Par
NARISHELEKPAYEV[1]
Université de Montréal

 

В Российской Федерации признается идеологическое многообразие. Никакая идеология не может устанавливаться в качестве государственной или обязательной.

 

[ Le pluralisme idéologique est reconnu dans la Fédération de Russie. Aucune idéologie ne peut s'instaurer en qualité d'idéologie d'État ou obligatoire. ]

 

Constitution de la Fédération de la Russie, Chapitre 1, Article 13, 1-2.

 

Хороша была идея отца Государева, упокойного Николая Платоновича, по ликвидации всех иноземных супермаркетов и замены их на русские ларьки. И чтобы в каждом ларьке — по две вещи, для выбора народного. Мудро это и глубоко. Ибо народ наш, богоносец, выбирать из двух должен, а не из трех и не из тридцати трех. Выбирая из двух, народ покой душевный обретает, уверенностью в завтрашнем дне напитывается, лишней суеты беспокойной избегает, а следовательно — удовлетворяется. А с таким народом, удовлетворенным, великие дела сотворить можно. Все хорошо в ларьке, токмо одного понять не и силах голова моя — отчего всех продуктов по паре, как тварей на Ноевом ковчеге, а сыр — один, «Российский»? Логика моя здесь бессильна. Ну, да не нашего ума это дело, а Государева. Государю из Кремля народ виднее, обозримей. Это мы тут ползаем, как воши, суетимся, верных путей не ведая. А Государь все видит, все слышит. И дает — кому и что надобно.

[ Le père du Souverain, feu Nikolaï Platonovitch, a eu une bonne idée en liquidant tous les supermarchés étrangers et en les remplaçant par des boutiques russes. Et en décidant que dans chaque boutique les produits présentés seraient de deux sortes afin que le peuple puisse faire son choix. Cette décision était plein de sagesse et de profondeur. Car notre people porteur-de-Dieu doit choisir l’un des deux, et non parmi trois ou trente-trois. Ayant le choix entre deux produits, le peuple acquiert une égalité d’âme, l’assurance de pouvoir s’abreuver de tout son soûl le lendemain, cela lui évite de vaines affres, et par conséquent il est rassasié. Et que de grandes œuvres peut-on accomplir avec un peuple ainsi rassasié ! ]

Vladimir Sorokine, extrait de Journée d'un opritchnik, 2006

 

            L'épigraphe de cet article est tirée d’un monologue d’Andréï Komiaga, le protagoniste d’un roman dystopique de Vladimir Sorokine, publié en 2006. L'histoire se déroule en 2027, dans une Russie séparée du reste du monde par la « Grande Muraille ». Le pays a uniformisé l'opinion publique et a établi l'autocratie, le protectionnisme et la toute-puissance de la police secrète. La source centrale de revenu du pays imaginaire de Sorokine est la vente du gaz naturel et les frais douaniers provenant des marchandises chinoises transportées en Europe.

           En février 2013, six ans après la publication de la contre-utopie de Sorokin, dans un discours devant le Conseil sur les relations interethniques de la Russie[2], le président Vladimir Poutine a proposé de créer une nouvelle série de manuels d’histoire[3]. Selon Poutine, ces nouveaux manuels devraient être adaptés « aux différents âges, mais unis par une seule conception et une seule logique continue de l'histoire de la Russie, en insistant sur l’interrelation de toutes ses étapes, et le respect envers toutes les pages de notre passé »[4]. Plus tard, dans un autre discours, Poutine a réitéré sa proposition, en soulignant que la nouvelle série doit être « libérée d’ambiguïtés historiques et adopter un style homogène »[5]. Il a ensuite ordonné de créer, avant de produire les manuels, une « conception unifiée », autrement dit, un guide idéologique et méthodologique que tous les auteurs de futurs manuels scolaires d’histoire doivent suivre. Alexandre Chubaryan, historien et directeur de l’Institut d’histoire générale de l’Académie des sciences de la Russie, a été nommé pour diriger l’équipe d’historiens en charge de l’élaboration de ce document. Finalement, en 2014, le ministre de l'Éducation de la Russie a annoncé que l’idée d'introduire une série de manuels scolaires « unifiée » a été abandonnée. Cependant, la « Conception du nouveau complexe éducatif et méthodologique d’histoire de la Russie » (ci-après la « Conception ») qui présente « l’interprétation officielle des principaux évènements, approches et personnalités historiques, recommandés à l’étude » ne sera pas abandonnée. Au contraire, ce document devra inspirer les futurs manuels d’histoire, approuvés par le ministère de l’Éducation[6]. C’est le contenu de ce document ainsi que les débats autour de son interprétation et de son application qui font l’objet d’investigation du présent article.

           Les tentatives des hauts dirigeants dans le dessein d’intervenir ou d’influencer l’écriture de l’histoire ne sont pas nouvelles en Russie, ni dans d’autres états post-soviétiques. Toutefois, la proposition de Poutine a été la première initiative semblable depuis 1991. L’intervention du président dans le domaine de l’histoire scolaire a généré un féroce débat public. Certains observateurs se sont empressés de décrier un renforcement de l’intervention de l’État qui, selon eux, chercherait à mieux gouverner le présent à travers le contrôle symbolique du passé. D’autres ont exprimé leur satisfaction car le manuel permettrait de « rétablir l’ordre » dans l’enseignement de l’histoire. Pourtant, qu’il s’agisse d’un renforcement du contrôle ou, au contraire, d’une uniformisation qui améliorerait les conditions de l’enseignement, l’initiative derrière la création de la « Conception » démontre, selon nous, une transformation de l’attitude de l’État envers l’enseignement de l’histoire scolaire.

           L’époque où l’État exerçait un monopole total sur le contenu des textes historiques est définitivement révolue. La situation actuelle diffère aussi de la période post-soviétique, alors quel’écriture de manuels d’histoire est devenue une prérogative des historiens professionnels ou des enseignants ; sans que l’État n’intervienne visiblement dans ce processus. L’élaboration de la « conception unifiée » nous informe que l’État cherche de nouveau à intervenir dans la production du discours sur le passé. Pourtant, est-ce que l’État est en mesure de parvenir à cet objectif ? Car d’une part, le contexte d’économie de marché conjugué à l’ère numérique rend difficile la création d’un quelconque monopole dans le domaine de l’éducation. De plus, l’État ne possède pas d’appareil coercitif ni d’idéologie « universelle », comme le marxisme-léninisme, qui orientait l’enseignement de l’histoire à l’époque soviétique. D’autre part, les autorités n’approuvent non plus un « laisser-faire », car dans un État si énorme et hétérogène que la Russie, l’enseignement de l’histoire à l’école est un instrument puissant de transmission de l’idéologie nationale. Est inventée alors une forme d’intervention hybride qui, légitimée par les plus hauts dirigeants de l’État, consiste à « uniformiser » voire « purifier » la connaissance historique scolaire et informer simultanément les historiens qui écrivent (ou envisagent d’écrire) l’histoire, sur le rôle que l’État souhaite se voir attribuer dans le discours sur le passé ; et tout cela sans mobilisation de quelconque mécanisme coercitif, tel que par exemple, la censure directe.

           Étant donné l’hypothèse sur la nature transformée de l’intervention étatique, cet article propose de s’intéresser non seulement au contenu « historique » de la « Conception » mais aussi aux discours qui accompagnent sa présentation et sa perception par la société civile (à travers l’analyse de sa discussion dans les médias). La première partie de ce texte examinera alors quelques points cardinaux de « la Conception » et essayera d’identifier les nouvelles interprétations des évènements et des personnages historiques qu’elle propose. La deuxième s’attardera sur le débat médiatique qui s’est créé autour du document, pour ensuite mentionner le mécanisme de distribution du pouvoir symbolique à travers la présentation de la « Conception ».

 

1. La Conception

           Le document produit dans le cadre de « la Conception » représente, selon les auteurs du document, un « […] standard historico-culturel contenant une évaluation fondamentale des évènements majeurs du passé, les principales approches de l’enseignement d’histoire nationale à l’école contemporaine avec une liste de suggestions pour explorer les concepts et les termes, ainsi que les évènements et les personnalités »[7]. Trois questions principales ont guidé l’analyse de cette partie. La première porte sur une définition mise à jour de la Russie à travers les protagonistes de son histoire et/ou les évènements historiques. La deuxième s’intéresse à la volonté d’établir « les faits objectifs », évoqués à maintes reprises par les auteurs de la « Conception ». La troisième concerne la compréhension et la représentation du rôle de la Russie dans le monde.

           L’un des objectifs déclarés par les auteurs a été de proposer une nouvelle terminologie vis-à-vis de la désignation de quelques évènements majeurs de l’histoire de la Russie[8]. Par exemple, le terme « joug mongol » a disparu alors qu’un terme plus neutre, « la conquête mongole », a été introduit. Ceci induit une discontinuité importante par rapport aux termes qui ont été utilisés dans l’historiographie russe, soviétique et post-soviétique.[9]

Период с середины XIIIпо XVстолетие – время кардинальных перемен в судьбе Руси. Удар, нанесенный по русским землям монгольскими завоевателями в середине XIIIвека, серьезно изменил их развитие, в первую очередь политическое.[10]

[La période entre la moitié du XIIIe jusqu’au XVe siècle est une époque de changements radicaux dans le destin de la Russie. Le choc provoqué par la conquête mongole au milieu du XIIIe siècle, a sérieusement transformé le développement politique des terres russes.[11]]

 

 

           De même, la Révolution d’octobre et celle de février 1917, auparavant décrites comme des évènements distincts, ont été transformées en un seul concept : la Grande Révolution russe, par analogie avec la Révolution française.

Свершившаяся в 1917 г. Великая российская революция, а также начавшийся в октябре 1917 г. «советский эксперимент» по силе воздействия на общемировые процессы признаны одними из важнейших событий ХХ века.[12]

[La Grande Révolution russe qui s’est déroulée en 1917 ainsi que « l’expérience soviétique » sont reconnues parmi les évènements les plus importants du XXe siècle en raison de leur impact sur les processus mondiaux.]

 

   En regardant ces deux exemples, l’on peut penser que cette nouvelle « classification » des événements historiques devrait traduire une évolution ou un nouveau tournant de la recherche professionnelle. Pourtant, la nature du document ne permettant pas une constatation ni une analyse des développements historiographiques mais plutôt l’énumération des « faits historiques objectifs », évoqués par les auteurs, on en déduit difficilement une évolution des approches en regard du passé. Quel serait alors l’intérêt de transformer le vocabulaire si le fond ne change pas ? Le document répond à cette question vaguement, en évoquant que c’est plutôt en raison du « développement de la science historique, l’accumulation de nouvelles connaissances ainsi que l’intérêt croissant du public pour les évènements du passé »[13]. Concernant l’établissement des « faits historiques objectifs », l’intention du document, postulée dans son introduction, est de

Исключить возможность возникновения внутренних противоречий и взаимоисключающих трактовок исторических событий, в том числе имеющих существенное значение для отдельных регионов России.[14]

[(Il faut) éviter la possibilité d’émergence de contradictions internes et d’interprétations mutuellement exclusives, y compris celles qui auraient une importance pour certaines régions de la Russie.]

 

Vladimir Poutine, quant à lui, a déclaré :

 

Но, повторю, главная, стержневая линия, которая, на мой взгляд, должна проходить через весь курс преподавания истории, – объективность и непредвзятость, уважение к собственному прошлому и любовь к своей Родине.[15]

[Je vous le répète, la ligne directrice, qui doit, à mon avis, percer tout le parcours de l’enseignement de l’histoire, est l’impartialité et l’objectivité, le respect envers son passé et l’amour envers la Patrie.]

 

 

           Selon Edward Carr, les faits objectifs en histoire n’existent pas. Chaque fait est en réalité un produit d’interaction entre l’historien et sa source[16]. Pour illustrer la difficulté d’établir des « faits objectifs », un exemple tiré de l’histoire européenne moderne peut être utile. Il s’agit d’un (même) évènement qui s’est produit sur la rive droite du Bosphore en 1453. Ce qui est vu comme « la perte » de Constantinople par plusieurs historiens européens, représente « la prise » d’Istanbul pour la plupart des historiens turcs[17]. À nos jours, les débats autour de l’interprétation de certains « faits » continuent à provoquer des querelles historiographiques à l’extérieur mais aussi à l’intérieur des États-nations. La Russe est passée à travers plusieurs étapes d’élargissement de son territoire, ce qui impliquait la conquête des territoires adjacents. Ceci s’est traduit, entre autres, par une coexistence des visions « régionales » et « fédérales » de son histoire. Selon S. Shakhrai, le président du conseil exécutif de la Société historique russe, en 2013 il existait 82 manuels d’histoire recommandés par le Ministère de l’éducation et de la science, dont la plupart étaient imprimés et diffusés à l’intérieur d’une ou de plusieurs régions et non dans l’ensemble du pays. Il est difficile d’imaginer que toutes ces histoires aient été basées sur les même prémisses ou qu’elles diffusaient la même version du passé. Mais au lieu de se demander comment mesurer l’objectivité d’un fait ou la possibilité d’établir de véritables critères de sa véracité, ne faut-il pas davantage problématiser l’intention même d’établir l’objectivité par rapport au passé ? Et la recherche d’une objectivité ne serait-elle qu’un prétexte pour sélectionner certains faits en écartant d’autres, moins intéressants du point de vue de la conjoncture politique ? Quelques autres exemples, tirés de « la Conception » seront utiles afin de clarifier ce point. Ainsi, dans la section dédiée à la Russie aux XVIIème et XVIIIème siècles, on trouve que :

Начало модернизации было положено в эпоху Петра Великого, преобразования которого стали одним из переломных моментов в истории Российского государства. При Петре Iзавершилось формирование абсолютной монархии, Россия стала империей. В значительной мере удалось сократить отставание от передовых европейских стран (в промышленном и военном отношении), достигнуть статуса мировой державы. Страна получила сильную армию и флот, была сформирована эффективная административная система.[18]

[Le début de la modernisation a été initié à l'époque de Pierre le Grand, dont les réformes étaient l'un des points tournants dans l'histoire de l'État russe. Sous Pierre Ier fut achevée la formation d'une monarchie absolue, la Russie est devenue un empire. Le pays réussit à réduire l'écart (commercial et militaire) avec les autres grands pays européens et obtenir le statut d’une puissance mondiale. Le pays se dota d’une forte armée et de la marine, ainsi que d’un système administratif efficace.]

 

            Le règne de Pierre le Grand fut aussi caractérisé par de nombreux aspects négatifs absents dans le document, ne voulant pas corrompre l'intégrité des « faits objectifs »ou créer d’ « ambiguïtés historiques ». Les réformes pétriniennes ont été mises en place par l’usage de la violence contre la population et l'intolérance envers toute forme de dissidence. Vassili Klioutchevski, historien du XIXeme siècle, indique que le triomphe de la monarchie absolue qui s’efforçait de pousser ses sujets du Moyen Age à la modernité[19], contenait une contradiction fondamentale :« Les réformes de Pierre furent la lutte du despotisme contre l’inertie du peuple. Son ambition fut d’émanciper le peuple dans une société asservie par l'aristocratie esclavagiste et rétablir la science européenne dans la Russie... Il voulait qu’un esclave, tout en restant esclave, aurait agi consciemment et librement »[20].

           Dans la partie qui présente l’histoire au XIXème et au début du XXème siècles et en particulier les politiques économique et confessionnelle de l’Empire russe, les auteurs suggèrent que

В соответствии с общетеоретическими основами Стандарта важно сбалансированно показать национальную и конфессиональную политику государства, избегая стереотипов (эксплуатация окраин как колоний, с одной стороны, и полная гармония интересов центра и окраин – с другой). Реальность оставляла место и противостоянию, и сотрудничеству национальных элит.[21]

[Conformément aux principes théoriques de la Conception, il est important de démontrer la politique nationale et religieuse équilibrée de l'État, en évitant les stéréotypes (l'exploitation des colonies, d'une part, et l'harmonie complète des intérêts du centre et des périphéries, de l'autre). En réalité ont eu lieu la confrontation et la coopération des élites nationales.]

 

           Cette formulation rend visible le lien entre la volonté d’homogénéisation, évoquée par Poutine, et la nature contradictoire de la conceptualisation de l’Empire russe et son « legs » par la Russie contemporaine. L’intention de cette directive ne consiste pas, en fait, à comprendre ni à expliquer la nature des tensions entre le centre et les périphéries de l’Empire russe, mais suggère qu’il faut élaborer une image « équilibrée » de l’État (voire son proxy qui est l’héritier contemporain de l’Empire du XIXème siècle), en mettant clairement « le centre » en haut de la hiérarchie politique et territoriale. Le choix (entre la confrontation et la résistance des «élites nationales ») que la« Conception » invite à éviter n’est, en réalité, qu’une fausse dichotomie. D’une part les développements historiographiques des dernières décennies, en particulier dans le domaine des Subaltern Studies, démontrent que ni la résistance ni la coopération ne peuvent être attribuées qu’aux volontés des élites. D’autre part, même au XIXème siècle, il n’y a pas existé une politique unique envers «des périphéries »en Russie : au contraire leur grande diversité ethnique, économique et religieuse a stimulé l’Empire à inventer et à adapter in loco les instruments, les pratiques, et les réseaux de domination et de maintien du pouvoir colonial.

           Dans la neuvième partie du document, la période depuis 2000, lorsque Vladimir Poutine était au pouvoir (comme président et premier-ministre), est caractérisée de la façon suivante :

Путин (…) сумел стабилизировать ситуацию в стране, провести меры по укреплению властной вертикали. […] При президенте Д. А. Медведеве и премьер-министре В. В. Путине (май 2008 - май 2012 гг.) стране в целом успешнее, чем большинству других стран мира, удалось преодолеть основную волну экономического кризиса. Преемственность власти была подтверждена возращением на пост президента России В. В. Путина в 2012 г.[22]

[Poutine (…) a réussi à stabiliser la situation dans le pays, et a introduit les mesures visant à renforcer la verticale du pouvoir. Sous le président D. Medvedev et le premier ministre V. Poutine (mai 2008 - mai 2012) la Russie, mieux que la plupart d’autres pays, a réussi à surmonter la crise économique. La continuité (de la transition,N.S.) du pouvoir a été confirmée par le retour de V. Poutine au poste de président de la Russie en 2012.]

           De toute la période « poutinienne » (de 2000 à 2013, quand la « Conception » a été rendue publique), l'accent a été mis sur le renforcement de la « verticale » du pouvoir, sur l’importance d’outrepasser la crise économique de 2008-2009 et sur la continuité de la transition du pouvoir. Le document a brièvement mentionné la guerre en Tchétchénie, sans expliciter les détails sur les victimes et les conséquences de cette guerre. Le document fait aussi abstraction de la tragédie du sous-marin « Koursk » ou des actes terroristes de Beslan et du théâtre « Nord-Ost » qui ont provoqué la mort de centaines de personnes dont de nombreux enfants et qui ont eu un lien direct avec la politique interne de la Russie durant les années 2000. L’abolition des élections directes des chefs de région ainsi que l'arrestation et le procès contre M. Khodorkovski sont également passés sous silence. Tous ces faits importants de l'histoire contemporaine de la Russie sont exclus du programme scolaire.

           À la lumière de ces exemples, « la Conception » semble proposer aux étudiants une vision exclusive plutôt qu’inclusive de l’histoire nationale. Au lieu de construire un dialogue entre plusieurs histoires régionales et les diverses traditions historiographiques[23], elle vise à en produire une version favorable aux (et inspirée par) les dirigeants actuels de l’État pour ensuite la transmettre aux écoliers. Mais quel serait dans ce schéma le rôle de l’État russe dans le monde ?

Россия двигалась в общем русле исторического развития с рядом европейских стран, в частности, Англией, Францией и Испанией, где на рубеже XVXVIвв. также завершился процесс формирования единых национальных государств, пришедших на смену периоду раздробленности[24]. (...) Пути социального развития России вполне совпадали с процессами, имевшими место в других странах Восточной Европы[25]. (…) В 18 веке мощный импульс получает развитие отечественной культуры. Среди выдающихся мастеров немало выходцев из стран зарубежной Европы, внесших неоценимый вклад в развитие российской культуры.[26]

[La Russie se développait dans le courant de l’évolution historique d’un certain nombre de pays européens, notamment la Grande-Bretagne, la France et l’Espagne, où à la fin des XVe-XVIe siècles le processus de la formation de l’État national unifié avait remplacé la période de fragmentation.[…] Les chemins du développement de la Russie coïncidaient avec les processus qui ont eu lieu simultanément dans les autres pays de l’Europe de l’Est.[…] Le XVIIIe siècle témoigne d’une puissante impulsion quant au développement de la culture nationale. Parmi les maîtres illustres de l’époque beaucoup provenaient de l’Europe étrangère, qui ont apporté une contribution inestimable au développement de la culture russe.]

          En général, la « Conception » définit la Russie comme un pays européen, en soulignant ses liens historiques avec l’Europe. De même, le document n’insiste pas sur ses liens (réels ou imaginaires) avec les pays d’Asie ni sa position géographique particulière qui lui garantie une présence sur deux continents, conceptualisée dans les travaux des intellectuels russes dits « eurasiens »[27]. D’ailleurs le document ne fournit pas de définition claire des frontières du pays pour aucune des périodes historiques discutées dans le texte[28]. Par exemple, lorsqu’il s’agit des victimes de la modernisation stalinienne, trois à six millions de personnes sont mentionnées. Pourtant ce chiffre ne représente que les victimes de la Russie, tout en déguisant les pertes humaines de l’Ukraine, des pays du Caucase et de l’Asie centrale qui faisaient partie de l’Union soviétique à l’époque. La Russie est donc séparée de l’URSS pour tout ce qui est de la collectivisation.

Коллективизация и подкосившие деревню чрезмерные хлебозаготовки привели в 1932-1933 гг. к голоду и эпидемиям, которые по разным оценкам унесли жизни от 3 до 6 млн. чел. (...) Важнейшим событием в истории страны стало образование в 1922 г. СССР. В 1920-е гг. в Советском Союзе проводилась политика по развитию национальных культур, решению межнациональных проблем на основе идей пролетарского интернационализма.[29]

[ La collectivisation et les réserves de grains et de céréales excessives ont causé la famine et les épidémies qui, selon diverses estimations, ont coûté la vie à 3-6 millions de personnes en 1932-1933. […] L’évènement le plus important dans l’histoire du paysétait la formation de l’URSS. Dans les années 1920 l’Union soviétique a mené une politique de développement des cultures nationales et de résolution des problèmes interethniques. ]

 

          Par contre, dans d’autres cas, la Russie est présentée comme une partie intégrante de l’Union. La frontière physique ou symbolique qui sépare la Russie et l’URSS n’est donc pas claire pour les auteurs du document. Ce manque de clarté combiné à l’incertitude des définitions géographiques, ne constituent-ils pas une preuve que la Russie contemporaine désire maintenir une ambiguïté quant à son identité étatique ? D’une part, après la désintégration de l’Union Soviétique, le pays n’a pas cessé de jouer un rôle important sur l’espace post-soviétique, tout comme en Europe, même si son influence a quelque-peu diminué. Les événements récents, comme l’annexion de la Crimée et l’intervention militaire récente en Syrie prouvent que le gouvernement russe veut continuer à jouer un rôle important sur la scène internationale. De plus, la Russie inspire et subventionne partiellement les processus d’intégration sur l’espace post-soviétique, ce qui fait d’elle une héritière idéologique et géopolitique de l’Empire russe et de l’Union soviétique. D’autre part, une série de réformes politiques visant la centralisation économique et politique, l’uniformisation des sphères sociale et culturelle, ainsi que la privation progressive des régions de leurs pouvoirs financiers et fiscaux accompagnée par une augmentation des compétences du gouvernement fédéral suggèrent que la Russie gravite vers un modèle de développement qui caractérisait beaucoup d’état-nations au vingtième siècle. Ceci étant dit, il apparait que la Conception est loin de mettre un point ou même présenter une vision cohérente sur le sense of self de la Russie. Plutôt elle reflète une ambigüité « stratégique » de l’idéologie russe envers sa propre identification ainsi que sur la perception des autres par rapport au rôle que joue le pays dans le reste du monde.  

 

2. Débat et critiques

           Comment la « Conception » a-t-elle été perçue et quels étaient les mécanismes de sa présentation, invisibles dans le texte ? Quelques mois avant la publication du document, son ébauche a été rendue publique afin de lancer un débat sur ce qui deviendrait dans le futur un guide officiel pour l’écriture des manuels d’histoire en Russie. Cette nouvelle façon d’exposer dans le domaine public ce qui était auparavant une affaire intime entre les historiens qui écrivaient les manuels et les fonctionnaires du Ministère de l’éducation qui les approuvaient (ou non) a représenté une nouveauté pour tous les acteurs impliqués dans ce processus. Le débat le plus actif a été mené sur la blogosphère, mais aussi dans les médias et divers milieux professionnels. Le cadre de cette étude ne pouvant ni embrasser ni mentionner toutes les sources ci-dessus, les trois qui ont été identifiées ont vu leurs index de citation le plus élevé parmi les médias russophones au moment de la recherche[30].

           La première composante de cette base de données consiste en des articles dédiés à la « Conception » parus entrefévrier 2013 et mars 2014 dans la revue électronique Lenta.ru[31]. La deuxième inclut les émissions consacrées au document sur la station de radio Ekho Moskvy[32]. La troisième source a été les publications dans la revue Forbes Russia[33]paruesentre février 2013 et mars 2014.

 

 

        Le format des émissions sur Ekho (dont la plupart se déroulaient sous forme d’entrevues)a été plus spontané que les publications sur Lenta ainsi que Forbes Russia. Si les publications de Lenta.ru visaient essentiellement une (ré)exploration des évènements et des personnalités que la « Conception » avait mentionnés, les articles publiés par Ekho et Forbes proposaient tantôt les opinions des experts, tantôt une critique relativement détaillée du contexte politique autour de la création de la « Conception » énoncée par des personnalités académiques, politiques, et médiatiques. Par exemple, une critique a été énoncée par rapport aux grands noms de l’histoire russe devant être obligatoirement étudiés.

Списки имен пугают. [...] «Годы великих потрясений» (1914-1922) не отмечены никем из культуры, кроме Чапаева. «Русский авангард» свелся Татлину. Философии нет вообще. [...] Есть второстепенные батюшки, но нет убитого Флоренского. Полно естественников, но из всех гуманитариев только Лихачев, да то скорее как лицо общественное, нет дажeЛосева. Есть Плисецкая, но нет Улановой и вообще балета при Сталине. Новая архитектура уперлась Щусева. Правление Путина вовсе озарено тремя гениями: Церетели, Шилов, Глазунов…[34]

[ Les listes des noms effraient. (...) Les années de grands bouleversements (1914-1922) ne sont marquées que par Chapayev. L’avant-garde russe est réduite à Tatline. La philosophie n’est pas présente du tout. On trouve des batiushkisecondaires, mais il manque un Florensky tué. Plein de naturalistes, mais seul Likchatchyov parmi les humanitaires, et il n’y a même pas Lossiev. On trouve Plissetskaya, et non Oulanova ni le ballet stalinien. La nouvelle architecture repose sur Schussiev. L’époque de Poutine n’est éclairée que par trois génies : Tsereteli, Shilov et Glazounov…]

 

           La citation témoigne que d’une certaine manière la liste des noms « obligatoires » n’est pas complète et représente une vision biaisée voire déformée de l’histoire russe et/ou soviétique. Roubtsov et d’autres historiens professionnels, comme N. Bassovskaya, ont aussi exprimé leurs doutes quant au professionnalisme des auteurs de la « Conception »[35]. Outre cela, plusieurs commentateurs ont dénoncé un projet politique derrière la publication du document. Selon l’historien et journaliste Nikolaï Svanidze : « Chaque dirigeant du pays veut que l’histoire soit claire et précise. Il est souhaitable que chaque épisode nous remplisse de fierté, et que le point final de cette histoire soit l’époque du dirigeant actuel — de sa naissance à son entrée au pouvoir »[36]. Un autre historien et figure médiatique Alexeï Venediktov a exprimé des propos semblables, en soulignant qu’une tentative de construire une vision historique uniformisée serait vouée à l’échec : « L’adoption de la « Conception » montre l’impuissance, la faiblesse et le manque de compréhension des mécanismes de l’éducation contemporaine. [...] On a déjà essayé d’introduire l’unanimité de la pensée en Russie, et cela n’a pas fonctionné. Je comprends pourquoi le président et son entourage font tant d’efforts afin de mettre cette idée en œuvre, mais cela ne marchera pas »[37]. Ces deux citations témoignent d’un lien fort entre la production du discours « historique » et le processus politique. Dans certains cas, la discussion « historique » devient même secondaire par rapport aux perceptions politiques mises de l’avant par les acteurs impliqués dans la discussion. Ainsi, pour les acteurs comme Svanidze ou Venediktov, le gouvernement de Poutine serait un processus linéaire qui amène une centralisation du pouvoir de plus en plus forte. La création de la « Conception » qui aboutirait ensuite à une écriture des manuels d’histoire unifiée serait alors une des étapes de cette centralisation de son pouvoir[38]

          Ceci étant dit, force est de constater que la plupart des discussions orales et écrites ont fait référence et débattu des différentes approches adoptées envers certains évènements et personnages du passé afin d’appuyer leurs points de vue. De telles discussions ont rarement eu lieu dans les médias et autres milieux publics avant l’introduction de la « Conception ». On peut donc déduire que la production de ce document a aussi inspiré de nouvelles formes de coexistence du discours public sur l’histoire nationale. De quelle coexistence s’agit-il et comment peut-on la conceptualiser ?

       Dans son ouvrage Esthétique et théorie du roman,M. Bakhtin a proposé une distinction entre une « langue » dite « unitaire » et sa forme particulière qu’il définissait comme « hétéroglossie ». Selon Bakhtin, l’hétéroglossie décrit la coexistence de(s) variétés distinctes au sein d’une même « langue »[39]. Appliquée à l’écriture de l’histoire, la distinction entre une langue unitaire et une hétéroglossie se traduit par une dualité des discours « officiel » et « officieux »[40]. En tant que porteur d’une « vérité » officielle, la « langue » unitaire cherche à s’imposer sur laculture nationale, mais ce faisant elle génère quasi inévitablement un autre type de discours (ou contre-discours), représenté par l’hétéroglossie.

           En quoi est-ce que ce schéma pourrait être utile pour le cas en l’espèce ? Si l’on imagine que l’histoire représente une forme de « langue » (dans le sens sémiotique et non linguistique) nationale et que cette langue peut exister sous forme textuelle ou discursive dans les travaux des historien(ne)s et/ou sur l’histoire et que l’État souhaite modifier cette langue afin de l’ajuster selon ses besoins ; l’émergence de « la Conception » peut être perçue comme un type de discours étatique sur l’histoire nationale, ou autrement dit un ajustement d’une « langue unitaire » sur l’histoire, dont quelques formulations ont été examinées dans la première partie du texte. Ensuite, en suivant le schéma bakhtinien, le discours officiel a entraîné une apparition d’un contre-discours (dans les médias mais aussi parmi les professionnels de l’éducation) qui cherchait à contester le contenu de la « Conception », en y proposant des critiques quant à sa validité professionnelle.

           Pourtant, l’adoption de ce nouveau discours ne s’est pas seulement effectuée par voie d’un processus bureaucratique. Comme nous l’avons mentionné au début de ce texte[41], Poutine a lancé la proposition de créer la « Conception » lors des manifestations publiques importantes. Il l’a ensuite réitéré par le biais d’une ligne ouverte théâtralisée, regardée par des millions des spectateurs. Ajoutons à ceci que la discussion professionnelle de la « Conception » a été organisée à travers une série de grands congrès des enseignants d’histoire où la majorité des invités ont soutenu l’adoption de la nouvelle « Conception ». Des milliers d’enseignants seront ou ont déjà été envoyés à Moscou afin d’adapter leurs méthodes d’enseignement à aux nouvelles lignes directrices. Un grand nombre d’acteurs sont donc impliqués dans la production matérielle et symbolique de la « Conception », et tous ces acteurs participent ainsi à sa légitimation. L’effort de Poutine, qui a inspiré l’initiative, à la lumière de cette analyse apparaît comme un mélange de techniques bureaucratiques et la distribution du pouvoir symbolique (le lancement de l’initiative « orchestré » par le grand public et la presse). Quant à la discussion qui a eu lieu dans les médias et sur la blogosphère, elle n’a pas réussi à lancer, malgré son effet pédagogique, un débat constructif sur l’écriture de l’histoire nationale. Plutôt elle a canalisé le mécontentement d’une partie de la société vis-à-vis des effets de la centralisation politique introduite par le gouvernement fédéral.

 

*****

 

           Pour résumer, la « Conception » suggère une vision « centralisatrice » du passé tout en manifestant une ambiguïté de l’idéologie officielle de la Russie post-soviétique envers son identification. Vis-à-vis de l’émergence d’un nouveau discours unitaire sur le passé (qui vise le contrôle du présent), un contre-discours, découlant du débat public autour de la Conception, traduit une attitude critique d’une partie de la société russe vis-à-vis de l’idéologie officielle qui essaye de promouvoir une vision du passé « homogène et libre d’ambiguïtés ». Dans le même temps, le nombre et l’importance des acteurs impliqués dans l’élaboration et la légitimation de la « Conception » suggèrent que sa production est aussi un acte qui vise une redistribution de pouvoir symbolique.

          Des conclusions plus solides sur le document pourront se faire après la publication de manuels d’histoire, guidés par la « Conception », lorsque les enseignants et les étudiants se les seront appropriés. Pourtant, force est de constater que non seulement le document lui-même mais aussi les pratiques menant à sa création sont importantes à explorer car à travers l’observation de ces dernières l’on peut comprendre comment l’histoire est instrumentalisée dans la Russie actuelle. Malgré une vague de « décentralisation » de l’écriture des manuels scolaires dans les années 1990, l’État russe revient aux possibilités offertes par l’enseignement de l’histoire pour transmettre une idéologie étatique. Reste à savoir si cela aboutira au durcissement du contrôle étatique sur les discours historiques, et même à d’autres sphères de la vie publique, faisant en sorte que la Russie se replie sur elle-même tel que prédit par Sorokine, ou que d’autres scénarios plus optimistes se réalisent.

 


[1]Candidat au doctorat en Histoire, Université de Montréal, Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. . Ce texte a été présenté sous forme d’une communication orale lors du Colloque des études soviétiques du Québec, organisé par Jim Guilleminot à l’Université du Québec à Montréal en mars 2014. Je tiens à remercier Jim et les collègues de l’UdeM et l’UQàM qui ont assistés à ce colloque ainsi que les professeurs Olga Alexeeva (UQàM), Jean Lévesque (UQàM) et Yakov Rabkin (UdeM) pour leurs réflexions et critiques qui m’ont aidées à transformer la communication orale dans une publication. L’équipe du Manuscrit ainsi que les évaluateurs anonymes méritent un remerciement pour leur effort et les suggestions fort pertinentes.

[2]Source : Site officiel du président de la Russie. kremlin.ru/events/president/news/17536, page consultée le 10 janvier 2016.

[3]Conformément au vœu de Poutine, la création du manuel serait supervisée par le président du Parlement (Государственная дума) Sergey Narychkine et effectuée par la Société historique russe, récemment recréée. La Société historique russe a été fondée au dix-neuvième siècle et a existé en Russie jusqu’à la Révolution de 1917, puis en exil à Prague jusqu’à la fin des années 1930, et ensuite, aux États-Unis sous le nom du Musée de culture russe. Depuis 2004, elle existe de nouveau en Russie.

[4]Les mots en italiques sont soulignés par nous-mêmes. La transcription du discours se trouve sur le site officiel du président de la Russie.

[5]Source : la transcription de la « ligne directe avec Vladimir Poutine » [« Прямая линия сВладимиром Путиным »], le 25 avril 2013, http://kremlin.ru/transcripts/17976, page consultée le 8 février 2015. « Ligne directe avec Vladimir Poutine » est une émission de télévision annuelle qui existe depuis 2001. Le format de cette émission consiste à ce que Vladimir Poutine réponde aux questions de la population à travers un dialogue direct à l’aide des correspondants spéciaux dans plusieurs villes, mais aussi par des appels téléphoniques, des messages électroniques, etc.

[6]Le projet du document est disponible sur le site du Ministère de l’éducation et de la science de la Russie, http://минобрнауки.рф/документы/3483/файл/2325/13.07.01-Проект_Историко-культурного_стандарта.pdf, page consultée le 8 février 2015. Le texte final de 65 pages a ététéléchargédu site officiel de la Sociétéhistorique russe, http://rushistory.org/wp-content/uploads/2013/11/2013.10.31-Концепция_финал.pdf, le 2 février 2014. Ci-après les citations seront présentées conformément àce deuxième texte.

[7]« La Conception », p. 2.

[8]Transcription de la rencontre de Vladimir Poutine avec les auteurs de la « Conception », site officiel du Président de la Russie, le 16 janvier 2014, http://kremlin.ru/events/president/news/20071.

[9]Voir par ex. V. Kargalov, Mongolo-tatarskoyie nashestviye na Rus [Каргалов В., Монголо-татарское нашествие на Русь], Moscou, 1966. Pour l’historiographie pré-révolutionnaire voir “Collection complète des chroniques russes” (divers volumes), 1846-2004. Voir aussi “Zolotayia Orda” dans Encyclopédie Brockhaus et Efron [Энциклопедический словарь Брокгауза и Ефрона], Saint-Petersbourg, 1890-1907 ainsi que “Mongolo-tatarskoyie igo” dans Grande Encyclopédie de la Russie [Большая российская энциклопедия], vol.20, Moscou, 2012.

[10]La « Conception », p. 13.

[11]Toutes les citations sont traduites du russe par nous-mêmes.

[12]Ibid, p. 39.

[13]Ibid, p. 2.

[14]Ibid, p. 3.

[15]  Transcription de la rencontre de Vladimir Poutine avec les auteurs de la « Conception », site officiel du Président de la Russie, le 16 janvier 2014, http://kremlin.ru/events/president/news/20071, http://kremlin.ru/transcripts/20071.

[16]Voir Edward Carr, What is History?, Penguin Books, 2008, Chapitre 1, « The Historian and his Facts ».

[17]Voir par ex. Y. Akyüz, Türk Eğitim Tarihi: M.Ö. 1000-M.S. 2008, İstanbul: Pegem Akademi, 2008. B. Fortna, Mekteb-i Hümayun: Osmanlı İmparatorluğu’nun Son Döneminde İslam, Devlet ve Eğitim, İstanbul: İletişim Yayınları, 2005; M. Hesapçıoğlu and A. Durmuş (eds.), Türkiyede Eğitim Bilimleri: Bir Bilanço Denemesi, Ankara: Nobel Yayın Dağıtım, 2006; M. Selçuk, ’Maarif-i Umumiye Nezareti Tarihçe-i Teşkilat ve İcraatı’’Üzerine Bir Değerlendirme, Türkiye Araştırmaları Literatür Dergisi, Vol. 6, No. 12, 2008. De l’autre coté voir Mauro Trombino, Maurizio Villani, Storiamondo, Il Capitello, 2008; Massimo Cattaneo, Claudio Canonici, Albertina Vittoria, Manuale di storia, Zanichelli, 2009; Andrea Zorzi, Andrea Zannini, Walter Panzera, Sandro Rogari, Storia, Garzanti, 2009.

[18]La « Conception », p. 25.

[19]Pour le rôle de Pierre le Grand et le coût de sa modernisation pour la Russie, voirMarshall Berman, All That is Solid Melts Into Air, Penguin Books, 1988, pp. 173-181.

[20]Vassili Klioutchevski, Histoire de Russie (1904, 1993), Chapitre LXIII, Conclusion. [Василий Ключевский, Курс русской истории (1904, 1993), Лекция LXIII, Заключение.]

[21]La« Conception», p. 32.

[22]Ibid., p. 61.

[23]Souvent provenant des grands établissements universitaires et de recherche à Moscou et à Saint-Petersbourg.

[24]La « Conception », p. 18.

[25]Ibid., p. 19.

[26]Ibid., p. 26.

[27]Voir Alexandre Dougine, La Quatrième théorie politique : La Russie et les idées politiques au XXIe siècle, Éditions Ars magna, 2012, préfacé par Alain Soral ; Marlène Laruelle, L’Idéologie eurasiste russe ou comment penser l’empire, L’Harmattan, 1999.

[28]La « Conception », p.11.

[29]La « Conception », p. 43.

[30]Le rating des citations des médias fédéraux préparé par la société « Médialogia », http://www.mlg.ru/ratings/federal_media/, consulté en février 2014.

[31]Au total 43 articles entièrement dédiés à la Conception sont apparus de février 2013 à mars 2014.

[32]Au total 191 émissions entièrement ou partiellement dédiées à la « Conception » sont apparues entre février 2013 et mars 2014. Leur contenu est disponible sous forme audio et textuelle sur le site de Ekho Moskvy, echo.msk.ru.

[33]Onze articles au total.

[34]Entrevue avec N. Roubtsov, professeur d’histoire de la philosophie de l’Académie de la Science de la Russie, Forbes Russia, 21 janvier 2014.

[35]« En ce moment, ce sont les historiens les plus “agiles” et non ceux qui sont les plus compétents qui s’occupent de la « Conception », selon N. Bassovskaya, chercheuse et professeure d’histoire à une université moscovite. Source : entrevue de Bassovskaya sur Ekho Moskvy, février 2013.

[36]N. Svanidze, entrevue,Ekho Moskvy, février 2013.

[37]A. Venediktov, entrevue, Ekho Moskvy, le 9 mars 2013.

[38]A. Chubaryan (l’auteur principal de la « Conception »), lors d’une entrevue à la télévision a avoué qu’une orientation politique de l’État ne peut pas être dissociée du document dont il est auteur. Source : entrevue de Vladimir Pozner avec A. Chubaryan, Perviy Kanal, concsulté le 31 mars 2013, 1tv.ru.

[39]  M. Bakhtin, dans Rivkin, J. and Ryan, M. (ed.), Literary Theory: An Anthology, New York: Blackwell, 2004.

[40]S. Gunn, History and Cultural Theory, Routledge, 2006, Chapitre III, “Culture”.

[41]La « Conception », p. 10.