. 44-46.

[51] Alex Aissaoui, loc. cit., p. 15.

[52] Jean-Baptiste Duroselle, « La nature des relations internationales », Politique internationale, automne 1979, p. 112.

[53] Raymond Aron, « Qu’est-ce qu’une Théorie des Relations Internationales ? », Revue Française de Science politique, vol. 27, no. 5 (octobre 1967), p. 843-845.

[54] Michael Brecher, « Système et crise en politique internationale »,Études internationales, vol. 15, no. 4 (1984), p. 759.

[55] Thierry DeMontbrial, « Le « système international » : approches et dynamiques », Politique étrangère, vol. 4, no. 40 (2006), p. 736.

[56]O. R. Young, A Systemic Approach to International Politics, Princeton, Center of International Studies, 1968, p. 6.

[57]R.O. Keohane et J.S. Nye, Power and Interdependence, Boston, Little, Brown, 1977, p. 20-21.

[58]Thierry DeMontbrial, loc. cit., p. 737-738.

[59]Ibid., p. 738.

[60]Raymond Cohen et Raymond Westbrook (dir.), op. cit., p. 234.

[61]Ibid., p. 3-4.

[62]Ibid.,p. 234.

[63]Bertrand Lafont, « International Relations in the Ancient Near East : the Birth of a Complete Diplomatic System » dans Diplomacy & Statecraft, vol. 12, no. 1 (2001), p. 43 et  William L. Moran, Dominique Collon, et Henri Cazelles, op. cit., p. 22-23.

[64]Raymond Cohen et Raymond Westbrook (dir.), op. cit., p. 10.

[65] William L. Moran, Dominique Collon, et Henri Cazelles, op. cit., p. 20-21.

[66] R. Labat, « Le rayonnement de la langue et de l’écriture akkadiennes au deuxième millénaire avant notre ère » dans Syria, vol. 39 (1962), p. 1-2.

[67] William L. Moran, Dominique Collon, et Henri Cazelles, op. cit., p. 28.

[68]William L. Moran, John Huehnergard et Shlomo Izre’el, op. cit., p. 5.

[69]François Daumas, Ibid.

[70]Raymond Cohen, « The Great Tradition : the Spread of Diplomacy in the Ancient World », Diplomacy & Statecraft, vol. 12, no. 1 (2001), p. 28-29.

[71]Mario Liverani, Prestige and Interest: International Relations in the Near East Ca. 1600-1100 B.C., Padova, Sargon, 1990,  p. 15.

[72]Christer Jönsson, « Diplomatic Signaling in the Amarna Letters » dans Raymond Cohen et Raymond Westbrook (dir.), op. cit., p. 192.

[73] Ibid.,p. 194.

[74] William L. Moran, Dominique Collon, et Henri Cazelles, op. cit., p. 28.

[75]Ibid., p. 29-31.

[76]Ibid.,p. 37.

[77]Ibid.,p. 38.

[78] Ibid., p. 41-43.

[79] EA 19, 26 et 29. William L. Moran, Dominique Collon, et Henri Cazelles, op. cit., p. 114, 169 et 186.

[80]Christer Jönsson, loc. cit., p. 193.

[81]Ibid.

[82]Ibid, p. 199-200.

[83] EA 5, 8, 10, 11, 15, 16, 17, 19, 20, 24, 26, 27, 28, 29, 33, 34, 35, 37 et 39; William L. Moran, Dominique Collon, et Henri Cazelles, op. cit., p. 71-208.

[84]Y. Lynn Holmes, « The Messengers of the Amarna Letters », Journal of the American Oriental Society, vol. 95, no. 3 (juillet-septembre 1975), p. 376.

[85] Christer Jönsson, loc. cit., p. 202.

[86] EA 21, 1 et 24; William L. Moran, Dominique Collon, et Henri Cazelles, op. cit., p. 59; 122-123;  149.

[87]Geoffrey Berridge, « Amarna Diplomacy : A Full-fledged Diplomatic System ? » dans Raymond Cohen et Raymond Westbrook (dir.), op. cit., p. 217-218.

[88]Y. Lynn Holmes, loc. cit., p. 377-378.

[89]Ibid., p. 376.

[90]Trevor Bryce, Letters of the Great Kings of the Ancient Near East the Royal Correspondence of the Late Bronze Age, New York, Routledge, 2003, p. 100.

[91]Nadav Na’aman, « The Egyptian-Canaanite Correspondance », Raymond Cohen et Raymond Westbrook (dir.), op. cit., p. 128-131.

[92]Mario Liverani, op. cit., p. 224.

[93]Ibid.

[94]EA 7; William L. Moran, Dominique Collon, et Henri Cazelles, op. cit., p. 75.

[95]Mario Liverani, op. cit., p. 225-226.

[96]Carlo Zaccagnini, « The Interdependance of the Great Powers », Raymond Cohen et Raymond Westbrook (dir.), op. cit., p. 147-148.

[97]Ibid.,p. 144-145.

[98]EA 23; William L. Moran, Dominique Collon, et Henri Cazelles, op. cit., p. 137.

[99]Mario Liverani, op. cit., p. 14.

[100]Alan R. Schulman, « Diplomatic Marriage in Egyptian New Kingdom »,  Journal of Near Eastern Studies, vol. 38, no. 3 (juillet 1979), p. 179.

[101] Samuel E. Meier, loc. cit., p. 165.

[102]Ibid.,p. 166.

[103]Ibid., p. 171.

[104]Betsy M. Bryan, « The Egyptian Perspective on Mittani », Raymond Cohen et Raymond Westbrook (dir.), op. cit., p. 147-148.

[105] EA 4, William L. Moran, Dominique Collon, et Henri Cazelles, op. cit., p. 69.

[106] Carlo Zaccagnini, loc. cit., p. 144.

[107] En anglais, le terme « brotherhood » est généralement utilisé.

[108]Raymond Westbrook, « Babylonian Diplomacy in the Amarna Letters », Journal of the American Oriental Society, vol. 120, no. 3 (juillet/septembre 2000), p. 377.

[109] Samuel A. Meier, loc. cit., p. 166.

[110]Mario Liverani, op. cit., p. 197-199.

[111] EA 24; William L. Moran, Dominique Collon, et Henri Cazelles, op. cit., p. 146.

[112] EA 3; William L. Moran, Dominique Collon, et Henri Cazelles, op. cit., p. 67.

[113] EA 24; William L. Moran, Dominique Collon, et Henri Cazelles, op. cit., p. 147.

[114]Christer Jönsson, loc. cit., p. 197.

[115]Mario Liverani, op. cit., p. 211.

[116]Raymond Cohen et Raymond Westbrook, op. cit., p. 234

[117]Steven R. David, « Realism, Constructivism, and the Amarna Letters », Raymond Cohen et Raymond Westbrook, op. cit., p. 62.

[118]Maulana Karenga, Maat, the Moral Ideal in Ancient Egypt: a Study in Classical African Ethics, New York, Routledge, 2004, p. 89.

[119]Steven R. David, loc. cit., p. 61.

[120]William L. Moran, John Huehnergard et Shlomo Izre’el, op. cit., p. 343.

[121]Mario Liverani, op. cit., p. 187-189.

[122]Raymond Cohen et Raymond Westbrook, op. cit., p. 4.