Colloque étudiant interuniversitaire du 10 avril 2009, UQAM
organisé par
Annie Locat et Véronique Olivier

 

Le projet de tenir une journée de discussion sur le thème de l’édition a débuté au printemps 2008. À l’aube de commencer sa maîtrise en histoire du Moyen Âge, Annie Locat s’interroge alors sur la place de l’édition des sources manuscrites dans le domaine de la recherche en histoire au Québec. C’est avec Véronique Olivier, qui termine au même moment sa propre édition de la Vie de sainte Marthe de Tarascon (BHL 5545), que le projet se concrétise et prend son envol.

L’édition de sources manuscrites permet de rendre des textes accessibles à l’analyse des chercheurs et elle est, en ce sens, une pratique essentielle menant à la connaissance des sociétés qui ont précédé la nôtre. Le travail d’édition ne constituant pas toujours une fin en soi, il s'agit alors d'une étape de la recherche qui s’inscrit dans le cadre d’un processus plus vaste menant à une production scientifique. La source à éditer peut être traitée sous plusieurs angles d’analyse, notamment avec le regard de l'historien ou du littéraire. Les enjeux, les problématiques ainsi que le traitement de la source sont, par conséquent, multiples.

C’est avec ces réflexions concernant l’art de l’édition scientifique qu’Annie Locat et Véronique Olivier ont réuni, le 10 avril 2009 à l’Université du Québec à Montréal, des spécialistes de domaines divers. En rassemblant ces chercheurs de disciplines variées, dont les types de corpus se recoupent parfois, il a été possible de réfléchir et d’échanger sur les approches que chacun de ceux-ci privilégient quant à la problématique, à la méthodologie et à l’analyse.

Répartis en quatre thématiques : « les enjeux du langage: l’édition face à la langue, au lexique et à la philologie », « les écrits du for privé », « les textes normatifs » et « l’édition et les nouvelles technologies », sept intervenants ont ainsi présenté les résultats de leurs recherches durant cette journée de colloque.

Les objectifs recherchés par cette rencontre ont été atteints. Nous avons en effet eu l’opportunité d’entendre et de discuter avec des apprentis et des spécialistes de l’édition de sources provenant d’horizons différents, tels que ceux de la littérature médiévale en langue vernaculaire, des historiens et des philosophes. Tous travaillaient sur des documents latins qui émanent d’institutions comme l’Église, le pouvoir royal et l’université ou qui relèvent du domaine privé.

Un thème s’est dégagé des présentations et des discussions : les problèmes rencontrés et les solutions privilégiées par les éditeurs. Nous avons pu constater quels types de problèmes présentaient le cas particulier de l’édition d’un texte à partir d’un manuscrit unique. Ce fut l’enjeu central de quatre des interventions.

Ainsi, Solange Lemaitre-Provost nous a entretenus des problèmes qu’elle a rencontrés et des solutions qu’elle a adoptées dans le cas précis de l’édition de texte à partir d’un manuscrit unique, ici un livre de sort en moyen français. Grâce à celle-ci, nous avons vu avec quel savoir-faire l’éditeur doit trouver le juste milieu entre le texte tel qu’il nous a été transmis, avec ses lacunes, et les corrections qu’il juge nécessaire d’apporter, afin de le rendre compréhensible tout en gardant ses spécificités propres. René Létourneau a quant à lui rencontré des problèmes liés à la philologie philosophique médiévale lorsqu’il a édité les Communia gramatice, un compendium grammatical sans doute rédigé par un maître de la Faculté des arts de l’Université de Paris vers 1250. C’est en se familiarisant avec l’éclectisme des idées et les interrelations des sciences qu’il a pu surmonter les problèmes rencontrés. Annie Locat nous a présenté un manuscrit non seulement unique, mais qui, aussi, se trouve être pratiquement le seul en son genre. Celle-ci s’est attelée à la tâche d’éditer le registre d’une famille de paysans, les Guitard de Saint-Anthet, seul registre de ce type connu pour la France médiévale. Cette source à caractère unique n’offre ainsi pas de point de comparaison avec d’autres qui pourraient être semblables. C’est donc avec des registres notariés de la même région que A. Locat a décidé de comparer son document. L’analyse rendue possible grâce à l’édition d’A. Locat nous permet, quant à elle, de comprendre la nature de son document unique et de comprendre la façon de travailler des notaires qui ont rédigé les actes contenus dans son registre, ainsi que la valeur qui était accordée à ceux-ci.

Nous avons aussi pu mesurer pleinement l’intérêt d’éditer, voire de rééditer, les sources manuscrites. Nathalie Bragantini-Maillard nous a montré comment l’analyse des particularités graphiques, morphologiques, syntaxiques et lexicales d’un texte est rendue possible grâce à l’édition de celui-ci et, de ce fait, comment grâce à elle on peut mieux en saisir le sens, les subtilités, les sous-entendus et les intentions des auteurs médiévaux auxquels le lecteur moderne n’a pas de prime abord accès. C’est ce que la communication éclairante de N. Bragantini-Maillard nous a permis de constater en présentant son analyse lexicale du Melyador de Jean Froissart, roman du dernier tiers du XIVe siècle, dont elle réalise l’édition critique. Annie Comtois travaille quant à elle sur les statuts synodaux d’Embrun en Provence. L’édition de ces actes a pour but de mieux comprendre l’histoire de la Provence médiévale et de croiser ces documents, rendus disponibles aux chercheurs, avec les documents émanant des communes et des pouvoirs royaux par exemple, dans une Provence marquée par l’anticléricalisme des communes.

C’est donc avec enthousiasme qu’Annie Locat, Véronique Olivier et la Revue Le Manuscrit Édition Colloque présentent ici les actes de ce colloque sur l’édition de sources manuscrites. La collaboration entre les deux organisations, celle du colloque et celle de laRevue, a rendu possible la diffusion de la recherche des intervenants de cette journée. Annie Locat et Véronique Olivier tiennent à souligner le travail d’édition électronique des textes réalisés par Jessica Gauthier et Benoit Martel, mais aussi celui du comité de laRevue Le Manuscrit. Les organisatrices souhaitent également remercier tous les intervenants ainsi que les participants de cette journée et plus particulièrement les présidents de séances : Pascal Bastien qui a également fait l’introduction, Piroska Nagy et John Drendel et, enfin, Jean-François Cottier, qui a de plus accepté de faire la conclusion de cette journée. Les organisatrices tiennent enfin à remercier ceux et celles qui ont rendu la tenue de ce colloque possible par leur appui financier : le GREPSOMM, le département d’histoire de l’UQAM et l’Association des étudiants aux cycles supérieurs en histoire de l’UQAM.

 

Annie Locat et Véronique Olivier