Etienne Lapointe
UQAM

 

     Les anniversaires sont souvent l’occasion de raviver la mémoire de certains événements ou personnages qui ont marqué l’histoire. Le 15 novembre 2016, jour du 40e anniversaire de l’élection d’un premier gouvernement du Parti québécois de René Lévesque n’y a pas échappé et c’est dans les jours précédents l’anniversaire que Septentrion faisait paraître Le gouvernement Lévesque, Tome 1 de Jean-Charles Panneton[1].

     Fruit d’un travail d’une durée de « plus de quatre ans »[2] qui a l’objectif de retracer « le discours et l’action politique »[3]de René Lévesque, l’ouvrage de Panneton est en fait une synthèse du parcours politique du fondateur du Parti québécois (PQ), de son enfance à New Carlisle jusqu’au soir de l’élection du 15 novembre 1976. On comprend que cet ouvrage est en fait une introduction générale à l’histoire du gouvernement Lévesque qui sera livrée, on le devine, dans un deuxième tome.

     Le livre de Jean-Charles Panneton est divisé en trois grandes parties comptant au total douze chapitres auxquels s’ajoutent une introduction et une conclusion. On note au passage que l’ouvrage contient aussi une préface et une postface toutes deux rédigées par d’anciens membres du premier gouvernement Lévesque, soit Gilbert Paquette[4] et Claude Morin[5]. Outre le premier chapitre qui fait un très rapide survol de l’enfance et de la carrière journalistique de René Lévesque, la première partie est consacrée à ses années passées à l’Assemblée nationale en tant que député libéral et indépendant après son départ du caucus du PLQ, soit de 1960 à 1968; la seconde couvre les première années du Parti québécois, soit de 1968 à 1975; enfin, la dernière, et la plus courte, partie s’attarde essentiellement à la campagne électorale de 1976 qui se conclut par la victoire du PQ.

     Bien que l’auteur, en introduction, affirme avoir fait « plusieurs découvertes » lui permettant « d’offrir aux lecteurs un contenu inédit »[6], on se demande en fait quel est ce contenu. En effet, quiconque a lu les principaux ouvrages d’histoire consacrés à René Lévesque ou à la Révolution tranquille n’apprendra pas grand-chose à la lecture du Gouvernement Lévesque, Tome 1. Rien de neuf en regard de l’élection de « l’équipe du tonnerre », ni des réformes importantes mises de l’avant par Lévesque en tant que ministre des richesses naturelles d’abord et ministre de la famille et du bien-être social ensuite (chap. II et III)[7]. Il en va de même en ce qui concerne la création du Mouvement Souveraineté-Association (MSA) qui deviendra le Parti québécois et des tentatives de convergences des forces indépendantistes qui sont des épisodes connus et largement documentés du parcours de l’homme politique (chap. V et VI)[8]. Si l’auteur met en relief les conflits de personnalité et d’opinion que Lévesque a pu entretenir avec Robert Burns ou Pierre Bourgault (on souligne particulièrement l’élection de Bourgault au Conseil exécutif[9]) par exemple, ce n’est pas là une nouveauté non plus : la contestation du leadership de Lévesque a déjà été décrite ailleurs. On connaissait aussi largement le caractère irascible de Lévesque en certaines occasions notamment lorsqu’il a menacé, à quelques reprises, de démissionner de son poste de chef et de président si le PQ, réunit en congrès, n’adoptait pas ses idées ou n’élisait pas au Conseil exécutif les candidats privilégiés par le chef.

     Si la nouveauté du contenu de ce premier tome fait défaut, on peut également critiquer la méthodologie de Jean-Charles Panneton. En effet, le lecteur a entre les mains un ouvrage dont l’écriture s’apparente beaucoup plus à un travail de journalisme qu’à celui d’un historien. Si l’auteur cite ses sources, on ne retrouve malheureusement pas de notes indiquant la référence précise qui permettrait de retracer les citations ou les informations transmises tout comme on ne peut que déplorer l’absence de bibliographie. De plus, l’essentiel de l’argumentaire repose sur les mémoires de René Lévesque[10] et sur l’imposante biographie qui lui a été consacrée par Pierre Godin[11] des ouvrages qui datent d’au moins une vingtaine d’années ce qui ajoute à la déception devant l’absence de nouveauté en regard des informations et des sources consultées. On comprend que les journaux, les débats parlementaires ainsi que des documents d’archives ont été utilisés, mais aucune précision n’étant offerte, il est difficile d’attribuer une pleine valeur académique à cette monographie.

     En somme, Le gouvernement Lévesque, Tome 1 s’adresse manifestement à un grand public qui n’aurait que des connaissances minimales du parcours de René Lévesque. D’une lecture tout de même agréable, l’ouvrage se veut une synthèse de l’action politique de René Lévesque de 1960 à 1976 en insistant sur l’intégrité de l’homme qui s’exprime notamment dans le mode de financement du Parti québécois – le membership – et le souci démocratique qui débouche sur l’adoption de la stratégie référendaire en 1974 (chap. X)[12]. Compte tenu de la valeur symbolique du personnage, on est en droit de remettre en question la pertinence d’une telle synthèse qui ne fait que relayer des informations connues. On se serait attendu à plus pour souligner le 40e anniversaire de l’élection du premier gouvernement du Parti québécois. On annonce la parution du deuxième tome à l’automne 2017; on préfèrera revisiter le René Lévesque de Pierre Godin ou aller directement aux sources de la pensée de Lévesque en lisant les Chroniques Politiques compilées par Éric Bédard et Xavier Gélinas[13].

 


[1]On doit déjà à Panneton deux ouvrages sur des acteurs politiques des années 1950 et 1960, soit Georges-Émile Lapalme et Pierre Laporte. Voir Jean-Charles Panneton, Georges-Émile Lapalme précurseur de la Révolution tranquille, Montréal, VLB éditeur, 2000 ; Jean-Charles Panneton, Pierre Laporte, Québec, Septentrion, 2012.

[2]Jean-Charles Panneton, Le gouvernement Lévesque, Tome 1 : De la genèse du PQ au 15 novembre 1976, Québec, Septentrion, 2016, p. 22.

[3]Ibid., p. 21.

[4]Gilbert Paquette a été élu député de Rosemont en 1976 et 1981. Il a occupé le poste de Ministre délégué de la Science et de la Technologie dans le cabinet Lévesque du 9 septembre 1982 au 18 août 1983, et ministre de la Science et de la Technologie du 18 août 1983 au 26 novembre 1984.

[5]Après une carrière de haut fonctionnaire durant les années 1960, Claude Morin a été élu député du Parti québécois en 1976. Il a été en charge du ministère des Affaires intergouvernementales. Dans la foulée de ce que l’on a appelé « la nuit des longs couteaux », il a démissionné de son poste de ministre et de député. Acteur majeur de la politique québécoise des années 1960 à 1980, on lui doit de nombreux essais qui relate sa carrière.

[6]Ibid., p. 22.

[7]Ibid., p. 53-124.

[8]Ibid., p. 136-168.

[9]Ibid., p. 225-226.

[10]René Lévesque, Attendez que je me rappelle--, Nouv. éd.., Montréal, Québec Amérique, 2007.

[11]Pierre Godin, René Lévesque, Montréal, Boréal, 1994.

[12]Jean-Charles Panneton, op. cit., 2016, p. 238-277.

[13] René Lévesque, Chroniques politiques, Tome 1 1966-1970, Montréal, Hurtubise, 2014.