Par
Solange Lemaitre-Provost
Postdoctorante, Littérature médiévale, Université de Montréal

 

 

Si l’état des recherches en édition est relativement avancé depuis l’arrivée de la nouvelle philologie[1], les manuels d’édition[2] et les critiques[3] se sont pourtant assez peu attardés au phénomène des manuscrits uniques[4], privilégiant les approches destinées aux textes transmis par plus d’un témoin. Bien que plusieurs éditeurs travaillent à partir de telles sources[5], un nombre restreint d’entre eux s’est consacré à l’analyse des méthodes qui leur sont propres.

 

Dans le cadre de cet article, nous débuterons par exposer les problèmes d’édition spécifiques aux manuscrits uniques, tels que le niveau d’intervention de l’éditeur et la limitation des techniques d’édition. Nous analyserons par la suite les solutions que les théoriciens y ont trouvées jusqu’à ce jour. Finalement, en guise d’exemple, nous compléterons ces solutions des théoriciens par la manière dont ces suggestions ont été prises en compte dans notre travail d’édition.

 

I- Description du corpus

 

S’inscrivant dans le domaine de la divination, le livre de sort représente un genre littéraire bien distinct, apparu en français vers la fin du XIIIe siècle. Ces livres de bonne aventure se caractérisent principalement par leur forme constituée d’une série de questions offertes au consultant sur son présent ou son avenir, suivie de diverses possibilités de réponses préétablies. Un autre trait distinctif du genre des livres de sort est l’emploi d’un mode de déplacement qui relève du hasard. Afin de recevoir une réponse à la question de départ, le consultant doit obtenir un nombre qui le guidera à travers le texte. Ce nombre peut provenir de dés, d’une roue giratoire, d’un jet de points géomantiques ou d’une table numérique par exemple. Le terme « livre de sort » procède donc de deux caractéristiques : tout d’abord, le livre présente la destinée, le sort du consultant ; ensuite, c’est par le tirage au sort qu’on obtient cette réponse.

Le corpus que nous présentons regroupe sept textes, tous transmis par des manuscrits uniques :

 

1) Ci commence l’esbatement de geomancie, Paris, Bibliothèque nationale de France, ms. fr. 1660. (E)

2) Cy s’ensuit ung petit tractié qui se intitulera et appellera Influencia celi, Paris, Bibliothèque nationale de France, ms. fr. 2080. (I)

3) La Doctrine de Socatres sur la vie ou la mort de mariage, Paris, Bibliothèque de l’Arsenal, ms. fr. 2872 (101 S.A.F.), fol. 397rb-398ra. (D)

4) Du querant a venir au roy et que il l’en avendra, Besançon, Archives municipales, GG 176, fol. 1r-2v. (Q)

5) Par le Solayl devez saver / Si vos devez gayner, Londres, British Library, Royal 12 C XII, fol. 98v-105v. (S)

6) S’aucune personne sera mariee ceste annee, Paris, Bibliothèque nationale de France, ms. fr.14776, fol. 49v-62r. (A)

7) Si la grosse seit enceynte ou noun, Londres, British Library, Royal 12 C XII, fol. 94r-98r. (G)

 

II- Spécificité des manuscrits uniques

 

Corin Corley rappelle que les manuscrits uniques ne présentent pas les mêmes difficultés d’édition qu’un texte à plusieurs manuscrits, puisque le choix du manuscrit de base n’est pas à faire ni celui de l’approche éditoriale, à savoir si l’on doit produire une version éclectique – combinant le contenu des divers témoins – ou conservatrice du texte[6]. L’éditeur a donc très peu d’outils pour l’aider à résoudre les problèmes textuels, puisqu’aucun autre manuscrit ne peut servir à détecter les erreurs[7].

 

Selon Alan Knight, les manuscrits uniques compliquent le travail d’édition, car les principes éditoriaux sont pour la plupart basés sur une tradition manuscrite plus élaborée et sur l’établissement de stemmas. L’éditeur ne peut pas utiliser les mêmes techniques que lors de l’édition d’un texte compris dans plusieurs manuscrits, telles que la collatio, larecensio et l’emendatio[8]. Par conséquent, plusieurs manuscrits uniques ont été publiés sous forme de fac-similés au lieu d’éditions et l’éditeur qui choisit de s’y atteler est souvent limité à la correction, principalement de type lexicale[9].

 

III- Niveau d’intervention de l’éditeur

 

Par contre, comme les éditeurs ayant affaire à un texte transmis par plusieurs manuscrits, il doit choisir entre deux manières de procéder : présenter le texte fidèlement, en proposant des corrections en notes, ou introduire les corrections dans le texte lui-même et expliquer son choix en notes. Rudolf Hofmeister résume très bien ce principal questionnement de l’éditeur face à un manuscrit unique : « To emend or not to emend[10] ».

 

Tous les éditeurs ayant écrit sur les méthodes d’édition des manuscrits uniques s’entendent pour suggérer l’utilisation des notes en tout temps, afin de présenter le texte le plus possible dans son état initial, à l’exception de quelques ajouts qui peuvent être mis entre crochets directement dans le texte. Il doit demeurer le plus inchangé possible, même si cela ne donne pas nécessairement un texte très lisible[11]. Il faut ainsi éviter de dénaturer le texte par une trop grande intervention, même si cela ne donne pas une édition « spectaculaire[12] ». Il est important de corriger à la fois les erreurs évidentes du scribe directement dans le texte pour aider la lecture et de proposer certains autres choix de correction en bas de page[13].

 

Edmond Faral insiste particulièrement sur le besoin d’équilibre dans l’intervention de l’éditeur. Les corrections doivent être appuyées par des preuves suffisantes et toujours être bien identifiées et justifiées par l’apparat critique, afin de permettre au lecteur de reconstituer, par l’apparat critique, le contenu original du manuscrit[14]. En résumé, « une certaine liberté doit être laissée à l’éditeur, pourvu que ses retouches à un texte – qui autrement serait inintelligible ou choquant – procèdent de probabilités suffisantes et que, d’autre part, il assure au lecteur des moyens commodes de contrôle[15]. »

 

Pour notre part, nous avons abordé chaque livre de sort d’une manière à la fois spécifique et originale, afin d’adapter l’approche éditoriale à ses particularités. Dans tous les textes, nous avons effectué les corrections directement lors de fautes évidentes et dans le but de résoudre une métrique fautive. Ces interventions sont indiquées entre crochets dans le corps du texte et sont accompagnées d’une note en bas de page comprenant la leçon telle qu’elle est écrite dans le manuscrit, ainsi que la justification de son rejet.

 

Ces erreurs peuvent revêtir plusieurs formes, telles que les omissions de lettres, de désinences nominales ou verbales et même de mots ou de lignes. La substitution d’un mot pour un autre est également fréquente, ce qui arrive notamment dans le cas de fautes de lecture pour des lettres de forme voisine, d’homonymes, de certaines locutions et de traits dialectaux[16]. Par exemple :

 

Amours [vous] font plus de contraire / Que jeuner ne vestir la haire[17]. (E, v. 1234-1235)

 

Il payera myeulx [qu’on ne cuide[18]]. (A, l. 552)

 

Et c’est a entendre, se les .ii. noms viennent en un signe ou l’un en un signe et l’autre en autre, mais que ambedeux[19] les signes soient en une tripplicité[20], ainsy come ci [devant[21]] sont pausés. (D, l. 34-36)

Mais il serait trop simple de dire que la correction des fautes évidentes et des omissions de lignes serait suffisante comme travail d’édition. L’établissement d’une liste des erreurs prélevées peut permettre de distinguer une constante et de l’appliquer à l’ensemble du texte en guise de correction[22].

 

IV- Habitudes du scribe

 

Selon la plupart des critiques, la rectification doit être basée sur des comparaisons à l’intérieur même du texte[23]. Afin d’éviter d’éloigner le lecteur du contenu du manuscrit, une solution possible serait d’orienter les corrections non pas sur la construction syntaxique, lexicale ou poétique, mais plutôt sur le travail du scribe[24]. Puisqu’il est l’intermédiaire entre l’auteur et le lecteur, son rôle doit être pris en considération lors d’une étude objective du manuscrit. On ne doit pas considérer son travail comme une corruption de l’original, comme le font certains éditeurs pour constituer les stemmas.  Ici, il faut plutôt voir le scribe comme étant la personne la plus près du contexte culturel médiéval de création du texte[25].

 

Ses habitudes peuvent nous aider dans la mesure où on y décèle une certaine récurrence dans les irrégularités commises qui peuvent être corrigées comme un ensemble, comme l’explique J.-C. Riedenger :

 

Nous avons toujours tenu compte [des fautes caractéristiques du copiste], en demeurant aussi toujours conscient de l’incertitude que comporte toutes les corrections. […] Préciser la nature et la gravité des fautes permet d’indiquer dans quelles limites une correction peut être considérée comme plausible : il est possible en effet de mettre un certain ordre dans l’accumulation d’erreurs de toute sorte qui déparent le texte de l’ouvrage[26].

 

A. Knight accorde quant à lui une grande importance à la connaissance de la manière dont les scribes travaillaient, afin de mieux prélever et corriger les erreurs. L’éditeur doit tenir compte du fait que certains manuscrits sont des brouillons, auxquels le scribe aura prêté moins d’attention que s’il s’agissait de copies de luxe.Les habitudes d’abréviations et la langue peuvent aussi se révéler utiles.

 

Pareillement, il faut tenir compte du caractère très oral de la langue, présent dans le travail du scribe, et qui expliquerait non seulement les homonymes, mais aussi les changements de mots[27]. S. Fleischman avertit à ce sujet qu’il faut également reconnaître l’aspect écrit, en opposition à l’oral, lors de l’établissement du texte et de l’analyse de la langue. Il ne faut pas croire a priori que le texte a une tradition orale qui a pu en modifier la transmission, mais s’appuyer plutôt sur les témoins écrits pour soutenir ses hypothèses[28].

 

Certains éditeurs, comme J. Franck[29], proposaient autrefois d’unifier l’orthographe du texte en guise d’intervention, de correction. Ceci serait une falsification au manuscrit selon nous, puisque hors de son contexte, le texte perdrait son sens et son individualité. En corrigeant ces irrégularités dans un manuscrit unique, nous agirions comme si le scribe obéissait avec rigueur aux règles grammaticales et lexicales modernes.

 

Il est certain qu’il est plus facile de corriger et de normaliser un texte plutôt que de tenter d’en comprendre des passages obscurs ou irréguliers – qui sont, soit dit en passant, très fréquents dans les traités divinatoires –, mais à notre avis, mieux vaut avant tout donner le bénéfice du doute au scribe.

 

Dans notre travail d’édition, nous avons privilégié en tout temps les corrections au texte de base d’après les habitudes du scribe, c’est-à-dire présentes ailleurs dans le texte. Les corrections par conjectures, comme celles présentées ci-haut, ont été effectuées lorsqu’aucun passage du manuscrit, ni des autres versions ou remaniements ne permettait de corriger ni ne suffisait à éclairer le texte de base. Par exemple :

 

[Lequel de deulx mariez morra le premier[30] ?](A, l. 300)

 

De ceste [dette] isterez e autre foiz recherreez[31].(S, v. 436)

 

[C]est an, verrez prandre deniers[32] / Ceulx qui les blez ont es greniers. (E, v. 55-56)

 

V- Comparaison avec les autres versions

 

En plus de cette méthode, la comparaison avec d’autres versions se révèle très utile, particulièrement pour corriger la logique de certains textes. Ainsi, J.-C. Riedinger propose de « situer de la façon la plus précise le ou les mots litigieux dans leur contexte, pour établir leur compatibilité avec [l’auteur[33]]. » Dans le cas d’un manuscrit unique et/ou dont une partie a été mutilée, un témoin complet permet de combler les lacunes du premier manuscrit[34]. Il faut « tenir constamment compte de l’usage de l’écrivain (ce mot incluant morphologie, syntaxe, style, vocabulaire), et aussi de textes où il exprime des idées semblables[35]. »

 

L’éditeur de la Chronographie de Michel Psellos, par exemple, voit comme « indispensable de tenir compte, par priorité, de tous les textes qui offraient une relation avec les événements contemporains[36] »racontés dans le manuscrit. Corley, quant à elle, a consulté des versions plus tardives du Bel inconnu qu’elle éditait[37]. Certains parallèles peuvent aussi être faits avec des textes connexes.Dans le cas d’un manuscrit qui reprend textuellement des citations connues, comme des extraits de la Vulgate, les corrections de ces passages peuvent facilement être apportées en se référant aux Écritures[38].

 

Pour en revenir aux livres de sort, nous avons mentionné en introduction que ces traités de divination possèdent une structure complexe. Pour que la consultation puisse être menée à terme, les questions offertes, de même que leurs diverses possibilités de réponses, doivent être placées dans un ordre précis. Ainsi, afin de rétablir la structure fautive de certains livres de sort, nous avons privilégié la comparaison avec des remaniements de ces textes lorsque c’était possible. Celles-ci sont parfois les livres latins dont ils sont la traduction, parfois des versions françaises bien différentes. Cette méthode éclectique nous a permis d’élucider les passages obscurs et également d’analyser les changements apportés lors de la réécriture du texte.

 

Concernant les sources latines, Par le Solayl (S)présente une adaptation d’un texte latin datant du XIIIe siècle intitulé Prognostica Sol Iudex, où le contenu des réponses dans les rubriques reste sensiblement le même entre le livre de sort latin et celui en français ;du Querant a venir au Roy (Q)provient dutraité Dixit famulus Abdala filius Aly ; et S’aucune personne sera mariee (A)et Influencia Celi (I) sont inspirés des Prenostica Socratis basilei. Voici quelques exemples de corrections possibles :

 

[Se sera promeü cest an ou non[39] ?](I, l. 40)

 

[Va en tes affaires ; te sera proffitable[40].](I, l.66)

 

 

Pour ce qui est des différents remaniements en français d’un même livre de sort, S’aucune personne sera mariee (A)et Influencia Celi (I) maintiennent le mêmeordre de réponses, ainsi que leur sens, malgré certaines variantes importantes ; etL’Esbatement de geomancie (E)est un texte grandement augmenté et remanié de Ci est le prologue (Paris, Bibliothèque nationale de France, ms. fr. 14776, fol. 1r-21v et ms. fr. 1688.)De ce fait, ces textes peuvent servir à corriger des incohérences dans le texte. Par exemple :

 

[Il revendra tantost en grant joye[41].] (I, l. 192)

 

De ce mal seras [respassez[42]] [43]/ Ainçois[44] que li ans soit passez. (E, v. 844-845)

 

Perdu as et perdras encores / Plus que [tu n’en] as perdu ores[45].[46] (E, v. 997-998)

 

VI- Édition diplomatique

 

Certains critiques, comme E. Faral, prônent l’intervention presque uniquement au niveau de la linguistique du texte, car c’est sur ce point qu’il est le plus aisé de rester objectif. Il appelle donc à la prudence lorsque l’éditeur s’attarde à des considérations sur la substance de la pensée du texte, puisque cela devient plus subjectif[47].

 

Pour cette raison, au lieu de reconstituer le texte d’après les autres versions ou d’après une source latine, certains préféreront l’édition diplomatique, très fidèle au manuscrit. L’édition diplomatique constitue une représentation de toutes les particularités d’un texte manuscrit, sans les bénéfices des ajustements tels que la séparation des mots agglutinés ou l’ajout de signes diacritiques et de la ponctuation moderne[48]. Contrairement à l’édition critique, la diplomatique ne comporte pas de variante, car elle rend compte d’un seul état du texte[49].

 

Cette édition est particulièrement intéressante dans la mesure où elle présente uniquement ce que contient le manuscrit, libre de toute intervention éditoriale. C’est une forme imprimée qui peut être lue plus facilement et plus rapidement qu’une simple reproduction photographique en facsimilé[50]. Ainsi, si ce que l’éditeur veut démontrer d’un manuscrit est son aspect unique, son individualité, il peut être avantageux d’opter pour une édition diplomatique[51].

 

Il faut cependant trouver un juste milieu entre l’édition paléographique qui se préoccupe presque uniquement du scribe et l’édition diplomatique qui s’oriente plutôt vers de la description pure[52]. En fait, tout dépend de l’approche de l’éditeur. Selon R. Hofmeister, l’édition diplomatique serait préférable pour une étude linguistique et l’édition critique, pour l’étude des aspects littéraires[53]. Voilà pourquoi nous avons opté pour l’édition critique.

 

VII- Contenu de la présentation des manuscrits

 

Dans tous les cas, puisque l’intervention de l’éditeur est moins présente pour les manuscrits uniques que pour les éditions basées sur une longue tradition, la présentation des manuscrits doit être très complète. Selon Franz Bäuml, une description paléographique et un résumé des particularités orthographiques en introduction sont suffisants. Mais Mary Speer insiste sur le fait que les analyses codicologique, linguistique et stylistique sont particulièrement importantes. Le texte doit être considéré autant en tant que tel que dans le contexte de transmission du codex[54]. De telles analyses exhaustives permettent de mieux situer et de mieux expliquer les manuscrits uniques.

 

Dans le but d’éclairer notre réflexion éditoriale, l’introduction aux divers textes fournit plusieurs analyses complémentaires, dont des études linguistiques[55]. Elle comprend : une description codicologique et paléographique ; le contexte de transmission ; des renseignements sur l’auteur, s’il est connu ; des détails sur la langue ; les traductions et autres versions du texte ; les éditions ou transcriptions antérieures ; et la méthode divinatoire employée. Cette présentation nous permet non seulement de faciliter la lecture et de fournir au lecteur les explications nécessaires à l'entendement des textes, mais encore de mieux localiser géographiquement l’origine des manuscrits, par l’étude des traits dialectaux des copistes et par la datation dans le cas où aucune indication précise ne serait donnée.

 

Dans le cas des manuscrits uniques, nous croyons important d’aller chercher tous les éléments permettant d’éclairer la réflexion et de ne pas se limiter à une simple analyse de la langue ou du contenu. La prise en compte de tous ces détails permet donc une analyse à la fois historique, linguistique et littéraire des livres de sort.

 

Le choix du type d’édition est crucial, car c’est lui qui guide l’éditeur dans son degré d’intervention : la diplomatique présente le texte dépourvu de notes, alors que la critique implique quelques corrections et justifications. Dans le dernier cas, l’analyse des habitudes du scribe et leur classification permettent de corriger avantageusement les erreurs du texte de manière plus fidèle, c’est-à-dire plus respectueuse du contexte de création. Quant à la comparaison avec d’autres versions ou remaniements, bien qu’elle soit plus interventionniste, elle s’avère fort utile afin de compléter les lacunes et de rétablir une logique fautive. Dans tous les cas, une introduction exhaustive servira à mieux situer le lecteur et lui fournira les informations nécessaires à la compréhension de l’œuvre. Certes, un manuscrit unique peut compliquer le travail de l’éditeur, mais nous espérons que l’analyse des divers moyens de les aborder contribuera à le démystifier en partie.

 


[1]Voir notamment R. H. Bloch, « New Philology and Old French », Speculum, vol. 65, no 1, 1990, p. 38-58 ; B. Combettes et S. Mononégo (dir.), Bilan sur les travaux éditoriaux dans le moyen français, philologie et linguistique. Approches du texte et du discours, actes du VIIIe colloque international sur le moyen français (Nancy, 5-7 septembre 1994), Paris, Didier-Érudition, 1997 ; S. Fleischman, « Philology, Linguistics, and the Discourse of the Medieval Text », Speculum, vol. 65, no 1, 1990, p. 19-37 ; R. Frank et A. J. Frantzen, The Politics of Editing Medieval Texts (Papers Given at 27th Annual Conference on Editorial Problems, University of Toronto, 1-2 novembre 1991), New York, AMS Press, 1993 ; J. Hamesse (éd.), Les Problèmes posés par l'édition critique des textes anciens et médiévaux, Louvain-La-Neuve, Institut d'études médiévales de l'Université catholique de Louvain, 1992 ;S. Wenzel, « Reflections on (New) Philology », Speculum, vol. 65, no 1, 1990, p. 11-18.

[2]Voir A. Foulet et M. B. Speer, On Editing Old French Texts, Lawrence, Regents Press of Kansas, 1979 ; Y. G. Lepage, Guide de l'édition de textes en ancien français, Paris, Champion, 2001 ; F. Vielliard et O. Guyotjeannin, Conseils pour l’édition des textes médiévaux, Paris, École nationale des Chartes, Éditions du CTHS, 3 tomes, 2001.

[3]Voir, entre autres, N. Andrieux-Reix, « Éditions de textes médiévaux. Transcription, lisibilité, transgression », dans Le Traitement du texte (édition, apparat critique, glossaire, traitement électronique), actes du IXe colloque international sur le Moyen français (19-31 mai, 1997), C. Buridant (dir.), Strasbourg, Presses universitaires de Strasbourg, 2000, p. 55-63 ; A. Dees, « Vers une philologie mieux définie », Moyen français, 1996, no 39, p. 173-181 ; P. F. Dembrowski, « “The French ” Tradition of Textual Philology and its Relevance to the Editing of Medieval Literature », Modern Philology, vol. XC, 1992-1993, p. 512-532 ; P. Ménard, « Problèmes de paléographie et de philologie dans l’édition des textes français du Moyen Âge », dans The Editor and the Text. In Honour of Anthony J. Holden, P. E. Bennett et G. A. Runnalls (dir.), Édimbourg, Presses universitaires d’Édimbourg/Modern Humanities Research Association, 1990, p. 1-10.

[4]Nous entendons par manuscrit unique un texte qui est transmis par un seul et unique témoin, que ce soit parce qu’une seule copie en a été produite ou parce que les autres ont été détruites ou égarées au fil du temps. Voir J. Stengers, « Réflexions sur le manuscrit unique ou un aspect du hasard en histoire », Scriptorium : Revue internationale des études relatives aux manuscrits, vol. 40, no 1, 1986, p. 54-80.

[5]Voir notamment C. Angelidi, « Un texte patriographique et édifiant : le “discours narratif” sur les Hodègoi », Revue des études byzantines, vol. 52, 1994, p. 113-149 ; M. L. Colker, « Michael of Belluno and his Speculum conscientie : The Unique Manuscript Recently Discovered », Medievalia et humanistica, no 29, 2003, p. 103-119 ; S. Delany, « Bokenham's Claudian as Yorkist Propaganda », Journal of Medieval History, vol. 22, no 1, 1996, p. 83-96 ; G. Di Stefano (éd.), Le Lais François Villon, ms Arsenal 3523, Montréal, Ceres, 1988 ; F. Dolbeau, « À propos d'un “agraphon” : Réflexions sur la transmission de l'homilétique latine antique, avec édition du sermon “Sermo sacerdotis dei” », Classical Philology, vol. 98, no 2, 2003, p. 160-174 ; E. A. Lowe, « The Unique Manuscript of Apvleivs' Metamorphoses (Laurentian. 68.2) and Its Oldest Transcript (Laurentian. 29.2) », The Classical Quarterly, vol. 14, no 3-4, 1920, p. 150-155 ; J. McEvoy et M. Dunne, « A pseudo-grosseteste treatise on Luxuria at Pavia », Viator, vol. 38, no 2, 2007, p. 75-84 ; B. McManus, « A Consilium of Fredericus and Oldradus on Super cathedram », Viator, no 33, 2002, p. 185-221 ; S. Stern et P. Mancuso, « An Astronomical Table by Shabbetai Donnolo and the Jewish Calendar in Tenth-Century Italy », Aleph, vol. 7, 2007, p. 13-41 ; L. Walters, « "A Love That Knows No Falsehood" : Moral Instruction and Narrative Closure in the "Bel Inconnu" and "Beaudous" », South Atlantic Review, vol. 58, no 2, 1993, p. 21-39.

[6]Voir C. Corley, « Editing Le Bel inconnu and Single Other Manuscript Texts », dans The Editor and the Text, in honour of Professor Anthony J. Holden, Edinburgh, 1990, p. 11.

[7]Voir Ibid.

[8]Ces trois termes désignent respectivement l’étape de la comparaison de chacun des manuscrits afin d’en détecter les variantes, celle de l’établissement d’un stemma à partir des ressemblances internes, et celle de la correction du manuscrit choisi comme base à l’édition, le plus souvent par des mots ou des passages absents des autres sources.

[9]Voir A. E. Knight, « Editing the Unique Manuscript : the Case of the Lille Plays », TEXT, no 5, 1991, p. 145.

[10]R. Hofmeister, « The Unique Manuscript in Mediaeval German Literature », Seminar, vol. 12, 1976, p. 12.

[11]Voir Id., p. 20.

[12]Id., p. 24.

[13]Voir M. B. Speer, « Jehan et Blonde : Challenges of a One-Manuscript Text », Romance Philology, t. 45, 1991-1992, p. 168.

[14]Voir E. Faral, « À propos de l'édition des textes anciens. Le cas du manuscrit unique », dans Recueil de travaux offert à M. Clovis Brunel, membre de l’Institut, directeur honoraire de l’École des Chartes, t. 1, Paris, Société de l'École des Chartes, 1955, p. 421.

[15]Ibid.

[16]Voir A. E. Knight, loc. cit., p. 150-154 ; J.-C. Riedinger, « Remarques sur le texte de la Chronographie de Michel Psellos », Revue des études byzantines, vol. 63, 2005, p. 98-100.

[17]vont (corr. par conjecture)

[18]Il payera myeulx s’il veult qu’on ne cuide. (corr. par conjecture) L’expression « il paiera mieux s’il veut. » revient à la l. 423. Ici, cela semble être une confusion de la part du scribe.

[19]Tous deux (adj.)

[20]Groupe de trois signes du zodiaque d’une même nature (eau, terre, air, feu) (s. f.) « Et trois des signes sont, pour quoy ils sont només triplicité de nature de feu : Aries, Leo, Sagictaire orienteles, et sont de une triplicité appelees. La seconde triplicité est de nature de terre meridionele… » (Pèlerin de Pruse, Traité des elections, 1361, I, ms. Oxford, St John’s College 164, f. 36v ; cité par Danièle Jacquart dansLexique de la langue scientifique (astrologie, mathématiques, médecine...) : Matériaux pour le « Dictionnaire du Moyen Français » (DMF) Avec la collaboration de Sylvie Bazin-Tacchella, Jean-Patrice Boudet, Thérése Charmasson, Paris, Klincksieck, 1997, p. 297)

[21]aprés (corr. par conjecture) Le sens de tripplicité, donné dans le glossaire, est celui d’un groupe de trois signes du zodiaque d’une même nature (eau, terre, air, feu). Ces groupes sont exposés dans le texte avant et non après le terme.

[22]Voir A. E. Knight, loc. cit.,p. 147-152.

[23]Voir F. H. Bäuml, « Some Aspects of Editing the Unique Manuscript », Orbis Litterarum, no 16, 1961, p. 27.

[24]Voir Id.,p.30 et H. N. Duggan, « Scribal Self-Correction and Editorial Theory », Neuphilologische Mitteilungen, vol. II, no 91, 1990, p. 215-227.

[25]Voir R. Hofmeister, loc. cit., p. 13.

[26]J.-C. Riedinger, loc.cit., p. 98.

[27]Voir A. E. Knight, loc.cit., p. 151.

[28]Voir S. Fleischman, loc.cit., p. 19-37.

[29]Voir J. Franck, « Alte Orthographie und modern Ausgaben », dans Beiträge zur Geschichte der deutschen Sprache und Literatur, vol. XXVII, 1902, p. 368-403.

[30]Lequel des deulz mariez ayme myeulx ?La question est présente aux l. 14, 30, 221 et passim. Cette confusion récurrente entre ces deux questions est sans doute due à la ressemblance dans la formulation de ces deux questions.

[31]om. dette (corr. d’après les habitudes du scribe, v. 59, 80, 101 et passim)

[32]En cest an Vers hypermétrique (corr. d’après habitudes du scribe, v. 634, 682, 770…)

[33]J-.C. Riedinger, loc.cit., p. 97.

[34]Voir M. Aubineau, « Publication des “Undecim novae homiliae” de saint Jean Chrysostome (PG 63, 461-530) : édition critique, comblement des lacunes, addition de deux inédits », Studia Patristica, v. 22, 1989, p. 83-88 et K. K. Bell, « Resituating Romance : The Dialectics of Sanctity in MS Laud Misc. 108’s Havelok the Dane and Royal Vitae », Parergon, vol. 25, no 1, 2008, p. 27-51.

[35]J-.C. Riedinger, loc.cit., p. 97.

[36]Ibid.

[37]Voir C. Corley, loc.cit., p. 11.

[38]Voir A. E. Knight, loc.cit., p. 149-150.

[39]om. ligne (corr. d’après le texte latin : « An ille promovebitur anno presenti vel non? »)

[40]Elle avra une fille qui sera ribaude. La réponse ne correspond pas à la question « S’il est bon maintenant aler en negoces et affaires ou non ? »Inversion de deux lignes. (Corr. d’après le texte latin : « Bene evadet de hoc labore. »)

[41]Rendra la chose se tost avec joye. (corr. d’après A, l. 398) Ne correspond pas à la question « Se le pelerin qui est en voyage alé retournera ou non ? », mais plutôt à « Se une chose perdue ou desmanevee se pourra recouvrer ou non ? ». Le texte latin dit également Redibit cito cum gaudio, mais la réponse du manuscrit A au paragraphe du roi de Sicile (l. 398) concerne le pèlerin. Il y a sans doute eu confusion entre Redibit et Redivit lors de la traduction.

[42]Guéri, revenu de(p. p.)

[43]seras tu respassez Vers hypermétrique (corr. d’après P, v. 500-501 : « De ce mal seras repassez / Ainçois qui li ans soit passé. »)

[44]Avant que (adv.)

[45]Maintenant, alors (adv.)

[46]que n’as Vers hypométrique (corr. d’après P, v. 70-71 : « Perdu as et perdras encores / Plus que tu n’en as perdu ors. »)

[47]Voir E. Faral, loc.cit., p. 410-411.

[48]Par ailleurs, comme la résolution des abréviations dans un manuscrit unique peut être problématique – car il est possible que certains mots abrégés ne se retrouvent jamais écrits au long – A. Foulet et M. B. Speer suggèrent de commencer par transcrire le texte sans résoudre les abréviations ni séparer les mots agglutinés, à la manière de l’édition diplomatique. Par la suite, l’éditeur qui désire présenter une édition critique pourra ainsi mieux analyser le système d’abréviations employé par le scribe et intervenir dans le texte de manière plus fiable. Voir A. Foulet et M. B. Speer, op. cit., p. 47.

[49]Voir Id., p. 43.

[50]Voir Id.

[51]Voir F. H. Bäuml, loc.cit., p. 30.

[52]Voir Ibid., p. 27-33.

[53]R. Hofmeister, loc. cit., p. 12.

[54]M. B. Speer, loc.cit., p. 168-173.

[55]Voir C. Buridant, Grammaire nouvelle de l'ancien français, Paris, Sedes, 2000 ; C. Marchello-Nizia, La Langue française aux XIVe et XVe siècles. Paris, Nathan, 1997 ; M. K. Pope, From Latin to modern French with Especial Consideration of Anglo-Norman  : Phonology and Morphology, Manchester, Manchester University Press, 1956.